Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 11:35

« Tabac chauffé » sans danger pour la santé : mais de qui Philip Morris se moque-t-il ?  

Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde est aujourd’hui le président de Philip Morris International Europe. Le site des buralistes français nous apprend qu’il a accordé un entretien à Losange, leur « magazine 100% »  ; entretien éclairant en ce qu’il donne de nouvelles précisions sur la grande nouveauté de sa firme : le « tabac fumé » (marque Iqos) que son groupe vient de lancer sur certains marchés-tests en France 1.

Frédéric de Wilde : « En dehors de la Chine et des États-Unis, environ trois cigarettes sur dix vendues sont fabriquées par le groupe Philip Morris International. Il y a environ 1,1 milliard de fumeurs actuellement sur notre planète. L’Organisation mondiale de la Santé estime que ce nombre évoluera peu jusqu’en 2025. Notre groupe se devait donc d’offrir une alternative à nos consommateurs adultes, avec des produits potentiellement moins nocifs. »

Pleinement nocifs

Ainsi donc Philip Morris reconnaît publiquement qu’il commercialise, à haute dose, des produits pleinement nocifs. Question des buralistes : « quid de la validité scientifique du ‘’risques potentiellement réduits’’ » ? Frédéric de Wilde :

« PMI conduit des recherches approfondies sur Iqos pour en vérifier le potentiel de réduction du risque de maladies liées au tabagisme par comparaison avec la fumée de cigarette. Notre recherche est très avancée et s’inspire des normes et des pratiques adoptées depuis longtemps dans l’industrie pharmaceutique comme des recommandations et orientations de la Food and Drug Administration aux États-Unis pour les produits de tabac à risque modifié. Les données à ce jour pointent clairement en direction d’une réduction des risques par comparaison avec la fumée. »

« La vapeur d’Iqos contient, en moyenne 90 à 95 % de niveaux inférieurs, de constituants nocifs et potentiellement nocifs – à l’exclusion de la nicotine – par rapport à la fumée provenant d’une cigarette de référence conçue à des fins de recherche scientifique ; comme mesuré selon les modèles de laboratoire, la vapeur générée par Iqos est significativement moins toxique que la fumée de cigarette ; les fumeurs qui ont complètement adopté Iqos, dans deux études cliniques sur une semaine et deux études sur trois mois, ont réduit leur exposition à 15 constituants nocifs. Les niveaux d’exposition mesurés ont approché ceux observés chez les personnes qui ont cessé de fumer pendant la durée des études ».

Tour de bras

Nocif ou pas Philip Morris implante Iqos à tour de bras. Outre le Japon l’objet est commercialisé dans quatorze pays européens : Danemark, Allemagne, Grèce, Italie, Lituanie, Monaco, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Espagne, Suisse, Royaume-Uni – et la France depuis le mai 2017.

 Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde ne nous dit pas tout sur le sujet. A commencer par ce qui se passe en Suisse. Il faut ici consulter vapolitique.blogspot.fr : « Philip Morris avoue la pyrolyse de l’Iqos mais tente de faire retirer l’étude lausannoise » (Philippe Poirson).   Où il est question de la pyrolyse, cette décomposition chimique d’un composé organique dû à une augmentation importante de sa température et qui génère d’autres produits qu’il ne contenait pas.

« La fumée dégagée par l’Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle », souligne une étude conduite par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier.

« Nous n’avons jamais affirmé que l’Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l’augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l’aérosol de l’Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l’Iqos » peut-on lire dans la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris. Puis, début juin, Jean-Daniel Tissot, doyen de la faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne, a reçu un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l’étude…

Silence de la nouvelle ministre

« En d’autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif, estime Philippe Poirson. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. (…) la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d’oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L’étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l’Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d’accorder crédit aux médias présentant l’Iqos comme produit « smokeless » sans fumée. »

En France, face aux allégations d’une moindre nocivité les autorités sanitaires font comme si rien n’existait. La nouvelle ministre de la Santé fait comme celle qui l’a précédée. Aucune réponse fournie aux fumeurs qui s’interrogeront. Comme avec la cigarette électronique, aucune étude, aucun conseil qui s’inscrirait dans une politique citoyenne du moindre risque.

 

1 « IQOS, le « tabac chauffé à moindre nocivité » arrive en France. Silence des autorités » Journalisme et santé publique, 14 avril 2017

« Tabac chauffé » sans danger pour la santé : mais de qui Philip Morris se moque-t-il ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article

commentaires