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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 08:27

Résistance aux antibiotiques : l’aquaculture sur la sellette


L’utilisation des antibiotiques dans l’élevage industriel est maintenant largement reconnue comme l’un des facteurs responsables de l’émergence des résistances aux antibiotiques chez l’homme. Le passage de gènes de résistance aux antibiotiques et de bactéries résistantes de l’animal élevé industriellement à l’homme ou à son environnement ne fait désormais plus de doutes. Dans de nombreux pays, l’emploi d’antibiotiques pour les animaux d’élevage surpasse largement leur utilisation en médecine humaine.


L’élevage « terrestre » n’est toutefois pas le seul à devoir être montré du doigt. Bien que moins bien explorée pour le moment, l’aquaculture ne semble pas en reste. Depuis quelques années, l’aquaculture à des fins commerciales a en effet pris un essor considérable. En 2009, plus de 48 % des produits de la mer consommés étaient produits par l’aquaculture. Entre 1985 et 2008, la production industrielle de poissons a quintuplé en Méditerranée et, au Chili, celle de saumons est passée de 200 milles tonnes en 2000 à 400 milles tonnes en 2007. La Chine fournit le tiers des produits de la mer consommés dans le monde, dont les 2/3 sont issus de son aquaculture.


Le revers de l’antibioprophylaxie et de l’antibiothérapie pour les produits de la mer
Comme pour les animaux terrestres, les poissons et fruits de mer produits dans ces conditions industrielles sont sujets aux infections, du fait notamment du grand nombre d’animaux maintenus dans des espaces restreints et de leurs conditions d’élevage stressantes. L’industrialisation de l’aquaculture s’est faite en parallèle d’une utilisation croissante d’antibiotiques ou de désinfectants chimiques en prophylaxie ou en traitement des infections. Au Chili encore, l’utilisation des fluoroquinolones pour l’aquaculture est plus de 10 fois celle de la médecine humaine.


Les antibiotiques utilisés en aquaculture sont le plus souvent délivrés dans la nourriture, parfois par immersion des poissons dans des containers fermés contenant les antimicrobiens, et concerne indifféremment les animaux malades, les porteurs de germes ou les animaux sains. Plus de 80 % des antimicrobiens délivrés se retrouvent dans l’eau ou les sédiments des sites d’élevage, pas toujours équipés de filtres et de collecteurs pour récupérer la nourriture non consommée. Il a été démontré que son activité antimicrobienne et celle des métabolites issus des déjections des poissons traités persistent largement intacte pendant plusieurs mois à des concentrations suffisamment élevées pour exercer un effet sélectif sur la diversité bactérienne de l’environnement. Cela favorise la sélection de mutants bactériens, un transfert horizontal de gènes de résistance aux antibiotiques et leur possible dissémination aux populations animales et humaines.


Comme pour l’agriculture terrestre, il apparaît donc indispensable d’éduquer les professionnels de l’aquaculture à limiter leur emploi d’antibiotiques, à utiliser les vaccins et les probiotiques ou encore à équiper les élevages de filtres récupérateurs. Autant de mesures nécessaires pour que puisse vivre le concept de « One Health », qui lie santé humaine, animale et environnementale.


Dr Roseline Péluchon


RÉFÉRENCES
Cabello FC et coll. : Aquaculture as yet another environmental gateway to the development and globalisation of antimicrobial resistance. Lancet Infect Dis., 2016 ; publication avancée en ligne le 12 Avril. doi.org/10.1016/S1473-3099(16)00100-6

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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