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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 11:58

Sujet : Réaction critique à l'article "Les zombies de la maladie de Lyme" du Prof.

Didier Raoult

De : Alain Loriaux <alainloriaux@muxophile.net>

Date : 23/11/16 11:57

Pour : bhernandez@lepoint.fr, bhlevy@lepoint.fr, cbertrand@lepoint.fr,

cimbert@lepoint.fr, clacombe@lepoint.fr, cono-dit-biot@lepoint.fr,

eberreta@lepoint.fr, ebroustet@lepoint.fr, ebroustet@lepoint.fr, egernelle@lepoint.fr,

fclaverie@lepoint.fr, fxbuissonniere@lepoint.fr, golliau@lepoint.fr, jbegle@lepoint.fr,

jbegle@lepoint.fr, jcordelier@lepoint.fr, jpbarberot@lepoint.fr, jpenthoven@lepoint.fr,

lallard@lepoint.fr, mbordet@lepoint.fr, mdiawara@lepoint.fr, mduteil@lepoint.fr,

mrichard@lepoint.fr, nbaverez@lepoint.fr, omegean@lepoint.fr,

orecasens@lepoint.fr, pbesson@lepoint.fr, pharlin@lepoint.fr, rgubert@lepoint.fr,

sgournay@lepoint.fr, slefol@lepoint.fr, smahrane@lepoint.fr

Copie à : medecine-doyen@univ-amu.fr, helene.belan@univ-amu.fr,

didier.raoult@gmail.com, Didier.Raoult@medecine.univ-mrs.fr,

Philippe.Brouqui@medecine.univ-mrs.fr, direction.generale@ap-hm.fr

 

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

J'ai pris connaissance du nouvel article du Prof. Didier Raoult, titré "Les zombies de la

maladie de Lyme", en date du 19/11*. J'ai été choqué par le peu de considération non

seulement envers les malades qu'il entend "protéger" de dérives médicales, mais

aussi envers une institution française (le Haut Conseil de la Santé Publique) et les

médecins qui suivent des patients chroniques. Bien souvent, la médecine

conventionnelle n'apporte que peu de résultats en termes de diagnostic et de

résultats thérapeutiques, même si officiellement les patients sont "guéris" après 28

jours d'antibiotiques.

 

* Cfr : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/raoult-les-zombies-de-lamaladie-

de-lyme-19-11-2016-2084159_445.php

 

Je suis un malade chronique ayant un long parcours médical infructueux avant qu'un

diagnostic infectieux (borréliose de Lyme + co-infections) ne soit posé. Certes, j'ai été

diagnostiqué en dehors des recommandations considérées comme "rigoureuses" ; il

n'en demeure pas moins que ce diagnostic a été retenu à l'issue d'une expertise

médicale approfondie et contradictoire (la partie adverse était représentée par un

médecin, je précise).

 

Je suis invalide depuis bientôt 10 ans et n'ai que peu d'espoir,

au vu des connaissances scientifiques actuelles, de voir une amélioration qui me

permettrait de reprendre une vie professionnelle même partielle.

Cependant, je vous réagis surtout avec mon expertise en analyse critique, qui me

permet d'analyser l'information avec pertinence et dehors de toute considération

passionnelle. Au vu de l'opinion défendue par le Prof. Didier Raoult, je pense que sa

démarche relève avant tout d'un parti pris et est critiquable à plus d'un titre :

1) l'auteur évoque la fiabilité des tests sérologiques pour lesquels il a apporté

autrefois une contribution. Or, un récent rapport du Centre Européen de Contrôle des

Maladies (ECDC) démontre le faible niveau de preuve scientifique concernant la

valeur des tests sérologiques dans la pratique clinique (concernant la détection d'une

infection par Borrelia) ;

 

2) l'auteur suppose à tort que certains médecins "Lyme" mettent tout sur le compte

d'une seule bactérie. En réalité, nombre d'entre eux sont bien conscients de

l'implication d'autres pathogènes (bactériens et parasitaires) dans la maladie. La

littérature scientifique démontre aujourd'hui clairement que les tiques peuvent

contenir de nombreux pathogènes. Malheureusement, il est aujourd'hui impossible

de tester les patients en routine et des tests plus complexes sont souvent

nécessaires, du moins quand ils existent en médecine humaine ;

3) sans le citer explicitement, l'auteur remet en question les compétences et

l'implication du Prof. Christian Perronne étant donné sa longue expertise auprès de

nombreux patients. L'auteur trompe le lecteur en lui laissant penser qu'il aurait

influencé le Haut Conseil de Santé Publique lors de la rédaction de son rapport de

2014 (sans apporter le moindre élément de preuve ...). En réalité, le Professeur

Perronne ne s'est pas impliqué dans le groupe de travail et celui-ci était constitué de

professionnels issus de différentes disciplines scientifiques, pas forcément impliqués

dans le suivi de patients "Lyme" ;

4) l'auteur conteste la thèse du complot défendue par le Prof. Perronne dans ses

interventions. Là aussi, l'auteur trompe le lecteur en lui laissant penser qu'aucun

élément tangible ne vient étayer cette thèse. En réalité, un groupe de chercheurs

américains a mis en oeuvre, il y a une dizaine d'années, une "offensive sociopolitique"

pour discréditer les malades (chroniques) et leurs médecins, en fondant un

groupe secret dénommé "Ad Hoc International Lyme Disease Group" et via une

fondation dénommée "American Lyme Disease Foundation". Les activités de ces

chercheurs ont échappé à toute régulation étant donné la complicité des agences

fédérales américaines compétentes en matière de santé publique et de recherche

scientifique (National Institute of Health et Centers for Diseases Control).

Les chercheurs concernés ont bénéficié de subventions publiques dans le cadre de

recherches sur la maladie de Lyme et d'autres infections vectorielles. Ils ont

développé les recommandations américaines au sein de l'Infectious Diseases Society

of America (IDSA) en 2000 et 2006*. Dans le même temps, ces chercheurs ont

d'importants liens d'intérêts : consultance pour l'industrie pharmaceutique et

développement d'un vaccin contre la maladie de Lyme, expertise auprès de tribunaux

(pour le compte d'assureurs privés) dans le cadre de litiges concernant des médecins

ne respectant pas les recommandations IDSA, participation active au sein de

laboratoires fabriquant des kits de tests sérologiques, détention de brevets en lien

avec Lyme, ... L'indépendance n'était donc pas de mise dans ce domaine, quoi que

l'on puisse dire.

* sur base desquelles le consensus français a été rédigé en 2006, par la Société de

Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF).

Pour en savoir plus, de nombreuses sources peuvent donner plus d'informations à ce

sujet, et, en particulier, le travail d'investigation d'une journaliste américaine (Kris

Newby). Par son long travail sur le sujet, elle a permis la divulgation de milliers de

documents confidentiels démontrant les activités impliquant les agences fédérales

citées ci-dessus pour défendre les intérêts privés de quelques chercheurs. Ces

documents ont été divulgués conformément à la législation américaine sur le droit à

l'information (FOIA - Freedom Of Information Act).

Je trouve étonnant que le Professeur Raoult n'ait pas investigué dans cette direction.

En tant que scientifique et "journaliste", il me semble qu'il s'agit là d'une erreur

intellectuelle flagrante.

5) étant donné la littérature scientifique actuelle, il paraît difficile de prétendre que

les recommandations de 2006 sont toujours d'actualité concernant le diagnostic et le

traitement de la maladie de Lyme. En effet, la standardisation et la valeur des tests

sérologiques est de plus en plus contestable ; dans le même temps, une partie des

tests sérologiques (ELISA) ont été étalonnés sur des donneurs de sang en bonne

santé et non sur base d'une population constituée de personnes effectivement

infectées. Enfin, des articles scientifiques sérieux apportent régulièrement de

nouveaux arguments appuyant la thèse de la persistance de l'infection dans les

tissus au-delà d'une antibiothérapie de maximum 28 jours.

Début 2016, les recommandations IDSA (2006) ont été retirées aux USA pour leur

caractère obsolète. Elles sont aujourd'hui en cours de réévaluation tandis que le

panel d'auteurs a dû être élargi pour être en mesure d'évaluer la qualité de la

littérature scientifique dans des délais raisonnables ! Prétendre que la science d'il y a

10 ans est toujours d'actualité est donc erroné, me semble-t-il.

Aujourd'hui, seules les recommandations compétitives développées par l'ILADS * en

2014 sont listées et prises en considération dans le système de soins de santé

américain. Ces recommandations ont été développées conformément aux nouveaux

standards, entre autres en matière d'évaluation de la littérature scientifique et de

formulation des recommandations. Il en ressort, pour toutes les questions traitées,

que le niveau de preuve scientifique est très faible.

* International Lyme and Associated Diseases Society, société médicale constituée de

médecins traitant des malades (Lyme + co-infections) ainsi que des associations de

patients.

En Europe, dans les sphères médicales, il est habituel de rejeter des

recommandations basées sur un niveau de preuve très faible. Pourtant, les

Etats-Unis ont ouvert la voie à une médecine plus transparente et au bénéfice du

patient, en réformant le système il y a quelques années. Dans d'autres

problématiques médicales, on peut également trouver des recommandations

conflictuelles et basées en majeure partie sur l'absence de preuves scientifiques.

Pour autant, il n'y a pas de controverse médiatique et les médecins sont libres

d'appliquer les recommandations dans le respect de leur liberté thérapeutique et du

contexte spécifique du patient ;

6) si les recommandations IDSA sont reconnues internationalement par la

communauté médicale pour leur rigueur et leur justesse sur le plan scientifique, il

n'en demeure pas moins qu'elles posent quelques questions sur le plan

méthodologique. Ainsi, l'Institut de Médecine américain a conclu que le

développement des recommandations de 2006 manquaient de transparence dans

leur ensemble. De manière générale, des publications scientifiques * montrent que

l'IDSA développe des recommandations contraignantes dans la pratique clinique

alors qu'elles ne reposent bien souvent que sur des opinions d'experts et non des

preuves scientifiques.

* Publications venant de chercheurs qui ne peuvent être "étiquetés" des comme des

activistes et ardents défenseurs d'infections chroniques.

7) si les patients attendent une juste prise en compte de leur état de santé et un

diagnostic mettant en évidence la/les causes expliquant leur invalidité, il n'en

demeure pas moins que le problème se pose également du côté des médecins et des

caisses de sécurité sociale ! Combien de praticiens et de médecins-conseils

écouteront-ils réellement les plaintes (d'origine inconnue et complexes) du patient

sans le renvoyer vers une étiquette "psy" ? C'est une question qui n'est pas non plus

abordée dans l'article, ce qui montre à nouveau un biais dans l'analyse de l'auteur ;

8) les Centres de Contrôle des Maladies aux USA (CDC) ont reconnu publiquement

que l'incidence de la maladie de Lyme devait être largement sous-estimée au vu du

nombre de cas déclarés sur base des tests sérologiques. Selon les estimations de

l'époque (2013), il devait y avoir au moins 300 000 nouveaux cas/an et non 30 000 !

Ils ont également déclaré que la maladie de Lyme était un problème de santé

publique majeur et inquiétant. Au vu du nombre de souches pathogènes des Borrelia,

des diverses co-infections et de la valeur des tests sérologiques, comment peut-on

continuer d'affirmer que le nombre de cas est limité ?

En guise de conclusion, et pour citer l'auteur : "Il faudra bien un jour mettre un frein à

l'annonce d'un scandale sanitaire par jour ! Il faudra vérifier les sources (...)".

Peut-être devrait commencer par appliquer lui-même ce qu'il préconise avant

d'émettre une opinion dont je doute qu'elle puisse profiter aux nombreux malades et

à la santé publique. La Ministre de la Santé française a élaboré récemment un plan

d'action pour répondre aux besoins criants des patients et des praticiens confrontés à

cette problématique. Il s'agit là d'une opportunité pour que la science puisse enfin

trancher ces questions litigieuses. Autrement, nous resterons toujours dans la

pénombre et les malades chroniques resterons en dehors du système de soins, avec

toutes les conséquences individuelles et collectives que cela implique !

Enfin, je rappellerai que le public a droit à une information de qualité, complète, et

indépendante, comme le mentionne la Charte d’éthique professionnelle des

journalistes (2011). A ce titre, "le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer

dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une

information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication" et "la

responsabilité du journaliste ne peut être confondue avec celle de l’éditeur, ni

dispenser ce dernier de ses propres obligations". Par ailleurs le journaliste "tient

l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les

piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire,

l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le

mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits,

pour les plus graves dérives professionnelles".

J'espère que LePoint prendra ses dispositions pour que ce genre d'article ne soit plus

publié dans votre média. Les arguments avancés dans le présent mail se rapportent

à des faits documentés qui ont été, pour la plupart, publiés sur ma page d'analyse

critique consacrée à cette problématique. Pour plus d'informations, consulter

www.facebook.com/acLyme.

Je vous remercie pour l'attention que vous y accorderez.

Bien cordialement,

Alain Loriaux

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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