Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 15:43

Les vaccins maudits par l'Amérique de Trump

Par Aude Massiot — 11 juillet 2017 libération

Depuis son élection, le président américain propage fake news et déclarations de méfiance envers les vaccins, alors que les épidémies se multiplient depuis quelques années.

Andrew Wakefield.

Prononcer ce nom suffit à hérisser les poils de beaucoup de professionnels de la santé américains.

Le Britannique, aujourd’hui installé à Austin, au Texas, est l’auteur d’une étude, publiée en 1998 dans la revue médicale Lancet, qui établissait un lien entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole et le développement de l’autisme.

Ces résultats ont fait le tour du monde, avant d’être contredits par une série d’études scientifiques.

Lancet a retiré la publication et présenté ses excuses. Wakefield a perdu sa licence de médecin.

Seulement, le mal était fait.

Dix-neuf ans après, sa théorie continue de circuler et de séduire aux Etats-Unis.

Elle fut même introduite dans un débat télévisé de la campagne électorale républicaine, par nul autre que Donald Trump, en septembre 2015.

«Des personnes qui travaillent pour moi, l’autre jour, m’ont raconté que leur magnifique enfant, âgé de deux ans, est allé se faire vacciner et, une semaine plus tard, a eu une fièvre terrible et a été très malade. Maintenant il est autiste.»

Plus grosse épidémie depuis 1959

Ce n’était pas la première fois que le milliardaire rapportait cette fake news.

Une fois élu, Trump a évoqué vouloir créer une Commission sur la «sécurité des vaccins et l’intégrité scientifique», au grand contentement des groupes anti-vaccins, dont la Ligue pour l’information sur les accidents de vaccination.

Le groupe californien travaille intensivement auprès des élus au Congrès pour prôner le «vrai consentement informé» pour les parents indique sa présidente Michelle Ford.

Elle se réjouit d’avoir entre 5 000 et 10 000 inscrits à sa newsletter, «les vaccins représentent un risque aussi grand que les maladies qu’ils sont censés prévenir.

Les parents devraient avoir le droit de choisir ce qu’ils veulent pour leurs enfants, en étant bien informés sur les dangers encourus.»

Pour Jinny Suh, cet argument ne tient pas.

La quarantenaire, mère de deux enfants de 4 ans et 9 mois, a créé Immunize Texas, un groupe communautaire basé à Austin qui regroupe une centaine de bénévoles, inquiets de la recrudescence des exemptions vaccinales pour des raisons philosophiques ou religieuses.

Aux Etats-Unis, dans les écoles publiques, les enfants doivent être vaccinés pour pouvoir être inscrits.

Le cocktail de vaccins requis varie en fonction des Etats, mais les exemptions pour raisons médicales, philosophiques ou religieuses sont souvent possibles.

«Les anti-vaccins défendent le droit des parents à choisir de ne pas vacciner leurs enfants mais j’ai aussi le droit d’envoyer mes enfants dans une école où ils ne risquent pas d’être contaminés, avance la militante.

Les groupes anti-vaccins restent une minorité mais sont très bruyants aux Texas et ont réussi à semer le doute dans la tête de beaucoup de parents.»

En 2013, le Texas a connu sa plus grosse épidémie de coqueluche depuis 1959 : 4 000 personnes ont été contaminées et cinq nourrissons trop jeunes pour être vaccinés sont décédés.

La rougeole, qui avait disparu aux Etats-Unis, a refait surface.

Dans onze Etats, le nombre d’enfants non vaccinés pour des raisons non médicales était, en 2016, le plus important par rapport aux cinq années précédentes.

En réaction, la Californie, où une épidémie fulgurante de rougeole a touché 131 personnes, à Disneyland en 2014, a supprimé, un an après, l’exemption pour croyance personnelle.

Le Vermont a suivi l’exemple.

En parallèle, le conservateur Dakota du Nord, a vu le pourcentage d’exemptions non-médicales passer de 0,8% à 3% de 2010 à 2016.

«Le mouvement d’hésitation sur les vaccins inquiète beaucoup d’entre nous, soupire William Schaffner, professeur de médecine préventives et de maladies infectieuses à l’université Vanderbilt dans le Tennessee.

Les vaccins perdent leur valeur car ils sont efficaces.

Les gens oublient la gravité des maladies qu’ils évitent.»

Le Minnesota en fait les frais.

L’Etat connaît actuellement sa plus grosse épidémie de rougeole depuis 1990.

78 personnes ont été touchées, et un tiers ont dû être hospitalisées.

«Plusieurs campagnes ont été lancées à travers le pays pour aider les pédiatres à bien informer les parents sur l’importance des vaccins et leurs effets secondaires, explique Kathryn Edwards, pédiatre à l’université de Vanderbilt et auteure d’une étude sur les exemptions non-médicales.

Les vaccins doivent être présentés comme le standard des traitements, le meilleur moyen de protéger les enfants.»



Aude Massiot

Les vaccins maudits par l'Amérique de Trump.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
commenter cet article

commentaires