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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 11:54

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN

Véronique Duqueroy

24 mai 2017

 

Peut-on recommander un régime alimentaire particulier aux patients atteints de SEP? Lors du dernier congrès de l’American Association of Neurology, plusieurs sessions étaient consacrées à la nutrition et la SEP. Le point sur les données actuelles.

Absence de recommandations

Il n'y a pas, en France, de recommandations officielles sur l'alimentation et la sclérose en plaques (SEP). Pourtant, en consultation, la question se pose. En 2012, des chercheurs américains rapportaient que 50% à 75% des patients SEP consommaient des compléments nutritionnels ou suivaient des régimes alimentaires qu'ils pensaient bénéfiques.[1,2]

Lors du congrès de l'American Association of Neurology (AAN) 2017, de nombreuses sessions étaient consacrées à la nutrition. Une enquête transversale américaine portant sur plus de 7000 individus souffrant de SEP a notamment été présentée par Kathryn Fitzgerald et coll [3]. Recrutés dans le cadre du registre NARCOMS (North American Research Committee on MS), les patients étaient invités à répondre à un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires. Les résultats suggèrent que, dans cette population :

  • l'apport en calcium était inférieur à celui recommandé par le RDA (recommended dietary allowance, c.-à-d. les apports nutritionnels conseillés américains).
  • les patients avec une alimentation plus riche en produits laitiers et en calcium avaient un risque de handicap plus faible (risque évalué par l'échelle PDDS - patient determined disease steps).
  • une consommation plus importante de sucre ajouté provenant de boissons sucrées tendait, à l'inverse, à être associée à un tableau de SEP plus sévère.
  • aucun lien n'était observé entre les scores PDDS et la consommation de viande, fruits et légumes ou fibres.
  • enfin, la composition du régime alimentaire variait selon les caractéristiques cliniques de la maladie. Ainsi, les individus avec une SEP progressive consommaient moins de produits laitiers et plus de fruits et légumes que ceux avec une forme cyclique rémittente.

Jusqu'à présent, aucun régime alimentaire n'a été mis en évidence pour réduire le risque de développer une SEP. En 2014, une première étude prospective de population n'avait pas trouvé d'association entre une alimentation santé de haute qualité et la diminution du risque de développer la maladie [4]. L'absence de patients adolescents, une population pourtant clé dans l'étude du développement la SEP, pourrait expliquer la négativité de l'analyse.

 "Une alimentation saine pourrait réduire les comorbidités de la SEP". Pr Barbara Giesser (UCLA)

Selon le Pr Barbara Giesser (Ronald Reagan UCLA Medical Center), qui présentait une session sur les conseils diététiques dans la SEP à l'AAN 2017 [5], « il est important d'informer les patients pour qu'ils ne suivent pas n'importe quel régime trouvé sur Internet. » Le mieux est d'orienter le patient vers « une alimentation saine, ce qui permettrait de réduire les comorbidités de la SEP ».

Obésité et comorbidités

 

Le diabète, les maladies cardiaques, la dépression et l'anxiété, sont associés à un risque accru de décès chez les patients SEP [6,7]. Les recommandations diététiques actuelles pour ces pathologies, telles que le régime méditerranéen, pourraient donc s'appliquer. L'obésité, fortement associée à la SEP, constitue également un facteur de risque important. Les femmes obèses sont particulièrement concernées, surtout lorsque le surpoids est présent dès l'adolescence. Le risque de développer une SEP est en effet double chez les femmes qui étaient en surpoids à 20 ans comparativement à celles plus minces au même âge [8,9]. Il convient donc de « s'assurer que les patients maintiennent bien un poids santé », selon le Dr Giesser.

 

 « Les patients avec une SEP devraient maintenir un poids santé » Pr B. Giesser

Les individus obèses atteints de SEP devraient donc être orientés, lorsque que c'est possible, vers un régime amaigrissant. Une étude pilote, présentée à AAN 2017 a montré la faisabilité de deux types de stratégies diététiques chez les patients SEP. La réduction calorique continue (avec une réduction quotidienne de 22% des besoins caloriques) et le jeune intermittent (avec une réduction calorique de 75%, 2 jours par semaine) étaient comparables en termes de perte de poids (3,4 kg en 8 semaines) et de diminution de la masse du tissu adipeux viscéral, comparativement à un régime alimentaire stable. Des études de suivi sont prévues pour comparer l'effet de ces régimes sur les marqueurs de l'inflammation [10].

 

La vitamine D

Les patients obèses présentent, par ailleurs, des taux souvent faibles en vitamine D. Or, plusieurs études observationnelles ont montré que la carence en vitamine D était associée à une augmentation du risque SEP [11], du taux de poussées [12], de lésions à l'IRM [13], et d'une invalidité plus précoce et plus sévère [14]. Il existe une relation inverse entre la progression de la maladie et des taux sériques élevés en vitamine D. [15]

À ce jour, aucune relation causale n'a été mise en évidence, mais les propriétés immunorégulatrices et anti-inflammatoires [16], voire neuroprotectives et remyélisantes [17] de la vitamine D laissent entrevoir un effet potentiellement bénéfique d'une supplémentation. Plusieurs études sont d'ailleurs en cours : EVIDIMS en Allemagne, VIDAMS aux États-Unis, SOLAR aux Pays-Bas et CHOLINE en France. Ces 2 dernières ont fait l'objet de présentations orales à l'AAN 2017 :

  • SOLAR est un essai prospectif randomisé en double aveugle comparant la supplémentation en vitamine D3 versus placebo chez des patients SEP traités par interféron. Les résultats à 2 ans [18] ne montraient pas de différence significative entre les deux groupes sur l'activité de la maladie, qui était le critère primaire (selon le NEDA ou no evidence of disease activity, une mesure composite comprenant les poussées, la progression du handicap, et l'activité à l'IRM). Cependant, les paramètres IRM (lésions en T2 et lésions prenant le gadolinium), qui composaient le critère secondaire, étaient significativement plus faibles (-32%, p=0,005) dans le groupe vitamine D. Ce résultat laisserait supposer, selon les auteurs, que la supplémentation pourrait être plus efficace à un stade plus précoce de la maladie, lorsque l'activité inflammatoire est probablement plus intense.
  • CHOLINE était quant à lui présenté par l'équipe du Pr William Camu, du CHU de Montpellier. Comme SOLAR, l'essai était randomisé en double aveugle contre placebo en complément d'un traitement par interféron. Les résultats à 2 ans étaient plutôt contrastés [19]. Ils confirmaient l'effet bénéfique de la supplémentation en vitamine D sur les paramètres IRM à 2 ans (lésions en T2 et prise de gadolinium – critères secondaires), mais le taux de poussées à 2 ans (le critère primaire) était, de façon non significative, un peu plus élevé dans le groupe vitamine D en intention de traiter, suggérant un manque de puissance de l'étude.

Les deux essais confirmaient, par ailleurs, l'innocuité de la supplémentation en vitamine D chez les patients SEP.

Faut-il prescrire des compléments de vitamine D aux patients avec une SEP ?

« Ces 2 études [SOLAR et CHOLINE], mêmes négatives, sont très convaincantes sur les critères secondaires. Personnellement, je supplémente déjà mes patients depuis longtemps, » a indiqué le Pr Gilles Defer, neurologue au CHU de Caen, à Medscape.

Pour le Pr Bruno Brochet, neurologue au CHU de Bordeaux « les patients qui nous arrivent prennent déjà des compléments de vitamine D, prescrits, pour la plupart, par leur généraliste. » Mais selon le Pr Defer, « ce n'est pas le cas dans toutes les régions. Dans mon expérience, les médecins généralistes la prescrivent quelques temps, puis oublient... Or, la supplémentation doit être régulière, car dès qu'on l'arrête, le déficit se réinstalle très vite ».

« Même s'il n'y a pas de certitude dogmatique », le Pr Pierre Clavelou, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, recommande « la prise trimestrielle d'une ampoule orale de vitamine D puisque ceci n'a aucune contre-indication (hormis dans de rares pathologies rénales). Les interventions de supplémentation dans des essais sont certes restées sans intérêt positif, mais les données épidémiologiques sont en faveur [d'une supplémentation]. »

 

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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