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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 15:21

Intoxication alcoolique : l’évolution vers une pancréatite ou une hépatite alcoolique dépendrait du microbiote

 

Paris, France — Les patients atteints d'une pancréatite ou d'une hépatite alcooliques présentent un déséquilibre du microbiote intestinal spécifique. C'est ce que révèle une étude française, dont les résultats ont été présentés lors des Journées francophones d'hépatogastroentérologie et d'oncologie digestive (JFHOD) 2017 [1]. Reste à savoir si ce déséquilibre est la cause ou la conséquence de ces complications.

« A consommation alcoolique équivalente, les patients ne développent pas le même type de complication. Dans 8 à 20% des cas, apparait une cirrhose, tandis que 5% des patients développent une pancréatite chronique », a souligné Dragos Ciocan (Université Paris-Sud XI), l'un des investigateurs de l'étude, au cours de son intervention.

Des facteurs génétiques ont notamment été mis en évidence, « mais ils ne peuvent pas expliquer, à eux-seuls, ces différences », ajoute le chercheur. Ses travaux, dirigés par le Pr Gabriel Parlemuter (Hôpital Antoine-Béclère, Clamart, AP-HP) avaient pour objectif de caractériser le microbiote associé à ces complications, en vue de déterminer un éventuel lien.

Baisse de la diversité bactérienne

L'étude a inclus 82 patients, âgés en moyenne de 51 ans, avec une consommation excessive d'alcool (>60 grammes par jour), depuis plus de cinq ans.

Ils ont été répartis en trois groupes: avec pancréatite alcoolique chronique (n=24), avec hépatite alcoolique aiguë sévère (n=13), sans complication (groupe témoin).

Les deux groupes ne présentaient pas de différence significative, selon l'âge, le sexe, la quantité d'alcool consommée ou l'indice de masse corporel (IMC).

La composition du microbiote intestinal a été déterminée pour chaque individu, après prélèvement des selles, à partir d'un séquençage à haut débit. Les résultats montrent une baisse de la diversité bactérienne chez les patients présentant une pancréatite chronique, par rapport au groupe témoin.

L'analyse de la diversité bactérienne sur l'ensemble des patients atteints de pancréatite révèle un déséquilibre du microbiote intestinale (dysbiose) spécifique, avec des taux plus faibles de Bactéroides et de Firmicutes, tandis que les Protéobactéria sont davantage représentés.

Populations pathogènes en hausse

Après ajustement sur l'âge, le sexe, l'IMC et le tabagisme et l'utilisation de médicament IPP (inhibiteur de la pompe à proton), « connus pour provoquer des modifications du microbiote », la pancréatite est associée à une chute de population pour 6 taxa bactériens (Ruminococcus, Roseburia…). A l'inverse, une hausse a été observée pour 11 autres taxa (Enterococcus, Bacteroides, Pseudomonas…).

Chez les patients avec hépatite, le microbiote présente également une dysbiose, mais il n'apparait pas de différence significative en terme de diversité, comparativement au microbiote des patients avec pancréatite. Certaines populations bactériennes sont, par contre, plus représentées dans le groupe hépatite, par rapport au groupe pancréatite, et inversement.

Après ajustement sur les facteurs modifiant le microbiote, l'étude montre une différence très significative en ce qui concerne les populations bactériennes du genre Haemophilus, « qui peuvent être 100 fois plus élevées dans le microbiote des patients atteints d'une hépatite aiguë », note Dragos Ciocan.

Chez ces patients présentant des complications liées à la consommation excessive d'alcool, « on observe une hausse de populations bactériennes, dont certaines sont potentiellement pathogènes », a commenté le chercheur.

Des études complémentaires nécessaires

Il reste désormais à savoir si cette dysbiose spécifique est une cause ou une conséquence de ces complications. L'influence du microbiote pourrait être bien réelle, puisque de précédents travaux de l'équipe ont déjà mis en évidence son rôle dans le développement de complications liées à l'alcool, au niveau du foie.

« Nous avons montré que la susceptibilité individuelle de développer une maladie alcoolique du foie est liée au microbiote intestinale. En modulant ce microbiote, notamment par administration de prébiotique, on peut prévenir l'apparition de la maladie », a affirmé Dragos Ciocan. Ce qui laisse espérer une perspective similaire pour l’hépatite ou la pancréatite liées à l’alcool.

Des études complémentaires sont d'ores et déjà envisagées pour apporter, en outre, un éclairage sur les mécanismes en jeu. Selon le chercheur, « il faudrait effectuer une comparaison avec le microbiote, également déséquilibré, de patients atteints de pancréatite idiopathique ».

 

Vincent Richeux

18 avril 2017

 

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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