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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 15:01

Vaccination : les médecins face aux doutes des patients

Selon une enquête internationale publiée par la revue "EBioMedicine", la France est le pays européen le plus réticent face aux vaccins.

Selon une enquête menée auprès de 1 069 généralistes, 10 % des médecins se déclarent peu favorables, voire hostiles, aux vaccins. Illustration. © AFP/ KARL-JOSEF HILDENBRAND

Confrontés à la méfiance grandissante des Français face à la vaccination, les médecins se retrouvent aujourd'hui en première ligne pour tenter de convaincre leurs patients, alors que certains ont eux-mêmes des doutes et des interrogations. « Ils ne sont pas fondamentalement différents du reste de la population, ils évoluent dans un environnement général », relève le Dr François Sarkozy, président du comité d'organisation des Entretiens de Bichat qui se tiennent de jeudi à samedi à Paris.

Rendez-vous annuel consacré à la formation continue des médecins, les Entretiens de Bichat ont choisi comme fil rouge la vaccination, présentée comme une « urgence de santé publique » par les autorités de santé, qui ont lancé un grand débat public sur les moyens de rassurer la population. Selon une enquête internationale publiée le mois dernier par la revue EBioMedicine, la France est le pays européen qui a le plus de réticences face aux vaccins, avec 41 % qui émettent des craintes sur la sécurité des vaccins tandis que 17 % doutent de leur efficacité.

Doute des généralistes

Mais les doutes touchent également les médecins généralistes, qui jouent un rôle-clé dans la sensibilisation de la population et vaccinent environ la moitié des enfants de moins de 6 ans en France. Selon une enquête menée auprès de 1 069 généralistes, 10 % des médecins se déclarent peu favorables, voire hostiles, aux vaccins, près d'un quart ciblant plus particulièrement les vaccins contre les infections à pneumocoques et à papillomavirus (HPV).

Un quart s'inquiète par ailleurs de la présence d'adjuvants, des substances destinées à stimuler la réponse immunitaire, dans les vaccins. « On peut estimer à environ 1 à 2 % le nombre de médecins hostiles pour toutes sortes de raisons, parce qu'ils considèrent que les preuves d'efficacité de certains vaccins ne sont pas suffisantes ou qu'il y a trop d'effets secondaires », indique le Dr Luc Martinez, vice-président de la Société française de médecine générale (SFMG) qui a commandé l'enquête. Les interrogations autour du vaccin contre les pneumocoques s'expliquent, selon lui, par « les modifications importantes et répétées » des recommandations officielles.

Calendrier vaccinal

Les modifications du calendrier vaccinal sont également dénoncées par la Confédération des syndicats médicaux français, qui demande aux pouvoirs publics de « prendre leurs responsabilités sans changer d'avis tous les six mois ». Quant au vaccin anti-HPV, préconisé chez les jeunes filles de 11 à 14 ans pour éviter des infections à l'origine de cancers du col, il n'est pas « simple » à prescrire, car il « touche à la sexualité », relève le Dr Martinez.

Il est surtout l'un des vaccins les plus contestés en France, où la couverture vaccinale des jeunes filles est tombée à 14 % en 2015, contre plus de 80 % dans plusieurs pays européens, après avoir fait l'objet de plusieurs dépôts de plaintes, pour la plupart classées sans suite. La justice a estimé qu'il n'y avait pas de lien direct entre le vaccin et des pathologies du système nerveux dénoncées par des patientes.

Chute du taux de vaccination

L'autre préoccupation des autorités concerne le taux de vaccination contre la grippe des plus de 65 ans, qui a chuté de 13 points, passant de 64 % en 2008 à 51 % en 2015, selon des chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM). Les professionnels de santé ne sont, pour leur part, que 27 % à avoir reçu ce vaccin recommandé, avec d'importantes différences selon l'emploi occupé : les généralistes libéraux sont les plus vaccinés (72 %), les infirmières et les aides-soignantes nettement moins (avec des taux inférieurs à 20 %).

Pour le Pr Jean-François Bergmann, chef du service de médecine interne à l'hôpital Lariboisière (Paris), qui milite chaque automne pour convaincre ses collègues de se faire vacciner, « il y a quelque chose de choquant dans cette attitude » alors que les bénéfices des vaccins, utilisés depuis une centaine d'années, sont « incontestables ». Pour frapper les esprits, le coup d'envoi de la campagne nationale de vaccination contre la grippe sera donné vendredi depuis les Entretiens de Bichat, où un kiosque de vaccination sera ouvert pour les professionnels de santé. Outre la séance inaugurale consacrée aux vaccins, plusieurs tables rondes spécifiques (adolescents, seniors et professionnels de santé) seront organisées.

Source AFP

Publié le 04/10/2016 | Le Point.fr

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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