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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 17:36

Vacciner ou s’abstenir ? Marisol Touraine se doit de prendre ses responsabilités avant de partir

 

Billards et châteaux de cartes vaccinaux.

Au nom du droit, tout pourrait s’écrouler.

Car nous sommes encore loin d’avoir mesuré les conséquences pratiques de la décision du Conseil d’État du 8 février.

Elle enjoint Marisol Touraine de rendre disponibles (d’ici six mois) les trois vaccins obligatoires avant l’âge d’un an et demi : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) – et ce indépendamment des autres valences. 1.

Que vont faire les médecins français durant ces six mois ?

Découvrant la sentence du Palais-Royal, Marisol Touraine a fait savoir qu’elle avait saisi ses services ainsi que ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament « pour que l’État puisse mettre en œuvre cette décision dans le délai imparti ».

La vérité est que sur un sujet à ce point majeur de santé publique l’Etat français est totalement dépendant des géants vaccinaux.

 

Sanofi-Pasteur-MSD

Résumons : le ministère français de la Santé a six mois pour rendre disponibles en pharmacie des injections ne contenant que le vaccin DTP.

Or ce dernier n’existe plus sous sa forme pédiatrique depuis 2008, et il n’y a pas de fabrication de ce vaccin à l’échelon mondial 2.

Pour l’heure, premier des géants concernés, Sanofi-Pasteur-MSD se tait.

Pourquoi parlerait-il ? Le temps, croit-il, joue pour lui.

En première ligne les médecins vaccinateurs commencent à donner de la voix.

Ainsi ceux de la CSMF :

« La décision du Conseil d’Etat met en jeu la responsabilité médicale des praticiens et donne raison aux associations de patients qui sont méfiantes au sujet des vaccins, notamment les tétravalents (DTP + coqueluche). Or, la coqueluche reste une affection extrêmement grave chez le nourrisson, qui peut être évitée grâce à la vaccination. »

Rappelons que le  TETRAVAC-ACELLULAIRE® (incluant la valence coqueluche) est un produit Sanofi-Pasteur-MSD.

Faut-il l’utiliser faute de mieux ?

Quelles seront les responsabilités recherchées en cas d’épidémie coquelucheuse ? Se retournera-t-on vers le Conseil d’Etat ?

Adresse à la ministre de la Santé

« La ministre de la Santé a lancé l’année dernière une grande concertation citoyenne sur la vaccination dont est sorti le rapport Fischer qui préconise de rendre obligatoires les vaccins aujourd’hui « recommandés » pour les enfants de moins de deux ans (coqueluche, rougeole, hépatite B…), rappelle la CSMF.

Cette obligation temporaire permettrait d’améliorer une couverture vaccinale insuffisante et de restaurer la confiance des Français. »

La CSMF « déplore l’absence de décision depuis la remise du rapport fin 2016 et demande à la ministre de la Santé de prendre ses responsabilités ». Les prendra-t-elle ? Toujours la CSMF :

« Une décision forte et claire est nécessaire sur la politique vaccinale, en particulier sur le champ de l’obligation. L’extension des obligations vaccinales, comme le préconise le rapport Fischer, remplirait un double objectif : mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et répondre aux contraintes actuelles. Quels vaccins et pour qui ? De façon à ne pas mettre les médecins en position intenable d’un point de vue médico-légal. La vaccination est un enjeu de santé publique primordial : le gouvernement ne peut laisser la population dans l’incertitude. »

 Stupéfaction des généralistes

« Je comprends que les juridictions doivent être cohérentes par rapport aux textes en vigueur », commente le Dr Claude Leicher au Quotidien du Médecin.  

Mais le président de MG France ne voit qu’incohérence et impasse dans la mise en pratique. 

« Est-ce à dire que les laboratoires vont fabriquer des doses pédiatriques unitaires pour ces vaccins ? Alors que les vaccins conjugués répondaient au besoin de n’avoir qu’une injection ?

Et pour quel prix ?

Nous, médecins, sommes stupéfaits de voir se développer une politique de santé qui ne repose plus sur des arguments scientifiques. »

Que le Dr Claude Leicher se rassure, les médecins ne sont pas les seuls à être stupéfaits.

Vacciner ou s’abstenir ? Il y a urgence.

Après avoir fait savoir qu’elle « saisissait ses services », Marisol Touraine saura-t-elle prendre, ici aussi, les responsabilités de santé publique qui, jusqu’en mai, sont les siennes ?

 

1 Sur ce thème, on peut lire notre chronique « Les anti-vaccins viennent de remporter une victoire en France » Slate.fr 10 février 2017

2 L’impasse était connue. Voici ce que nous écrivions, sur ce blog, le 13 août 2015 :

« Il n’existe donc, en pratique, aucune solution pour les parents qui souhaiteraient ne respecter que les obligations vaccinales. Aucune sauf une : les enfants allergiques à la vaccination contre la coqueluche (à cause d’une hypersensibilité à l’un des constituants du vaccin) peuvent avoir accès au DTVax® (vaccin diphtérique et tétanique) associé à l’Imovax Polio®. Or le DTVax® n’est plus disponible (rupture de stock) depuis janvier 2015. Une solution a donc été trouvée. Voici les explications qui nous ont été données par l’ANSM :

 « Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

Cette situation (dénoncée par la « Ligne nationale pour la liberté des vaccinations ») sera-t-elle utilisée pour avoir accès aux seules vaccinations obligatoire en arguant d’une contre-indication à la vaccination contre la coqueluche ? « Jusqu’à présent nous avons environ 200 demandes par an, nous a expliqué Philippe Juvin, pharmacien responsable de Sanofi Pasteur (qui produit annuellement environ un milliard de doses vaccinales contre une vingtaine de maladies). Nous ne pouvons qu’être inquiets des appels lancés par le Pr Joyeux. Un contournement du dispositif actuellement en place avec une augmentation substantielle des demandes pourrait conduire, là encore, à une rupture des stocks. »

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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