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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 15:46

Vaccins : Pour Luc Perino l'obligation n'est pas la solution. Le Monde.

Pour Luc Perino, médecin généraliste et écrivain, la généralisation des obligations vaccinales étudiée par la ministre de la santé, Agnès Buzyn, serait contre-productive. Il plaide pour une vaccination libre et responsable pour améliorer la couverture de la population

Ceci est une lettre à notre nou­velle mi­nistre de la santé.

La vac­ci­na­tion est la plus belle vic­toire de la mé­de­cine. La plu­part des vac­cins af­fichent un ratio bé­né­fices/risques lar­ge­ment su­pé­rieur à tous les autres mé­di­ca­ments et pré­sentent un coût bien plus faible par an­née-qua­lité de vie ga­gnée.

Vous af­fi­chez donc lo­gi­que­ment une vo­lonté d'amé­lio­rer la cou­ver­ture vac­ci­nale dans notre pays. Quel pro­fes­sion­nel de santé res­pon­sable pour­rait pen­ser au­tre­ment ?

Plus en­core que les autres po­li­tiques, celle de la santé pu­blique né­ces­site une adap­ta­tion aux sub­jec­ti­vi­tés ci­toyennes.

L'his­toire nous montre que toute er­reur dans une po­li­tique vac­ci­nale se paie par un recul de la cou­ver­ture vac­ci­nale, non seule­ment pour le vac­cin consi­déré, mais aussi pour d'autres.

L'hy­gié­nisme so­cial et les obli­ga­tions vac­ci­nales du XIXe  siècle ont lar­ge­ment contri­bué à nos ac­quis sa­ni­taires et so­ciaux.

Il n'est pas ques­tion ici de dé­ni­grer les po­li­tiques sa­ni­taires de nos an­cêtres, ce­pen­dant, nous sommes très loin de cette époque et les temps ont beau­coup changé.

Le gou­ver­ne­ment au­quel vous ap­par­te­nez af­fiche clai­re­ment sa vo­lonté de don­ner la prio­rité à l'édu­ca­tion, seule ca­pable de pro­mou­voir une so­ciété -libre et res­pon­sable.

Une gé­né­ra­li­sa­tion des obli­ga­tions vac­ci­nales, dans un tel contexte, ap­pa­raît d'em­blée comme an­ti­no­mique. Mais au-delà de cette -an­ti­no­mie, il nous semble qu'une telle dé­ci­sion se­rait contre-pro­duc­tive pour de mul­tiples rai­sons.

N'ou­blions pas que ce sont les obli­ga­tions vac­ci­nales his­to­riques qui ont fait le ter­reau des sectes an­ti­vac­ci­nales dont vous ne pou­vez igno­rer le pou­voir de nui­sance.

Une gé­né­ra­li­sa­tion des obli­ga­tions leur four­ni­rait un nou­vel élan. Leur rai­son­ne­ment -bi­naire s'ins­crit dans la mon­tée des po­pu­lismes (le chô­mage est dû à la mon­dia­li­sa­tion, ou en­core le ter­ro­risme est dû à l'im­mi­gra­tion).

En ma­tière sa­ni­taire, cette confu­sion entre cor­ré­la­tion et cau­sa­lité peut être en­core plus dé­vas­ta­trice : les sectes ne se privent ja­mais de faire le lien entre tout évé­ne­ment -pa­tho­lo­gique sur­ve­nant après un vac­cin et le vac­cin lui-même.

Par ailleurs, le mot « obli­ga­toire » est pro­gres­si­ve­ment de­venu tabou dans notre pays et il n'est pas de na­ture à apai­ser les es­prits dans le do­maine sen­sible de la vac­ci­no­lo­gie.

Fort heu­reu­se­ment, mal­gré la mon­tée des po­pu­lismes, notre pays -conserve un haut ni­veau d'édu­ca­tion. Il se trouve que cet avan­tage se ré­vé­le­rait éga­le­ment être un pro­blème pour élar­gir les obli­ga­tions vac­ci­nales.

En effet, nos conci­toyens ont bien re­mar­qué que la pro­mo­tion des vac­cins, tra­di­tion­nel­le­ment ré­ser­vée aux ins­ti­tu­tions et aux mé­de­cins, est de plus en plus usur­pée par les in­dus­triels qui, après avoir long­temps dé­laissé le mar­ché de la vac­ci­na­tion, en ont ré­cem­ment dé­cou­vert les pro­messes.

La mise en place d'obli­ga­tions ad­mi­nis­tra­tives pour des pro­duits lar­ge­ment pro­mus par le mar­ché privé se­rait in­évi­ta­ble­ment as­si­mi­lée à une col­lu­sion d'in­té­rêts.

Cela est la ran­çon d'un haut ni­veau d'édu­ca­tion…

Il y a seule­ment quelques dé­cen­nies, lorsque les mé­de­cins en étaient les seuls pro­mo­teurs, fer­vents et dis­crets, des vac­cins non obli­ga­toires tels que rou­geole, oreillons, ru­béole, co­que­luche, mé­nin­gite à Hae­mo­phi­lus, etc., ont été mis en place avec des taux de cou­ver­ture iden­tiques à ceux des vac­cins obli­ga­toires.

Cela prouve que l'édu­ca­tion, l'in­for­ma­tion éclai­rée et la confiance en son pra­ti­cien peuvent faire beau­coup mieux que toutes les obli­ga­tions.

Tout par­ti­cu­liè­re­ment dans un pays peu­plé de Fran­çais !

Les vac­cins sont vic­times de leur suc­cès et ils ont changé la so­cio­lo­gie de la vac­ci­na­tion.

Cer­tains peinent à com­prendre l'in­té­rêt d'une vac­ci­na­tion pour une ma­la­die presque dis­pa­rue. Seule l'édu­ca­tion peut ap­por­ter une ré­ponse à ce pa­ra­doxe ap­pa­rent. Mais la so­cio­lo­gie vac­ci­nale a changé dans notre pays, bien au-delà de ce que l'on pou­vait ainsi pré­voir. Ne don­nons qu'un exemple.

Le mé­lange dans une même se­ringue de vac­cins obli­ga­toires et non obli­ga­toires existe de­puis long­temps, mais ce n'est que tout ré­cem­ment que ces mé­langes ont pro­vo­qué in­ter­ro­ga­tions, sus­pi­cions et contes­ta­tions.

De tels ques­tion­ne­ments ré­sultent de plu­sieurs fac­teurs, parmi les­quels on peut citer le tra­vail très ha­bile des sectes an­ti­vac­ci­nales, une confu­sion gran­dis­sante entre santé pu­blique et santé mar­chande, et de mé­mo­rables er­reurs de com­mu­ni­ca­tion, comme celle au­tour du H1N1.

Sup­pri­mer toutes les obli­ga­tions vac­ci­nales pré­sen­te­rait as­su­ré­ment plu­sieurs avan­tages : pri­ver les sectes an­ti­vac­ci­nales de leur meilleure arme ; évi­ter les sus­pi­cions de col­lu­sions d'in­té­rêts ; re­don­ner la pre­mière place à l'in­for­ma­tion et à l'édu­ca­tion qui ont gran­de­ment fait leurs preuves en ce do­maine.

Enfin, la vac­ci­na­tion de­ve­nant un acte res­pon­sable et libre per­met­trait de com­bler le fossé entre science et jus­tice dans le do­maine de la santé. -Ci­tons, entre autres, ce cas où l'Etat fran­çais a été condamné à ver­ser une forte in­dem­ni­sa­tion à une in­fir­mière ayant dé­ve­loppé une sclé­rose en plaques peu après une vac­ci­na­tion obli­ga­toire contre l'hé­pa­tite B.

Ma­dame la Mi­nistre, nous par­ta­geons votre in­quié­tude de­vant la baisse de cer­taines cou­ver­tures vac­ci­nales et nous louons votre in­ten­tion d'y re­mé­dier au plus vite.

Mais l'ex­ten­sion des obli­ga­tions vac­ci­nales n'est cer­tai­ne­ment pas une ré­ponse adap­tée à notre pays.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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