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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 11:57

Sel et microbiote

 

Le sel est un nutriment actuellement très étudié dans le domaine de la SEP. Plusieurs recherches chez l'animal ont en effet suggéré qu'il existait un lien entre des taux élevés en sel et les maladies auto-immunes. Chez l'homme, l'hypothèse a été relancée par une étude observationnelle publiée en 2015 montrant qu'une alimentation riche en sel pourrait augmenter l'inflammation, les poussées, les lésions en T2, et constituer un facteur de risque de développement de la SEP [20]. En 2016, une étude de cohorte prospective exploratoire montrait, quant à elle, qu'il n'y avait pas de lien entre une forte consommation de sel et le délai entre les poussées chez les patients pédiatriques atteints de SEP [21].

Le sel pourrait agir sur le statut inflammatoire en augmentant le nombre de cellules Th17, qui sont impliquées dans le processus pathologique des maladies auto-immunes [22]. Il agirait également sur la composition du microbiote, lui-même producteur de neurotransmetteurs et de cytokines. Le microbiote gastro-intestinal est de plus en plus considéré comme un facteur influant la santé neurologique.

 

Dans une étude menée chez l'animal et présentée à l'AAN 2017, les chercheurs ont montré qu'une alimentation très salée non seulement augmentait le nombre de cellules pathogènes Th17, mais réduisait également la présence de Lactobacillus murinus dans le microbiote. [23] Par ailleurs, la réintroduction de cette bactérie dans l'alimentation des animaux diminuait les paramètres de neuroinflammation au niveau du petit intestin, de la rate et de la moelle épinière, suggérant que le microbiote pourrait être une cible thérapeutique.

En 2016, Jangi et al. avaient montré que le microbiote des patients atteints de SEP était différent de celui des individus sains [24]. Selon une étude présentée en poster à AAN [25], la composition bactérienne du microbiote diffèrerait également selon l'activité de la maladie. Les patients avec une SEP rémittente active présentaient un microbiote plus enrichi en Firmicutes-Clostridium IVBacteroidetes et Barnesiella comparativement à ceux avec une SEP stable ou des sujets contrôles. La taille de l'étude est trop petite (10 patients, 2 contrôles) pour conclure, mais les auteurs entrevoient la possibilité d'identifier des marqueurs de la flore intestinale pour prédire l'activité de la maladie et intervenir avant les poussées.

 

Faut-il limiter le sel chez les patients SEP ?

« Les seuls essais ayant trouvé un lien [entre sel et SEP] ont été menés chez l'animal. Les études chez l'homme sont malheureusement trop contradictoires » pour recommander une restriction en sel, selon le Pr Bruno Brochet (CHU de Bordeaux).

Le Pr Pierre Clavelou (CHU de Clermont-Fd) confirme : « Dans la SEP, les travaux sont contradictoires, avec une suggestion forte dans des modèles animaux, mais aucune étude épidémiologique positive d'une relation régime riche en sel et risque de SEP ou de formes plus sévères de SEP, même chez les enfants. » Mais d'une façon générale, « il vaut mieux éviter la prise de sel en pathologie neurovasculaire, car c'est un facteur aggravant de l'hypertension artérielle. »

 

Régimes et compléments alimentaires

Un régime « anti-SEP » souvent cité sur les réseaux sociaux est celui du Dr Terry Wahls. Combinant une diète alimentaire de type paléolithique et des exercices physiques et de méditation, il aurait un effet bénéfique sur les symptômes et la progression de la maladie. Il a fait l'objet une étude pilote non contrôlée de petite taille [26]. « Les effets du régime paléolithique sont pour l'instant anecdotiques, et ne permettent pas de confirmer une efficacité, » a clarifié le Dr Barbara Geisser. « Il en va de même des compléments à base de plantes, de probiotiques, les régimes végétariensou sans gluten. On manque également de données sur l'intérêt des huiles de poissons dans la SEP. »

Les acides gras polyinsaturés (AGPI), oméga 3 et 6, de par leurs propriété anti-inflammatoires, sont consommées sous forme de compléments alimentaires par de nombreux patients SEP. Une enquête transversale menée en Belgique sur près de 1400 patients atteints de SEP avait suggéré une association inverse entre la progression et la sévérité de la maladie, et la consommation régulière de poissons, alcool et café [27]. Cependant, une méta-analyse italienne portant sur 6 essais randomisés n'a pu conclure à un effet bénéfique des AGPI sur la progression de la maladie [2]. En 2013, une analyse de la Nurse Health Study, portant sur plus 90 000 femmes, n'a pas trouvé d'association entre la consommation d'alcool et de caféine, et le risque de SEP [28]. À noter que deux études cas-témoins publiées en 2016suggéraient que le café, à raison de plus de 6 tasses par jour, pourrait diminuer le risque de développer une SEP. Des données qui ouvrent donc la porte à de nouvelle études, mais qui ne permettent pas de recommander, pour l'instant, un changement de consommation.

 « Les patients ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines »Pr B. Giesser

Il est important de « discuter avec les patients pour vérifier s'ils prennent des compléments qui pourraient exacerber le statut inflammatoire ou interagir avec le traitement », a insisté le Pr Giesser. « Les patients souffrant de SEP ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines », a-t-elle conclu.

Hygiène de vie : tabac et activité physique

Le Pr Barbara Giesser a également rappelé que les données de la littérature sont très solides pour permettent de recommander de :

  • ne pas fumer : le tabac aggrave le pronostic de la SEP et en accélère la progression. Le sevrage pourrait en partie renverser les effets délétères du tabac [29,30].
  • faire de l'exercice : « Il y a 30 ans, nous disions à nos patients de rester chez eux et d'éviter tout exercice. Désormais, toute la communauté médicale s'accorde pour promouvoir l'activité physique chez les patients SEP », a indiqué le Dr Giesser. Il est aujourd'hui démontré que l'exercice améliore non seulement les comorbidités de la SEP, mais également les poussées chez les patients pédiatriques [31], la cognition, les symptômes (fatigue, humeur, qualité de vie) et le statut neuro inflammatoire (en diminuant notamment les cytokines) [32,33,34,35]. Aucune association avec l'apparition de la maladie n'a cependant été démontrée [36].

Des directives canadiennes sur l'exercice physique et la SEP suggèrent de pratiquer au moins 30 minutes d'activité aérobie d'intensité modérée deux fois par semaine, et 2 séances hebdomadaires d'exercices de renforcement des grands groupes musculaires.

  1. Ault A.Patients With MS Want More Info on Wellness. Medscape News, 14 juin 2016
  2. Anderson P. Jury Still Out on Dietary Interventions in MS . Medscape News, 27 décembre 2012
  3. Fitzgerald K. A survey of current dietary habits within a large population of people with multiple sclerosis (S44.002). Congrès AAN, 27 avril 2017
  4. Hughes S. Can Diet Affect Multiple Sclerosis? Medscape News, 25 septembre 2014
  5. Giesser B. Guts and Glory: The Importance of Diet and Exercise in Managing Persons with Multiple Sclerosis. Congrès AAN, 25 avril 2017
  6. Marrie RA, Elliott L, Marriott J et all. Effect of comorbidity on mortality in multiple sclerosis. Neurology. 2015 Jul 21; 85(3): 240–247. doi:  10.1212/WNL.0000000000001718 PMCID: PMC4516290
  7. Marrie RA, Patten SB, Tremlett H. Sex differences in comorbidity at diagnosis of multiple sclerosis: A population-based study. Neurology. 2016 Mar 9. pii: 10.1212/WNL.0000000000002481. PMID: 26962066 PMCID: PMC4826338
  8. Langer-Gould A, Brara SM, Beaber BE, Koebnick C. Childhood obesity and risk of pediatric multiple sclerosis and clinically isolated syndrome. Neurology. 2013 Feb 5;80(6):548-52. doi: 10.1212/WNL.0b013e31828154f3. PMID: 23365063
  9. Gandey A. Obese Teens at Increased Risk for Multiple SclerosisMedscape News, 12 novembre 2009
  10. Fitzgerald K. Effects of intermittent calorie restriction on weight, fat mass, lean mass, visceral adipose tissue: Results from a pilot controlled-feeding study in multiple sclerosis patients (P3.390).  Congrès AAN, 25 avril 2017
  11. Bargoin V.SEP : le déficit en vitamine D pourrait être un facteur causal , Actualités Medscape, 23 septembre 2015
  12. Mowry EM, Krupp LB, Milazzo M. Vitamin D status is associated with relapse rate in pediatric-onset multiple sclerosis. Ann Neurol. 2010 May;67(5):618-24. doi: 10.1002/ana.21972. PMID: 20437559
  13. Mowry EM, Waubant E, McCulloch CE et al. Vitamin D status predicts new brain magnetic resonance imaging activity in multiple sclerosis. Ann Neurol. 2012 Aug;72(2):234-40. doi: 10.1002/ana.23591. PMID: 22926855
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  15. Anderson P. High Vitamin D Levels Linked to Lower MS Disease ActivityMedscape News, 15 octobre 2015
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  19. Camu W. CHOLINE : S4.004  Cholecalciferol supplementation in Relapsing Multiple Sclerosis patients treated with subcutaneous interferon beta-1a: a Randomized Controlled Trial. Congrès AAN, 27 avril 2017
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Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN. (suite)

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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