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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 10:45

Aspirine et cancer : une vaste étude confirme l’effet protecteur des faibles doses

Aude Lecrubier, Nick Mulcahy

Washington, Etats-Unis— Une analyse sur plus de 100 000 personnes suivies pendant une trentaine d’années apporte de nouvelles preuves de l’effet protecteur de la consommation de faibles doses d’aspirine à long terme, selon des données présentées lors du congrès annuel de l’American Association for Cancer Reasearch (AACR) [1].

Globalement, consommer entre 0,5 comprimé (162,5 mg) et 7 comprimés (2.275 mg) d’aspirine standard (325 mg) par semaine pendant au moins 6 ans, a été associé à une baisse de la mortalité totale de 7% chez les femmes et de 11 % chez les hommes. Or, cette baisse serait principalement liée au moindre risque de mortalité par cancer : - 7 % chez les femmes et - 15 % chez les hommes.

Cette réduction de la mortalité par cancer est comparable au sur-risque de décès par cancer lié à l’obésité -- Dr Yin Cao

« Cette réduction de la mortalité par cancer peut sembler modeste mais elle est comparable au sur-risque de décès par cancer lié à l’obésité », a expliqué le Dr Yin Cao (Massachussetts General Hospital et Harvard Medical School, Boston, Etats-Unis) à Medscape. com.

Une analyse sur plus de 100 000 personnes pendant 30 ans

Bien que plusieurs travaux aient déjà montré une association entre l’aspirine et une baisse du risque de mortalité, notamment par cancer, il s’agit de la première fois que les bénéfices de l’aspirine sur la mortalité globale et sur la mortalité par cancer sont évalués dans deux grandes cohortes prospectives sur le long terme.

En effet, le Dr Cao et coll. ont analysé les données de 86 206 femmes ayant participé à la Nurses’s Health Study (1980-2012) et 43 977 hommes de la Health Professionals Follow-Up Study (1986-2012).

Selon le protocole, les participants avec des antécédents de cancer, de maladies cardiaques ou d’AVC n’ont pas été inclus dans l’étude. La consommation d’aspirine a été évaluée à l’entrée dans les études et tous les deux ans avec un suivi de plus de 90 %.

Au cours du suivi, 22 094 femmes et 14 749 hommes sont décédés, dont 8 271 femmes et 4 591 hommes d’un cancer.

Parmi les cancers, la réduction du risque de mortalité était plus prononcée pour les cancers colorectaux : -31 % pour les femmes et -30 % pour les hommes mais elle était également importante pour les cancers du sein, de la prostate et du poumon.

Baisse de la mortalité par type de cancer

Types de cancer

Baisse mortalité femmes

Baisse mortalité hommes

Tous types

-7 %

-15 %

Cancers colorectaux

-31 %

-30 %

Cancers du sein

-11 %

-

Cancers de la prostate

-

-23 %

Cancers du poumon

-

-14%

Les bénéfices associés à l’aspirine sont apparus dès la consommation de 0,5 à 1,5 comprimés de 325 mg par semaine soit l’équivalent d’une aspirine par jour à faible dose par semaine pendant au moins 6 ans chez les hommes comme chez les femmes.

Rappelons que la dose quotidienne d’aspirine en prévention cardiovasculaire en France se fait à des doses < 100 mg.

Ces données vont dans le sens des récentes recommandations de l’US Preventive Services Task Force (USPSTF) qui préconisent de consommer de faibles doses d’aspirine (81 mg) pendant au moins dix ans chez les adultes de 50 à 69 ans en prévention du risque de cancer colorectal et de maladies cardiovasculaires (voir article Medscape).

Un plaidoyer pour de nouveaux essais

Ces recommandations américaines USPSTF « Aspirine/Risque CV/Cancer colorectal » s’appuient sur des essais cliniques, mais ce type d’essais manque encore pour les autres types de cancer.

En l’état, le caractère observationnel de l’analyse de cohortes de Y Cao et coll. ne permet pas d’établir avec certitude le lien de causalité entre la consommation d’aspirine et le risque de mortalité par cancer (en général).

Ce type d’analyses de cohortes peut avoir des biais significatifs.

Interrogé par Medscape.com, le Dr Manish Shah (oncologue gastrointestinal, Weill Cornell Medicine et New York-Presbyterian Hospital, New York, Etats-Unis) a précisé : « Ce type d’analyses de cohortes peut avoir des biais significatifs. Une partie de l’effet peut venir du fait que les gens qui consomment régulièrement de l’aspirine pourraient être globalement plus attentifs à leur santé. »

La réalisation de nouveaux essais permettrait de prendre en considération les bénéfices sur les autres cancers (autres que le cancer colorectal) et de les contrebalancer avec les risques potentiels de saignements gastrointestinaux et d’AVC, notamment, a conclu le Dr Cao.

 

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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