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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 08:57

Présents dans de nombreux objets de consommation (plastiques, cosmétiques…), les perturbateurs endocriniens peuvent interférer avec le système hormonal (endocrinien) des êtres vivants et agir à des doses d’exposition très faibles.


Ils sont soupçonnés d’augmenter de nombreuses maladies (certains cancers, diabète, obésité, troubles de l’attention, autisme) et d’agir sur la fertilité.


Le fait qu’ils altèrent l’émail des dents est beaucoup moins connu.


Le constat de la profession dentaire est unanime : les pathologies de l’émail sont de plus en plus fréquentes. « Les perturbateurs endocriniens créent des pathologies dentaires, et des matériaux utilisés peuvent contenir des substances toxiques, comme le bisphénol A (BPA) dans les composites ou le mercure dans les amalgames », explique la docteure Nathalie Ferrand, membre de Réseau environnement santé (RES) et présidente de la commission écoresponsabilité du Syndicat des femmes chirurgiens-dentistes (SFCD).


Cette lanceuse d’alerte est à l’initiative d’un colloque, « Vers une dentisterie sans perturbateurs endocriniens », organisé par RES au Sénat jeudi 23 juin.


Maladie émergente


Quasiment inexistante dans les années 1980, la MIH (hypominéralisation des molaires et des incisives), pathologie de l’émail décrite pour la première fois en 2001, peut être considérée comme une maladie émergente qui concerne 15 % à 18 % des enfants de 6 à 9 ans (âge moyen au moment du diagnostic).


La MIH se révèle par des taches opaques, blanchâtres à brunâtres, qui touchent sélectivement les premières molaires permanentes et, souvent, les incisives permanentes, les premières à minéraliser, décrit Sylvie Babajko, du Centre de recherche des Cordeliers (Inserm, universités Paris-V, Paris-VI et Paris-VII).


Ses causes sont encore peu connues mais « des faisceaux d’arguments laissent penser que les perturbateurs endocriniens y contribuent certainement, dont le BPA, les PCB et la dioxine », explique Sylvie Babajko.


La dernière partie de la vie in utero et la première année de vie sont des périodes de sensibilité maximale. « Les taux urinaires de BPA semblent plus élevés chez les enfants ayant de nombreuses dents restaurées », ajoute cette chercheuse.


« Un vrai problème de santé publique »
Le lien entre un défaut de minéralisation de l’émail et une exposition à faibles doses au BPA lors d’une période du développement a été montré pour la première fois en 2013 et publié dans la revue American Journal of Pathology en juin de la même année.


Deux groupes de seize rats mâles ont été étudiés par Katia Jedeon, du Centre de recherche des Cordeliers.


Ces animaux ont été exposés par voie orale, dès la conception, à une dose quotidienne de cinq microgrammes par jour et par kilo de poids (5 g/j/kg) de BPA, soit la dose journalière autorisée.


Au bout de trente jours, les trois quarts des rats exposés présentent des taches opaques sur les incisives, analogues au fameux MIH remarqué ces dernières années chez les enfants.


Aucun rat du groupe témoin n’a développé l’anomalie (Le Monde du 12 juin 2013).


Sensibles, parfois douloureuses et susceptibles aux caries, ces dents nécessitent un suivi particulier. « Il faut souvent dévitaliser voire couronner la dent, ou l’extraire, ce qui implique un traitement orthodontique. Conséquence : un reste à charge important », alerte Nathalie Ferrand. « Le MIH est un vrai problème de santé publique, avertit Katia Jedeon.


Les dents touchées par le MIH peuvent être soignées en utilisant des matériaux qui peuvent relarguer des monomères contenant du BPA, c’est un cercle vicieux. »


Résines, amalgames


Au-delà des pathologies dentaires, les matériaux utilisés dans les résines et composites peuvent contenir du BPA, ou les amalgames du mercure. Le dentifrice peut aussi contenir des biocides, dont le banal triclosan. Le bisphénol S, proposé en remplacement du BPA dans certains composites, doit aussi être regardé de près.


Nombre de professionnels ne sont guère informés sur ce que contiennent les matériaux mis en bouche. D’autant plus que rien n’impose aujourd’hui aux fabricants de détailler cette composition. Ces derniers restent d’ailleurs timorés. « Il faut raison garder et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, dit Arnaud Pemzec, trésorier du Comité de coordination des activités dentaires.


On n’a pas aujourd’hui de matériaux de substitution.


Des grandes sociétés y travaillent depuis quatre ans. »


« Sommes-nous assez informés sur la toxicité des matériaux ? », questionne la docteure Patricia Hueber-Tardot, présidente du Syndicat des femmes chirurgiens-dentistes. « Il y a une prise de conscience de la filière dentaire, qui souhaite s’engager à réduire l’exposition de la population aux perturbateurs endocriniens, se félicite la docteure Nathalie Ferrand.


C’est une première.


Des actions concrètes ont été tuées engagées à l’issue du colloque.


Katia Jedeon a intégré la commission de la vigilance et des thérapeutiques du conseil de l’ordre des chirurgiens-dentistes.


L’idée d’un registre du MIH a été émise par la professeure Ariane Berdal, vice-doyenne de la faculté de chirurgie dentaire (Paris-VII).


Pour Sylvie Babajko, « on a une signature caractéristique d’exposition qui nous aide à cerner la dent comme un marqueur d’exposition ».


• Pascale Santi
Journaliste au Monde


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/07/11/les-perturbateurs-endocriniens-alterent-l-email-dentaire_4967806_1650684.html#UUqFRePfkuCWTCpj.99

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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