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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 18:40

Les IPP ont-ils des complications infectieuses ?

 

Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) ont quatre indications principales(1):

 

•_traitement du reflux gastro-oesophagien (RGO) et de l’oesophagite par RGO chez l’adulte et l’enfant,

•prévention chez les patients à risque et traitement des lésions gastro-duodénales dues aux anti-inflammatoires nonstéroïdiens (AINS),

•_éradication d’Helicobacter pylori et traitement des ulcères gastro-duodénaux,

•_traitement du syndrome de Zollinger Ellison

 

Ils sont utilisés pour diminuer la quantité d’acide produite par l’estomac, parinhibition de la pompe H+, K+ATPase.

 

L’effet maximal est obtenu en 2 à 4 jours selon la molécule. L'inhibitiondelasécrétionacideestdose-dépendante.

 

LesIPP sont rapidement métabolisés par le foie avec une demi-vie sanguine de l'ordre de deux heures (2).

 

Une utilisation massive en France

 

Ce sont des médicaments largement utilisés dans la pratique médicale, tout particulièrement en médecine générale d’où proviennent un peu plus de 90% des prescriptions (3). 

 

L’ANSM rapporte qu’en 2013, l’esoméprazole, l’oméprazole et le pantoprazole faisaient partie des 30 substances actives les plus vendues en officines de ville.

 

Leur prescription est en constante progression avec des prescriptions au long cours de plus en plus fréquentes.

 

Entre 2002 et 2005, le nombre de boîtes d’IPP vendues a augmenté en moyenne de 10% par an, passant de 36millions de boîtes en 2002 à 48 millions en 2005 (4).

 

Un nombre important de prescriptions d’IPP sont faites dans des situations cliniques hors AMM.

En l’état actuel des connaissances, ces prescriptions sont injustifiées, notamment dans la dyspepsie fonctionnelle, la prévention des lésions gastro-duodénales dues aux AINS utilisés dans le cadre d’affections aiguës chez des patients non à risque

(moins de 65ans, sans antécédent ulcéreux et n’étant traités ni par antiagrégant plaquettaire, ni par anticoagulant, ni par corticoïde).

 

Des effets indésirables infectieux ?

 

Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés avec cette classe médicamenteuse sont les diarrhées, les nausées et vomissements, les douleurs abdominales et les maux de tête.

 

Comme le montre une étude anglaise l’incidence de diarrhée varie de 0,18 à 0,39 pour1000 jours d’exposition selon l’IPP utilisé, celle des nausées et vomissements 0,16 à 0,22, celle des douleurs abdominales de 0,17 à 0,21 et celle des céphalées de 0,10 à 0,17(5).

 

Ces effets indésirables touchent moins de 5% des patients traités par IPP et disparaissent rapidement à l’arrêt du traitement (6).

 

D’autrepart, plusieurs études montrent qu’il existe un effet rebond après l’arrêt d’un traitement par IPP.

 

Une cure de 4 semaines de pantoprazole semble induire des symptômes dyspeptiques chez des sujets Helicobacterpylori-négatifs sains et asymptomatiques(7).

 

L'hypersécrétion acide de rebond serait induite par l’augmentation de la masse des cellules pariétales, et aussi celle des cellules enterochromaffin-like.

 

Cette hypersécrétion dure plus de 8 semaines après l’arrêt du traitement(8).

 

La conséquence de cet effet rebond est une dépendance aux IPP.

 

Des essais multicentriques, randomisés, en double insu ont montré que parmi des patients recevant un IPP au long cours, moins d’un tiers parvenaient à arrêter le traitement sans reprise des symptômes ou altération de la qualité de vie(9).

 

L’utilisation des IPP semble par ailleurs être associée à certaines infections digestives et pulmonaires.

Une méta-analyse de 33 études réalisées aux USA, au Canada, en Europe et en Corée du Sud montre une augmentation significative du risque d’infection à Clostridium difficile lors de la prise d’IPP chez l’adulte (OR1,58;IC95%[1,13;2,21];

 

p=0,008)(10).

Une étude de cohorte a également identifié une association entre l'utilisation des IPP et le taux d’hospitalisation pour gastro-entérite (OR1,6;IC95%[1,5;1,7])(11).

 

 

Comment expliquer ces complications infectieuses ?

 

Physiologiquement, la colonisation bactérienne par les microbes entériques exogènes est tenue en échec par un certain nombre de mécanismes de défense tels que l'acidité gastrique, la microflore intestinale, l'immunité intestinale locale, la motilité intestinale, la sécrétion intestinale et la barrière épithéliale(19).

L’augmentation du risque infectieux lié à la prise d’IPP résulterait de la diminution de l'acidité gastrique, première ligne de défense contre les pathogènes ingérés.

 

L’hypochlorhydrie engendrée par la diminution de l’acidité de l’estomac favorise la croissance de la microflore gastro-intestinale, augmente la translocation bactérienne, modifie divers immunomodulateurs et anti-inflammatoires(19) et affecte le microbiome gastro-intestinal(20).

 

Les IPP pourraient également altérer la fonctionnalité des leucocytes par effet direct(6).

 

Conclusion:

 

L’évaluation des différents effets indésirables, notamment infectieux, secondaires à la consommation d’IPP donne à réfléchir quant à l’innocuité de ces médicaments.

Il est légitime de se questionner sur l’impact de leur prescription dans la survenue des diarrhées hivernales et des pneumopathies.

Dans une population fortement exposée aux IPP, ces effets indésirables peuvent devenir un vrai problème de santé publique.

 

 

(1)_HASBonusagedesmédicamentsLesIPPJuin2009http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2009-06/ipp_adulte_juin_2009.pdf

(2)_M.J.-M.Lewin.Lesinhibiteursdelapompeàprotonsgastrique:moded'actionetintérêtthérapeutique.Médecine/Sciences1995;11:62-71

(3)_RapportdelaCommissiondescomptesdelasécuritésocialed’octobre2009.http://www.securite-sociale.fr/IMG/pdf/ccss200910.pdf

(4)_S.Mouly,A.Charlemagne,P.Lejeunne,F.Fagnani.Étudepharmaco-économiquesurlapriseenchargedurefluxgastro-oesophagienenFranceen2005enmédecinegénérale.PresseMed.2008;37:1397–1406

(5)_MartinRM,DunnNR,FreemantleS,ShakirS.TheratesofcommonadverseeventsreportedduringtreatmentwithprotonpumpinhibitorsusedingeneralpracticeinEngland:cohortstudies.BrJClinPharmacol.2000;50:366-372

(6)_RouletL1,VernazN,GiostraE,GascheY,DesmeulesJ.Adverseeffectsofprotonpumpinhibitors:shouldweworryaboutlong-termexposure?RevMedInterne2012;33:439-445

(7)_NiklassonA,LindströmL,SimrénM,Lind-bergG,BjörnssonE.Dyspepticsymptomdevlopmentafterdiscontinuationofaprotonpumpinhibitor:adouble-blindplacebo-controlledtrial.AmJGastroenterol2010:105:1531–1537

(8)_R.Fossmark,G.Johnsen,E.Johanessen,HL.Waldum.Reboundacidhypersecretionafterlong-terminhibitionofgastricacidsecretion.AlimentPharmacolTher2005;21:149–154

(9)_BjörnssonE,AbrahamssonH,SimrénM,MattssonN,JensenC,AgerforzP,

etal.Discontinuationofprotonpumpinhibitorsinpatientsonlong-termtherapy:adouble-blind,placebo-controlledtrial.AlimentPharmacolTher2006;24:945–954

(10)_DeshpandeA,PasupuletiV,ThotaP,PantC,RolstonDD,HernandezAV,DonskeyCJ,FraserTG.RiskfactorsforrecurrentClostridiumdifficileinfection:asystematicreviewandmeta-analysis.InfectControlHospEpidemiol2015;36:452-60

(11)_ChenY,LiuBC,GlassK,KirkMD.Highincidenceofhospitalisationduetoinfectiousgastroenteritisinolderpeopleassociatedwithpoorself-ratedhealth.BMJOpen2015:5:e010161

(12)_FreemanR,DabreraG,LaneC,AdamsN,BrowningL,FowlerT,GortonR,PetersT,MatherH,AshtonP,DallmanT,GodboleG,Tubin-DelicD,CharlettA,FisherI,AdakGK.Associationbetweenuseofprotonpumpinhibitorsandnon-typhoidalsalmonellosisidentifiedfollowinginvestigationintoanoutbreakofSalmonellaMikawasimaintheUK,2013.EpidemiolInfect2016:144:968-975

 

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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