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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:58

Arrêt cardiaque : l'exploit du Samu de Paris

Le Samu 75 parvient à sauver des patients en arrêt cardiaque réfractaire grâce à la mise en place d'une circulation extracorporelle avant admission à l'hôpital.

Au musée du Louvre à Paris, une intervention du Samu 75 après un arrêt cardiaque réfractaire.

Au musée du Louvre, sous la verrière du Grand Palais, à la station de métro parisien Duroc, chez elles…

Des personnes en arrêt cardiaque opérées et ressuscitées grâce à la mise en place d'une circulation extracorporelle, c'est inimaginable !

Pourtant, c'est ce qu'est capable de faire aujourd'hui une équipe spécialisée du Samu de Paris afin de sauver des hommes et des femmes pour l'heure quasi condamnés à la mort. Jusqu'à présent,

il fallait être dans un service d'urgence, une unité de soins intensifs ou un bloc opératoire technologiquement très avancés pour bénéficier de la mise en place d'une assistance cardio-pulmonaire extracorporelle en cas d'arrêt cardiaque réfractaire à toute manœuvre de réanimation élémentaire (le massage cardiaque, l'injection de médicament).

L'équipe médicale tente de reconstituer en extérieur, ici au musée du Louvre, les conditions d'asepsie d'un bloc opératoire.

En France, environ 50 000 personnes décèdent chaque année d'un arrêt cardio-respiratoire spontané.

Cet accident se caractérise par une perte de conscience soudaine, avec une disparition de la respiration et du pouls.

Ce qui peut entraîner la mort en seulement quelques minutes.

Ces quelques instants entre les premiers signes de détresse et l'arrivée des secours sont précieux. Il s'agit d'alerter les secours, en composant le 15 (le Samu), le 18 (les pompiers) ou le 112 (le numéro d'appel des urgences partout en Europe), de masser, en appuyant fort, bras tendus au milieu de la poitrine et en relâchant environ 100 fois par minute, et éventuellement, si un défibrillateur automatique externe (DAE) est disponible à proximité, d'immédiatement l'apporter et ne pas hésiter à s'en servir.

Prise en charge « agressive »

Dans le métro parisien, la machine de circulation extracorporelle cardio-pulmonaire est la même que celle utilisée au bloc opératoire et en réanimation. Malheureusement, après 30 minutes d'une telle réanimation entreprise sur les lieux du malaise, la circulation sanguine ne reprend pas forcément.

C'est ce que les spécialistes appellent l'arrêt cardiaque réfractaire. Et aujourd'hui, seuls 5 % des victimes d'arrêt cardiaque réfractaire survivent, d'où l'importance d'une prise en charge précoce et adaptée.

Des équipes du Samu 75 et de l'hôpital européen Georges-Pompidou au sein de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), de l'université Paris-Descartes et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) ont décidé de tester une prise en charge inédite et exceptionnelle de façon systématique, « agressive », disent-ils. 156 patients en arrêt cardiaque réfractaire, dans des endroits aussi divers que des lieux d'exposition, des gares, des supermarchés, des domiciles, ont subi cette stratégie thérapeutique intrusive, qui fait l'objet aujourd'hui d'une publication (1).

Autre ressuscitation dans un stade de la banlieue parisienne.

Ces personnes sont sélectionnées selon des critères très précis : elles présentent un espoir de récupération neurologique, elles ont donc bénéficié d'un massage cardiaque immédiat qui permet d'envoyer du sang et d'oxygéner le cerveau et les organes vitaux, même si le cœur ne fonctionne plus, et elles manifestent des signes de vie comme des mouvements, une respiration…

En cas d'indication d'une circulation extracorporelle, celle-ci doit être en place dans l'heure qui suit le malaise.

L'appareil de circulation extracorporelle mis en place se substitue au cœur défaillant et aux poumons du malade.

C'est ce type d'appareil, miniaturisé depuis plusieurs années, qui est quotidiennement utilisé pendant les opérations à cœur ouvert pour permettre au sang de circuler, aux poumons de respirer et au chirurgien d'exécuter ses gestes sur un organe au repos.

Une canule est posée dans la veine fémorale et aspire le sang, celui-ci passe dans une machine qui génère une pression et des échanges gazeux entre oxygène et gaz carbonique, pour jouer respectivement le rôle du cœur et des deux poumons.

Le sang est réinjecté dans l'organisme par une deuxième canule posée dans l'artère fémorale. “ Nous essayons de reconstituer un bloc opératoire „

Le concours des soldats de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, comme ici dans les couloirs des transports en commun parisien, est déterminent. L'équipe spécialisée du Samu 75, localisée à l'hôpital Necker-Enfants malades, s'est longuement formée et entraînée avec des chirurgiens cardiaques sur des cadavres, des cochons et un simulateur avant de passer à l'acte, pour de vrai, à Paris, dans la petite et la grande couronne francilienne.

Son projet a été déposé et validé par le comité de protection des personnes de l'hôpital Necker.

Concrètement, des équipes du Samu ou de la BSPP appelées par des témoins absolument n'importe où essaient de réanimer une personne en arrêt cardiaque, et décident d'appeler l'équipe spécialisée « circulation extracorporelle extra-hospitalière » coordonnée par le Dr Lionel Lamhaut, anesthésiste-réanimateur et urgentiste.

Même procédure, réalisée cette fois dans un supermarché. « Nous arrivons dans notre propre véhicule, ou en hélicoptère, un médecin anesthésiste-réanimateur ou urgentiste, un aide-soignant chauffeur, une infirmière, raconte-t-il.

Pendant que la première équipe sur place poursuit la réanimation, nous vérifions les critères d'inclusion du patient.

Autant que possible, nous tentons de nous installer dans un endroit calme et pratique, et nous essayons de reconstituer un bloc opératoire : nous nous habillons en tenues stériles, nous disposons des champs opératoires autour du malade, nous le désinfectons.

Nous pratiquons nos incisions au niveau du pli de l'aine et nous posons nos deux cathéters, de la même façon qu'en réanimation, nous mettons en place un cathéter central.

Le cathéter veineux est monté jusqu'à l'intérieur de la partie droite du cœur, le cathéter artériel dans l'artère iliaque primitive, voire dans l'aorte abdominale.

La machine est branchée et se met en action. Le temps de pose moyen est de 14 minutes.

Entre le moment où nous arrivons et le moment où le patient est admis à l'hôpital, il se passe 2 à 3 heures ».

Les conditions d'intervention sont souvent acrobatiques, l'apport des pompiers pour forcer des passages au chalumeau, monter la grande échelle… et brancarder le patient est capital.

Avancée considérable

L'étude a commencé il y a 6 ans et a comparé deux stratégies.

De novembre 2011 à décembre 2014, 114 patients ont bénéficié d'une pose de circulation extracorporelle soit à leur arrivée à l'hôpital, soit sur le lieu du malaise cardiaque après 20 minutes de réanimation par la première équipe de secours.

La survie a été portée à 8 %.

Durant toute l'année 2015, l'équipe spécialisée est intervenue sur 42 personnes de moins de 70 ans en arrêt cardiaque avec massage immédiat par un témoin, puis la circulation extracorporelle a été posée sur place.

La survie a été portée à 29 %.

Une avancée considérable ! « Notre intervention sur place devient courante, se réjouit le Dr Lamhaut.

Nous pratiquons dorénavant la pose d'une circulation extracorporelle en préhospitalier au rythme de 60 à 80 personnes en arrêt cardiaque réfractaire par an en Île-de-France.

Nous étions la première équipe au monde à l'avoir fait de façon systématique.

Nous avons fait des petits.

Lyon, Madrid ont commencé. Bruxelles, Vienne, Londres, Melbourne devraient le faire. » L'arrêt cardiaque même réfractaire n'est plus forcément une fatalité.

Publié le 06/06/17

PAR JÉRÔME VINCENT

Source lepoint.fr

Arrêt cardiaque : l'exploit du Samu de Paris. En France, environ 50 000 personnes décèdent chaque année d'un arrêt cardio-respiratoire spontané.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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