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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 11:11

Ce livre nous propose une appréhension sociologique de la crise, à côté des interprétations morales, économiques et financières dont nous sommes gavés.

Voici une des lectures les plus convaincantes de nos sociétés dérégulées par un Polonais « passé à l'Ouest » il y a quarante ans.

Zygmunt Bauman, universitaire d'origine polonaise vivant et enseignant au Royaume-Uni depuis 1973, est à notre sens le sociologue qui analyse de la manière la plus convaincante nos sociétés « dérégulées ".

Sa thèse est que nous sommes entrés dans l'ère des sociétés « liquides ».

Le mot peut surprendre. En fait pour Bauman, une société devient « liquide " quand elle a atteint un nouvel âge de l'émancipation des règles que l'on pensait jusque tout récemment nécessaires au maintien et à la reproduction de la société.

On peut raconter l'histoire des hommes comme celle d'émancipations successives : la première est liée à la station debout qui libère les mains pour la préhension et la bouche pour la parole.

Il y a l'émancipation de l'instinct pour le désir qui ouvre sur l'infini d'une satisfaction toujours repoussée (et donc le progrès). Il y a eu, au XVIIIesiècle, l'émancipation des tutelles par la démocratie.

Dans les années 1970 on pensait que cette liberté conquise était dangereuse et devait être contenue par la loi, la loi sociale, la grande loi du droit qui devait être absolue.

La thèse de Zygmunt Bauman est que, dans les années contemporaines de la globalisation et de ses dérégulations, l'homme s'est émancipé de la loi.

Processus aléatoires.


Cette dernière et surprenante émancipation repose sur un principe d'économie politique : les hommes se gouvernent d'autant mieux qu'on les abandonne à eux-mêmes.

Quand on veut leur imposer un ordre, ils résistent. Si on les remet à eux-mêmes et à l'incertitude de leur choix, on génère une angoisse qui engendre un ordre d'autant plus spontané qu'il sera canalisé par les mécanismes de la consommation.

La liberté des gouvernés fait peur aux gouvernants.

C'est qu'ils ne connaissent pas l'économie gouvernementale : si vous voulez plus d'ordre, il faut plus de liberté, plus de précarité, plus d'incertitude.

Alors les monades s'engagent dans des processus sans doute aléatoires, mais qui, en réalité, seront d'autant plus ordonnés qu'ils sont aléatoires.

Pour l'individu il ne s'agit plus de s'intégrer dans la société et son ordre, au prix de la satisfaction de ses désirs.

Chacun est désormais requis d'aller vers un plaisir, une satisfaction qu'il ne peut chercher que dans un rapport aux autres, eux-mêmes pris dans les mêmes relations spéculaires.

Il en ressort le mouvement perpétuel de la mode et du démodé.

Un seul interdit : s'arrêter, faire la pause, se retirer de la course à l'éphémère.

La société que décrit Zygmunt Bauman est celle de la crise.

Survivra-t-elle à la crise et aux remèdes qu'on lui propose ?

Les uns voudraient qu'on remette de l'ordre, de la régulation.

C'est la version « conservatrice " de la sortie de crise.

Mais la version « progressiste », celle qui est portée par la « révolution verte », qui veut nous placer sous la juridiction de la grande loi du réchauffement climatique n'est pas moins hostile à la société « liquide ".

FRANCOIS EWALD

par Zygmunt Bauman, Climats, 289 pages, 23 euros.

Focus


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/24/09/2009/LesEchos/20516-066-ECH_la-societe---liquide--.htm#dfVZWAMKM5GHz9fw.99

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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