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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 09:46

Cancer colorectal: la piste de la vitamine C à haute dose

À des concentrations équivalentes à 300 oranges par jour, des chercheurs américains ont obtenu des résultats encourageants chez des souris.

Et si la vitamine C pouvait être utile contre des cancers colorectaux particulièrement agressifs? C'est en tout cas ce qu'espère le Pr Lewis Cantley, chercheur à l'université Weill Cornell de New York.

Il a publié le 5 novembre, dans la revue internationale Science, les travaux menés par son équipe avec pas moins de quatre autres centres américains prestigieux, dont la faculté de Harvard ou le Cold Spring Harbor Laboratory de Long Island.

Dans un communiqué de l'université Weill Cornell, le chercheur s'enthousiasme: «Notre espoir est qu'après ce travail la communauté scientifique jette un regard neuf sur cette molécule naturelle, sans danger et bon marché.»

Mutations KRAS ou BRAF

Ce n'est cependant pas la première fois que l'on évoque l'utilisation de la vitamine C contre le cancer, avec des résultats jusque-là peu convaincants. Ceux qui sont présentés cette fois sont encore très préliminaires et, s'ils retiennent l'attention, c'est avant tout parce qu'ils concernent des cancers colorectaux particulièrement agressifs, porteurs des mutations KRAS ou BRAF. Des mutations fréquentes, environ 40 % des cancers colorectaux pour la première et 8 à 12 % pour la seconde.

Surtout, ces mutations ont la particularité de rendre le cancer résistant aux traitements ciblés que sont les anti-EGFR (Cétuximab, panitumumab), comme l'a prouvé le Pr Laurent Puig et son équipe de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris) en 2006. À tel point que l'on vérifie désormais qu'un malade ne porte pas de mutation KRAS avant de lui prescrire ces traitements.

Transporteur de glucose

«Les protéines RAS jouent un rôle essentiel d'activation dans la transmission des signaux de l'extérieur de la cellule vers l'intérieur», explique au Figaro le Pr Puig, biologiste et professeur d'oncologie. «Quand il y a des mutations, l'activation devient indépendante du signal et cela induit une prolifération des cellules tumorales, comme si l'on appuyait en permanence sur un accélérateur.»

Or la présence de mutations KRAS ou BRAF s'accompagne d'une suractivation d'un transporteur de glucose dans la cellule cancéreuse, qui a des besoins monstrueux en énergie pour pouvoir se multiplier.

Noyer le moteur!

Mais cet avantage que tire le cancer de ces mutations peut aussi l'affaiblir: KRAS et BRAF ont aussi pour effet de faciliter l'entrée de la vitamine C dans la cellule cancéreuse. Dès lors, pourquoi ne pas en profiter pour inonder de vitamine C le milieu extra-cellulaire? «On tue les cellules cancéreuses en détournant leur système de protection», note le Pr Puig. Comme si on noyait le moteur!

«Nos découvertes fournissent le mécanisme rationnel pour explorer l'utilisation de la vitamine C dans le traitement de cancers colorectaux porteurs de mutations KRAF ou BRAF», explique le Pr Cantley. «C'est vrai que c'est la première fois que l'on relie une altération génétique avec une efficacité potentielle de la vitamine C, reconnaît le Pr Puig, mais ces travaux n'ont encore été menés que chez l'animal et sur quatre lignées tumorales seulement», tempère-t-il.

Des concentrations très élevées

Et, bien sûr, ces résultats ne signifient absolument pas qu'il faut prendre de la vitamine C pour éviter le cancer! Ne serait-ce que pour des raisons de doses. Les doses utilisées pour ralentir la croissance des tumeurs chez les souris sont équivalentes chez l'homme à celles apportées par… 300 oranges par jour. Ce qui impose une administration intraveineuse. À ces concentrations très élevées, les chercheurs américains ne visent d'ailleurs pas à bénéficier de l'effet anti-oxydant de la vitamine C, réputé bon pour la santé, mais au contraire à la rendre toxique pour la cellule cancéreuse.

Des subtilités métaboliques qui expliquent qu'il faille attendre des essais concluants chez l'homme avant d'ajouter la vitamine C à l'arsenal anticancer.

Par  damien Mascret

Publié le 12/11/2015

Lefigaro.fr

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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