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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 10:41

Les infections fongiques ne sont pas assez souvent recherchées, le diagnostic correspondant est donc souvent tardif.

Mais la situation peut être particulièrement dangereuse si les agents pathogènes ne répondent pas aux traitements.

C’est ce que montrent les études des décès aux États-Unis.

Lorsqu’on parle d’agents pathogènes dangereux, on pense généralement aux virus ou aux bactéries.

Mais les États-Unis sont actuellement touchés par un agent pathogène très différent, le champignon Candida auris.

S’il atteint la circulation sanguine, l’infection peut être mortelle.

L’autorité sanitaire américaine CDC (Centers for Disease Control and Prevention) aurait détecté treize cas d’infection entre mai 2013 et Octobre 2016.

Au moins quatre des patients sont morts depuis, mais il est encore difficile de savoir si le champignon était la cause de la mort.

Le champignon se propage principalement dans les hôpitaux, probablement via des surfaces contaminées.

Actuellement, il semble que les personnes à risque soient principalement des personnes qui ont été récemment opérées, souffrant de diabète, qui ont été traitées avec des agents antifongiques ou des antibiotiques ou avaient eu un cathéter veineux central.

Le directeur du CDC Tom Frieden a appelé à se préparer à ce « nouveau défi » qui se profile « en agissant dès maintenant afin de mieux comprendre la propagation du champignon dans le but de le freiner et l’arrêter ».

Il y a en fait des médicaments qui combattent efficacement les mycoses.

Le médicament de choix pour ces mycoses sont les antifongiques, des médicaments qui, selon le mode d’action, soit inhibent la croissance fongique, soit tuent le champignon.

Cependant, beaucoup de champignons C. auris ne répondent pas au traitement.

Dans un premier rapport de la CDC, il est indiqué que 71 pour cent des échantillons de patients américains ont montré une résistance aux médicaments.

Jusqu’à 1,5 million de décès

Mais ce n’est pas le seul problème avec Candida auris.

La détection du champignon est aussi difficile.

Les spores fongiques peuvent effectivement être détectées dans les oreilles ou dans l’urine, mais seulement à l’aide d’un équipement spécial.

Les nombreux laboratoires qui travaillent avec des méthodes standard ne peuvent pas détecter le champignon.

La première infection détectée par les scientifiques eut lieu il y a vingt ans en Corée du Sud. Depuis lors, plusieurs pays dans le monde ont rapporté des cas de maladie.

Des rapports ont entre autres été réalisés au Japon, en Inde, en Afrique du Sud, au Venezuela, en Israël, en Colombie et au Royaume-Uni.

Mais il y a d’autres champignons qui posent régulièrement problème.

La plupart des deux milliards de maladies fongiques dans le monde est plus ennuyeuse que dangereuse.

Mais il y a aussi des infections moins inoffensives, comme l’ont rapporté les chercheurs travaillant avec Gordon Brow de l’Université d’Aberdeen en Ecosse en 2012 dans la revue Science Translational Medicine.

Selon leurs estimations, chaque année de 500 000 à 1,5 million de personnes meurent d’infections fongiques.

Les espèces les plus dangereuses sont les Cryptococcus, les Candida, les Aspergillus et les Pneumocystis. Elles sont responsables d’environ 90 pour cent des décès.

Les champignons les plus dangereux

Selon l’étude, chaque année plus d’un million de personnes sont touchées par une cryptococcose, qui peut provoquer une méningite, et qui est fatale dans 20 à 70 pour cent des cas en fonction de la région.

La pneumonie à Pneumocystis tue 20 à 80 pour cent des 400 000 touchés chaque année.

Plus de 400 000 personnes souffrent d’une candidose, une infection causée par l’un des divers champignons Candida, 46 à 75 pour cent d’entre elles ne survivent pas.

L’aspergillose touche plus de 200 000 personnes par an. Si le champignon arrive dans le sang, il peut affecter le cœur, le tractus gastro-intestinal ou le système nerveux. 30 à 95 pour cent des personnes touchées vont mourir de l’infection.

On ne peut donc pas dire que C. auris est plus dangereux que d’autres champignons, car jusqu’à présent environ 60 pour cent des patients infectés sont morts.

La propagation du VIH et du SIDA, l’utilisation croissante des médicaments qui suppriment le système immunitaire, les traitements antibiotiques ou les interventions médicales permettent à différents champignons de contourner les défenses immunitaires humaines.

Cependant, malgré le nombre élevé de décès, la plupart des pays ne disposent pas d’un système de surveillance des maladies fongiques.

De plus, il n’y a pas suffisamment de recherche sur les nouveaux médicaments.

Alors qu’il existe près de vingt classes différentes d’antibiotiques disponibles contre les bactéries, il n’existe que quatre classes d’antifongiques.

En outre, il n’y a pas qu’avec Candida auris que les chercheurs rencontrent des résistances contre les agents thérapeutiques.

Beaucoup d’autres types de champignons sont de plus en plus résistants.

La résistance des Candida aux échinocandines et celle des Aspergillus aux azoles sont particulièrement inquiétantes selon un rapport sur la résistance de 2015 de la Paul Ehrlich Society et du Centre national de référence sur les infections fongiques invasives.

De l’irrigation et des charlatans

Ces champignons sont un véritable défi pour la médecine.

Mais il y a aussi des champignons qui sont injustement redoutés.

On entend encore régulièrement des affirmations selon lesquelles des champignons dans l’intestin sont la cause de nombreuses maladies comme la dépression ou les migraines.

Et que manger du sucre «nourrirait» le champignon Candida présent dans l’intestin. Certains pensent donc qu’un régime anti-fongique et l’irrigation du côlon pourraient aider dans cette situation.

En fait, Candida vit en coexistence pacifique dans l’intestin d’environ une personne sur deux en Europe centrale.

La détection d’un champignon ne signifie pas nécessairement la nécessité de traiter l’infection. Une alimentation équilibrée est toujours utile, mais il n’y a aucune preuve en ce qui concerne l’efficacité des régimes spéciaux ou de l’irrigation.

ATTENTION :

L’ancien médecin et homme d’affaires Tullio Simoncini considère le champignon Candida comme responsable de tumeurs et recommande aux patients atteints de cancer de prendre du bicarbonate de soude.

Cette thèse n’est pas uniquement une ineptie scientifique.

La recommandation de Simoncini peut aussi être très dangereuse pour les patients.

Il a été poursuivi suite à un décès après une thérapie au bicarbonate.

Il a perdu son autorisation d’exercer et a été condamné selon les médias pour fraude et homicide involontaire.

Néanmoins, d’autres décès associés à cette thérapie sont encore attendus.

 

Par Nicole Simon

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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