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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 15:33

Quarante-huit coups de couteau : le meurtre du médecin généraliste pouvait-il être prévenu ?

« Coup de folie » a déclaré son avocat, avant même les conclusions à venir des experts en psychiatrie. Et personne n’a, en ces temps troublés, évoqué la piste du « terrorisme ». « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, tué le 1er février à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) de plusieurs dizaines de coups de couteau c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales, résume Le Parisien qui publie une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. » Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne).

Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad pose question » au regard des  coups de couteau qu’il a donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, a d’ores et déjà précisé que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B., Me Xavier Torré.

L’autopsie réalisée à Angers a révélé que, contrairement à ce qui avait été indiqué précédemment, le corps de la victime ne présentait pas trente mais quarante-huit coups de couteau, a précisé le procureur. « Il semble que le décès soit lié à l’ensemble de ces blessures, et non à certains coups mortels », a expliqué le médecin légiste à  L’Écho Républicain. En pratique il s’agira, une nouvelle fois, pour la justice d’évaluer le « discernement » du meurtrier au moment des faits. Etait-il totalement « aboli » ou simplement « altéré ». Pour Me Torré, les jeux sont faits : son nouveau client a été « pris d’un coup de folie ».

« Il n’allait pas bien »

On sait aujourd’hui qu’après avoir tué son médecin en fin de matinée, le meurtrier a rallié en voiture les Yvelines, où il a de la famille. Puis il a ainsi été interpellé aux Mureaux dans la soirée alors qu’il marchait, les bras ensanglantés. « Un proche, qui le croisait lors d’événements familiaux, n’a jamais noté de problème particulier, note encore Le Parisien (Nicolas Jacquard).  Domicilié dans le centre historique de Nogent-le-Rotrou, l’homme se rendait régulièrement chez sa sœur et son beau-frère – lesquels habitent à deux pas du cabinet médical. C’est là que ce couple a été entendu jeudi 2 février par les gendarmes, et qu’un vélo a notamment été saisi. »

Pas de « problème particulier », donc. Mais un neveu du meurtrier a expliqué que Mourad avait été hospitalisé récemment en psychiatrie. « Il n’allait pas bien, et s’en était rendu compte, complète Me Torré. Il était lui-même en demande de prise en charge. » « Aura-t-on un jour une réponse à ses motivations ? Je l’espère mais n’en suis pas certain. En attendant il y a une émotion légitime dans la commune, je souhaite qu’elle ne se transforme pas en colère. »

Colère ? La municipalité de Nogent-le-Rotrou a ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain, un rassemblement et une marche silencieuse ont été organisées à laquelle ont participé plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement est prévu mardi 7 février devant la préfecture d’Eure-et-Loir à Chartres, à l’appel de la CSMF.

Boîtiers de téléalarme

On sait que ce syndicat médical exhorte le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclame la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant). Il demande aussi l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggère encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

On ne peut pas, dans l’émotion, ne pas entendre ces réclamations syndicales. Et pourtant. Posons comme hypothèse que ce dispositif ait existé le 1er février dernier. Aurait-il prévenu les conséquences du « coup de folie » de Mourad B. ?

 

 

 

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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