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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 15:40

Le « paquet de tabac bientôt à dix euros » ne verra pas le jour avant la fin du quinquennat.

 

Toujours se méfier du politique, du novlangue consubstantiel à l’exécutif.

On se souvient encore de l’enthousiasme soulevé, chez les officiers de santé, par l’annonce du paquet de cigarettes bientôt à dix euros.

C’était le 4 juillet dernier -il y a trois jours.

Edouard Philippe II, devant des députés énamourés : « Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros ».

Et plus précisément :

« En matière de lutte contre le tabac, là encore, il nous faut assumer des choix courageux. Chaque année, le tabac, en France, est la cause de 80 000 décès par an.

C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents.

« Ne rien faire est exclu.

Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé, autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi ».

Enthousiasme, vraiment, que d’entendre un Premier ministre donner le chiffre de 80 000 décès (il aurait dû ajouter « prématurés »), de reprendre à son compte le formule « la première cause de mortalité évitable » tout en reconnaissant l’incurie absolue reflétée par les chiffres de consommation des adolescents.

« Finalement nous avons là la démonstration que nous avons, collectivement, fait du bon boulot » nous confiait un haut responsable de la santé publique persuadé que la situation qui prévalait depuis cinq ans avec Marisol Touraine et François Hollande allait, enfin, se débloquer. C’était pécher par naïveté.

Négociations avec les buralistes

 Novlangue ? Agnès Buzyn était l’invitée de RTLce jeudi 6 juillet.

Et voici ce qu’elle a déclaré (lisant son texte) quant à la hausse du prix du tabac :

« Les négociations débutent.

Nous allons recevoir les buralistes.

Il est évident que cette mesure n’est pas faite pour pénaliser cette profession.

Bien au contraire, il faut les accompagner dans une diversification.

Nous allons travailler.

Mais ce qui est clair pour la santé publique c’est que pour que la hausse du tabac soit efficace et que les gens arrêtent de fumer il faut que cette hausse soit importante ; ça ne peut pas être des hausses de dix centimes.

 « Tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passé par des hausses notables de leur prix du tabac.

L’Angleterre par exemple. Les Anglais fumaient autant que nous ; 30% de prévalence du tabagisme en 2005. Ils sont maintenant à moins de 20%, nous sommes encore à 29%.

Et ils sont passés par un prix à 11 euros. Il y aura une hausse du prix en 2018. Dix euros quand ?

Tout cela est en négociation. Dix euros quand ? J’espère y arriver en trois ans.

Tout cela sera négocié. »

Toujours rien sur la cigarette électronique

 « Les hausses doivent être importantes pour qu’elles aient un impact de santé publique, dira encore la ministre.  

La France fait partie des plus mauvais élèves au monde pour ce qui est de la prévalence du tabagisme des jeunes et des femmes.

Donc nous avons besoin de mesures spécifiques [par rapport aux pays frontaliers]. »

Ce n’est certes pas le novlangue de George Orwell 1 mais c’est tout aussi désespérant.

Ainsi donc voilà une ministre qui sait tout du dossier, qui avait (timidement mais publiquement), réclamé des hausses drastiques de prix quand elle était en charge de la lutte contre les cancers.

Et nous la retrouvons déjà dans une position identique à celle de Marisol Touraine, corsetée entre Bercy, Matignon, l’Elysée et le lobby des buralistes-Big Tobacco.

Et venir à RTL pour confier des espérances menacées par les futurs arbitrages du chef de son gouvernement – sans parler de l’Elysée.

Cinq ans …. Cinq longues années pour espérer parvenir à augmenter (au mieux) de trois euros le prix du paquet de cigarettes, seule mesure efficace pour réduire le nombre de morts prématurées causées par le tabagisme.

Où est le drastique ? Sans oublier que, comme depuis cinq ans, rien n’est dit quant à une possible ouverture politique sur le levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique.

Et ce à la différence, notable, du remarquable exemple britannique. Quel est le pouvoir de cette ministre ? Il suffira, pour cela, d’observer l’évolution du prix du tabac durant ce quinquennat.

 

1 Remarquable : « Avoir raison avec Orwell », par Brice Couturier, sur France Culture

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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