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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 08:58

Alors âgée de 44 ans, Emmanuelle Gunther demande à son dentiste, à Issoudun (Indre), de lui enlever un « plombage » (amalgame dentaire) en avril 2013.


Quelques semaines plus tard, elle ressent des douleurs inexpliquées, une immense fatigue et découvre un nodule thyroïdien.


Suivront de longs mois d’errance médicale, elle sera hospitalisée dix fois.


Elle est alors convaincue que c’est l’extraction de son plombage qui est à l’origine de ses maux.


Face à des médecins qui lui disent qu’elle « somatise », elle se débat seule, fait de nombreuses recherches.


Elle était, jusqu’ici, en parfaite santé et courait une trentaine de kilomètres par semaine.


Cette jeune femme effectue des tests urinaires qui confirment ce qu’elle pensait.


Ses urines contiennent 76 fois plus de mercure que la moyenne.


Elle va alors se soigner en Suisse, où elle effectue des traitements de chélation, qui permettent d’aider le corps à « éliminer » le mercure.


Classé comme substance très toxique
Rares sont les établissements hospitaliers à le faire en France, et ce n’est pas pris en charge.


Aujourd’hui, Emmanuelle Gunther va mieux, mis à part des allergies et douleurs articulaires qui l’obligent à prendre des antalgiques.


Elle ne veut pas en rester là et envisage de porter plainte.


Son dentiste n’aurait pas suivi les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) lors de la dépose d’un amalgame.


Les professionnels doivent utiliser des séparateurs pour éviter le rejet des déchets d’amalgames, qui représentent un risque toxique élevé.


Appelés à tort plombages, les amalgames dentaires sont un mélange de poudre d’alliage métallique (argent, étain, cuivre et zinc) et de mercure liquide, à hauteur de 40 % à 50 %, qui sont encapsulés.


Classé comme substance très toxique, le mercure est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « extrêmement préoccupant pour la santé publique ».


Il peut agir sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, sur les poumons et les reins…


Le mercure est pointé du doigt par des patients et médecins qui accusent les amalgames dentaires d’être à l’origine de maladies auto-immunes.


Question de l’innocuité


Nombre de dentistes en France n’en posent plus en vertu du principe de précaution.


Les positions sont très tranchées.


Marie Grosman, conseillère scientifique de l’association française Non au mercure dentaire (NAMD), milite pour « son interdiction pure et simple ».


Tandis que Christian Couzinou, président de l’ordre national des chirurgiens-dentistes, écrivait début 2015 : « Le mercure est utilisé dans le monde depuis deux cents ans.


La démonstration scientifique de sa dangerosité n’a jamais été établie. »


En avril 2015, l’ANSM, dans un rapport sur l’actualisation des données du mercure des amalgames, indique certes ne pas pouvoir « établir formellement un lien entre le mercure des amalgames dentaires et les pathologies observées ».


Mais l’agence « réaffirme sa volonté de voir réduire de façon importante l’utilisation des amalgames à base de mercure dans le cadre du traitement sur la carie dentaire » et stipule qu’ils ne doivent être utilisés que s’il n’y a pas d’alternative.


La question de l’innocuité se pose aussi pour les dentistes et leurs assistantes, et tout contact avec le mercure est fortement déconseillé en cas de grossesse. Or 80 % à 90 % des assistants dentaires sont des femmes.




• Pascale Santi
Journaliste au Monde


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/07/11/le-mercure-pointe-du-doigt_4967803_1650684.html#CUZJ0sqdUxgVHc2X.99

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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