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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 10:37

Et si la médecine anti-âge passait par le microbiote intestinal ?

Depuis plusieurs années, le microbiote intestinal fait l’objet de nombreux travaux visant à explorer son rôle dans la santé, le vieillissement et la longévité de l’hôte.

Une revue de la littérature rend compte des résultats les plus récents sur la question et des perspectives thérapeutiques qu’ils ouvrent dans la prévention et la prise en charge des maladies liées à l’âge.


Les évolutions du microbiote intestinal avec le vieillissement


Les modifications de la composition et des fonctions du microbiote intestinal avec l’âge sont aujourd’hui bien décrites et sont associées au processus de déclin immunitaire (ou immuno-sénescence) et à une inflammation chronique de bas grade qui accompagnent les pathologies liées à l’âge.


Avec l’âge, on observe notamment une augmentation des protéobactéries, une réduction des bifidobactéries et une réduction du rapport Firmicutes/Bacteroïdes.

En particulier, les bifidobactéries transmises de la mère à l’enfant par voie vaginale à la naissance et qui représentent 90% du microbiote présent dans le côlon du nouveau né, constituent moins de 5% du microbiote chez les personnes âgées ou atteintes de certaines pathologies.

Ces modifications surviennent progressivement avec le vieillissement.

Une perte de la diversité du microbiote accompagne ainsi l’avancée en âge et la fragilité qui lui est associée.

Il existe également une association entre perturbations du microbiote intestinal et certains états pathologiques :

inflammation chronique, neurodégénération, déclin cognitif, fragilité, diabète de type 1 et 2, stéatose non alcoolique, maladies cardiovasculaires et cancers.


Les altérations des interactions avec l’hôte sont étroitement associées au mode de vie, à l’alimentation à la fragilité et à l’inflammation, qui évoluent avec l’âge.

Les études réalisées chez les centenaires indiquent que l’évolution du microbiome avec l’âge se caractérise par une perte des gènes impliqués dans la synthèse des acides gras à chaîne courte et par une réduction du pouvoir sacharolytique.

Dans le même temps, le « pathobionte », c’est-à-dire les bactéries opportunistes pro-inflammatoires présentes en faible quantité dans le microbiote des individus plus jeunes, devient plus prépondérant.


Moduler le microbiote intestinal pour lutter contre les méfaits de l’âge


Les effets protecteurs du microbiote intestinal sur le vieillissement et la santé de l’hôte sont de plus en plus étudiés dans le cadre d’essais cliniques.

Les résultats indiquent que la modulation du microbiote intestinal (prébiotiques/probiotiques) pourrait être efficace pour prévenir certaines pathologies chez les seniors, notamment en réduisant l’inflammation chronique de bas grade et en améliorant la réponse immune adaptative, contrebalançant ainsi l’immunosénescence.


D’autres mécanismes semblent avoir un effet protecteur comme le maintien de l’intégrité de la barrière intestinale, un niveau de production élevé d’acides gras à chaîne courte, l’augmentation de peptides impliqués dans la régulation du métabolisme glucidique et lipidique, etc.


L’alimentation croisée entre bifidobactéries et les bactéries productrices de butyrate telles que Faecalibacterium prausnitzii et Roseburia joue un rôle essentiel dans la lutte contre les altérations liées à l’âge, car cet acide gras à chaîne courte exerce un effet trophique majeur sur la barrière intestinale.

Il possède également des activités immunomodulatrices et anti-inflammatoires et pourrait avoir un effet thérapeutique potentiel sur le développement des pathologies liées à l’âge (pathologies d’origine immunitaire, cancers et troubles neurologiques, diabète de type 2), notamment en modulant l’expression des gènes de l’hôte par des processus épigénétiques.


L’intérêt thérapeutique des probiotiques


Les bénéfices des probiotiques sur le microbiote intestinal et sur la santé de l’hôte sont aujourd’hui reconnus : ils renforcent la barrière intestinale, modulent le système immunitaire et agissent sur la production de neurotransmetteurs via l’axe intestin-cerveau.


Chez les personnes âgées, les probiotiques peuvent atténuer les altérations du microbiote liées à l’âge et ainsi apporter un bénéfice dans le traitement des pathologies gastro-intestinales et respiratoires. Des bénéfices ont également été observés chez les seniors en bonne santé.


Selon les chercheurs, l’effet des probiotiques passerait par le rétablissement ou le maintien du microbiote intestinal, plutôt que par une modification de sa composition.


Aux côtés des nombreux résultats obtenus chez l’animal, des résultats cliniques montrent qu’une supplémentation en probiotiques pourrait améliorer le statut métabolique et cardiovasculaire en abaissant les taux de LDL-cholestérol et le rapport LDL/HDL, et en réduisant les médiateurs de l’inflammation, la glycémie, la pression artérielle et l’IMC.


Les nombreux travaux réalisés chez l’animal et chez l’homme indiquent un bon profil de sécurité dans la plupart des populations. Des effets indésirables gastro-intestinaux, métaboliques, une stimulation immunitaire excessive ou des infections systémiques, ne peuvent cependant être exclus chez certains individus à risque.


Par ailleurs, les bénéfices des probiotiques ne peuvent cependant être généralisés, car les propriétés sont spécifiques à chaque souche. Les effets sur la santé chez l’homme doivent donc être confirmés par des essais séparés.


Les transplantations de microbiote fécal, comme nouvelle approche thérapeutique


La transplantation de microbiote fécal (TMF) ou bactériothérapie consiste à transférer un filtrat de fèces d’un donneur sain à un receveur pour restaurer le microbiote intestinal.

Initialement développée pour traiter les infections à Clostridium difficile, la TMF commence aujourd’hui à être explorée dans d’autres domaines de pathologie comme l’athérosclérose, le syndrome métabolique, le diabète de type 2 ou encore les maladies neurodégénératives et constitue un champ de recherche très prometteur.


Infections à C. difficile : Dans les infections à C. difficile (ICD), l’association d’une TMF à l’antibiothérapie a permis de multiplier par deux le taux de guérison à 3 mois par rapport à une antibiothérapie seule.

Plus récemment, une revue de la littérature incluant 18 essais et 611 patients indiquait un taux de guérison des ICD de 91,2% avec la TMF, avec un faible taux de récidive (5,5%).


Troubles métaboliques : D’élégants travaux chez l’animal ont montré que la TMF pouvait impacter le métabolisme des receveurs.

Ainsi, des souris supplémentées avec les fèces de femmes obèses augmentaient leur adiposité de 20% par rapport aux souris qui étaient supplémentées avec les fèces de femmes non obèses.

Cette augmentation de la masse grasse était négativement corrélée avec le taux de fermentation des acides gras à chaîne courte et positivement corrélée avec le métabolisme d’acides aminés ramifiés.

Chez l’homme, il a été montré que la TMF de donneurs minces à des receveurs présentant un syndrome métabolique pouvait améliorer de façon significative la sensibilité à l’insuline à 6 semaines.

Mais cet effet était dépendant du donneur et probablement lié à la proportion de bactéries productrices de butyrate présentes dans les fèces.


Parkinson : Les modifications du microbiote liées à l’âge semblent également jouer un rôle important dans le domaine des maladies neurodégénératives.

Ainsi, les agrégats d’alpha-synucléine mal repliée (á-syn) impliqués dans la pathogenèse de la maladie de Parkinson sont retrouvés dans le système nerveux entérique avant d’apparaître au niveau central, suggérant une origine intestinale de la maladie.

Et des résultats récents chez l’animal désignent le microbiote intestinal comme un acteur majeur dans l’apparition du déficit moteur, l’activation de la microglie et l’apparition des agrégats d’á-syn.

De nouvelles études sont attendues pour évaluer la TMF dans ce type de pathologie.

Alzheimer : le rôle clé du microbiote a également été démontré dans la maladie d’Alzheimer qui, elle aussi, pourrait bien démarrer dans l’intestin !

L’activité pro-inflammatoire et la production d’amyloïdes par certaines bactéries intestinales pourraient être associées à l’inflammation périphérique présente chez les patients souffrant de troubles cognitifs et d’amyloïdose cérébrale.

Ces résultats récents ouvrent de nouvelles perspectives pour prévenir ou retarder l’apparition de la maladie.


Conflit d’intérêt : Aucun conflit d’intérêt déclaré par les auteurs.


À retenir : Même si de nombreuses limitations, notamment méthodologiques, persistent pour apprécier ces résultats et établir des relations de cause à effet, le nombre de preuves soulignant le lien entre microbiote intestinal et pathologies liées à l’âge est grandissant.

Ces travaux suggèrent que des interventions sur le microbiote intestinal pourraient être envisagées pour traiter certaines maladies liées à l’âge ou pour ralentir certains processus impliqués dans le vieillissement.

Et ces perspectives pourraient être encore élargies en modifiant génétiquement certains micro-organismes, afin qu’ils produisent des substances aidant à lutter contre le vieillissement ou bénéfiques pour la santé. Un nouveau monde thérapeutique est en marche… à suivre.

Références


Vaiserman AM et al. Gut microbiota: A player in aging and a target for anti-aging. Ageing Research Reviews 2017;35:36-45. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.arr.2017.01.001.

 

3 févr. 2017Univadis Résumés Cliniques
RÉSUMÉ PARAgnès Lara

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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