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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 21:39

Six questions sur la maladie de Lyme, infection transmise par les tiques

Par Anne-Aël DurandLe 19 juillet 2016 à 16h11Mis à jour le 19 juillet 2016 à 16h49

La borréliose de Lyme, qui affecte au moins 27 000 personnes par an en France, est très mal diagnostiquée en France.

La maladie de Lyme, transmise par la tique, touche au moins 27 000 personnes chaque année en France. Bien davantage selon les associations de patients, qui dénoncent des diagnostics inefficaces et une mauvaise prise en charge des symptômes. | John Tann/CC by 2.0

C’est une petite piqûre indolore, souvent passée inaperçue après une promenade en forêt ou un pique-nique dans l’herbe, qui peut parfois augurer d’un long calvaire. Fatigue, douleurs, arthroses, voire paralysie… la maladie de Lyme, transmise par la tique, touche au moins 27 000 personnes chaque année en France. Bien davantage selon les associations de patients, qui dénoncent des diagnostics inefficaces et un mauvaise traitement des symptômes. Dans une tribune publiée dans L’Obs le 12 juillet, plus de cent médecins lancent un appel à la ministre de la santé pour une meilleure prise en compte de cette maladie méconnue.

Lire aussi : Maladie de Lyme : un fléau sous-estimé

1. Qu’est-ce que la maladie de Lyme ?

La borréliose ou maladie de Lyme tient son nom de la petite ville du Connecticut où elle a été identifiée dans les années 1970. Il s’agit d’une infection par la bactérie borrelia, qui peut toucher les hommes comme les animaux (« zoonose »).

La maladie n’est pas contagieuse. Elle ne se propage à l’homme que par la piqûre (ou morsure) des tiques.

2. Comment est-elle transmise ?

Les tiques, acariens ronds et sombres mesurant entre 1 et 3 millimètres, se trouvent partout en France, hormis au-dessus de 1 500 mètres. Les cas de borréliose sont plus nombreux dans le centre de la France (Poitou-Charentes, Limousin, Auvergne, Rhône-Alpes) et en Alsace-Lorraine, selon le réseau de médecins Sentinelles.

Pour passer de la larve à la nymphe, puis à l’état adulte, la tique se gorge de sang en se fixant sur le corps de son hôte. Son poids peut alors être multiplié par 600. Plus elle reste longtemps, plus elle risque de propager des maladies – même si seulement 5 à 20 % sont infectées par la borrelia. Les personnes à risque sont les promeneurs, les gardes forestiers ou les agriculteurs, surtout entre mai et septembre.

Lire aussi : Maladie de Lyme : la transmission par la tique

3. Comment se protéger ?

Pour éviter d’attraper la maladie de Lyme, la première précaution est de porter des vêtements couvrants (pantalon, chaussettes, chapeaux) lorsqu’on se promène dans la nature. Il existe aussi des répulsifs à appliquer sur la peau, sauf pour les jeunes enfants et femmes enceintes.

Après une sortie, il faut inspecter l’ensemble du corps, surtout les plis ou le cuir chevelu et retirer les tiques rapidement sans utiliser ses ongles (risque de casser la tête de la bête) ni appliquer de produit chimique ou de flamme (risque d’accroître la régurgitation des bactéries). L’instrument adapté est le tire-tique, disponible en pharmacie. Ensuite, on peut désinfecter. En cas de doute, ou d’apparition d’érythème, il faut consulter un médecin, comme le précisent les plaquettes de prévention.

Une tique au microscope. | pw95/CC by 2.0

4. Quels sont les symptômes ?

Les piqûres ne se sentent pas, car la tique injecte un anesthésiant local. De plus, certaines tiques à l’état de nymphe sont très difficilement visibles à l’œil nu. On peut toutefois être alerté par des signes cliniques. La borréliose évolue en trois phases :

  • de trois à trente jours après la piqûre, une plaque rouge circulaire peut apparaître et s’étendre. Il s’agit d’un « érythème migrant ». Mais ce n’est pas systématique. Détectée à ce stade, la maladie peut être traitée par des antibiotiques ;
  • en l’absence de traitement, des symptômes divers peuvent apparaître entre un et six mois plus tard. Ils peuvent toucher le système nerveux (fatigue, paralysie, maux de tête), les articulations (arthrites aux genoux, coudes), le cœur (palpitations) ou la peau (érythèmes) ;
  • si rien n’est fait, ces manifestations peuvent devenir chroniques, c’est-à-dire qu’elles apparaissent et disparaissent périodiquement. Elles sont très invalidantes pour les patients. On peut donc confondre ces symptômes avec ceux d’autres maladies comme la sclérose en plaque par exemple.

5. Comment savoir si on est infecté ?

Le diagnostic n’est pas toujours évident à poser face à la diversité des symptômes. Par ailleurs, les outils de détection ne sont pas toujours efficaces, comme le détaille un rapport du Haut Conseil de la santé publique. Ainsi, le test sanguin Elisa, utilisé en première intention, est indirect : il détecte les anticorps luttant contre la maladie. Mais ceux-ci ne sont pas présents au stade initial. Si le résultat d’Elisa est positif, il doit être confirmé par un deuxième test, le Western Blot (WB). Par ailleurs, aucun de ces deux tests ne détecte la borrelia miyamotoi, souche japonaise apparue en Europe et aux Etats-Unis. Les tests détectant directement la bactérie sont plus complexes, plus chers et donc très rarement prescrits.

Une centaine de médecins ont donc lancé mi-juillet un appel dans L’Obs en réclamant« des financements publics pour améliorer les tests de diagnostic non fiables ». Christian Perronne, chef de service en infectiologie à l’hôpital Raymond-Pointcaré de Garches, s’indigne dans un entretien à l’hebdomadaire :

6. Pourquoi cette maladie devient-elle un enjeu de santé publique ?

L’appel des médecins pourrait bien avoir un écho dans les tribunaux. Deux avocats, MeFaivre et Me Fouret, ont regroupé les dossiers d’une centaine de malades pour porter plainte en septembre contre les laboratoires qui commercialisent les tests n’ayant pas détecté leur infection.

Une biologiste, Viviane Schaller, sera aussi jugée en appel en octobre pour avoir prescrit systématiquement à ses patients les tests Western Blot, contrairement aux recommandations officielles. Elle avait été condamnée en première instance en 2014, aux côtés d’un pharmacien qui prescrivait un remède à base d’huile essentielle non homologué contre la maladie de Lyme.

En juin, le Nobel de médecine Luc Montagnier a affirmé développer un test détectant les ondes électromagnétiques émises par l’ADN de la bactérie dans un échantillon sanguin. Une méthode jugée farfelue par un spécialiste de Lyme.

Par ailleurs, les associations de patients, comme France Lyme ou Lyme sans frontières, se battent pour que la borréliose soit reconnue comme une affection de longue durée, afin d’être mieux indemnisés. Un jeune homme, Matthias Lacoste, trop malade pour pouvoir reprendre le travail, a mené en juin une grève de la faim pour alerter sur sa situation.

Le ministère de la santé doit présenter le 29 septembre un plan national d’actioncontre la maladie de Lyme, qui devrait apporter de premières réponses.

Anne-Aël DurandLe 19 juillet 2016 à 16h49

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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