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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 12:15

Les vertus insoupçonnées de l’encens

Le genre Boswellia regroupe une vingtaine d'espèces d'arbres ou d'arbustes originaires d'Afrique ou d'Asie, produisant une résine aromatique. La résine de plusieurs espèces est exploitée sous le nom d'encens ou d’oliban. En médecine traditionnelle africaine, ou indienne, l’encens est utilisé pour ses propriétés puissamment anti-inflammatoires et antalgiques, notamment dans le traitement de l’arthrose ; en médecine chinoise, la résine de Boswellia carterii est communément employée pour améliorer la circulation sanguine ou comme analgésique dans de nombreuses pathologies. Durant la dernière décennie en Europe, les résines de Boswellia ont été intégrées à l’arsenal phytothérapique pour traiter les maladies inflammatoires chroniques (arthrose, colites, asthme etc.). Enfin, une équipe internationale vient de publier une revue sur les applications potentielles de ces résines en cancérologie.

La résine d’encens comprend de très nombreux composés, en quantités variables en fonction des espèces de Boswellia, du climat, de la localisation géographique et des conditions de récolte ; 60 à 85 % de ces ingrédients sont des résines soit une mixture de triterpènes pentacycliques dont les acides boswelliques représentent les groupes fonctionnels actifs ; 6 à 30 % sont des gommes, mélange de polysaccharides associés à des enzymes digestives ; et 5 à 9 % sont des huiles essentielles contenant des monoterpènes, des diterpènes et des sesquiterpènes. En outre, étant un polymère lipophile elle est employée comme agent d’enrobage pour un meilleur contrôle de la libération de médicaments dont elle permet la libération prolongée (diclofenac, nifédipine, carbamazépine…)

Un effet anti-inflammatoire et anti-tumoral

L’activité médicinale de l’encens repose essentiellement sur les acides boswelliques, au nombre de quatre, dont la formule chimique qui dérive de l’acide triterpénique pentacyclique (ATTP ou acide oléanolique) est proche de celle des stéroïdes. Ce ne sont pas, par conséquent, des anti-inflammatoires non stéroïdiens, ils ont une action sur le système immunitaire et inhibent des enzymes telles que la 5-lipoxygénase responsable de la synthèse des leucotriènes dont l’activité est fortement pro-inflammatoire. Or, inflammation et cancer sont fortement liés.

Les auteurs indiquent que les 4 ATTP ont été isolés de la résine de B. serrata et étudiés pour leur potentiel anti-tumoral sur des cellules humaines leucémiques : HL-60. Ces ATTP se sont avérés inhiber les synthèses d’ADN, d’ARN et de protéines de façon dose-dépendante. Ces ATTP sont également capables d’induire l’apoptose des cellules cancéreuses. Leur activité anticancéreuse relèverait de l’inhibition de la lipoxygénase conduisant à l’arrêt de la prolifération cellulaire et à l’induction de l’apoptose. Dans d’autres études citées, les ATTP seraient également actifs dans le cancer de la prostate car, d’une part, ils empêcheraient l’angiogenèse en inhibant un facteur de croissance de l’endothélium vasculaire et, d’autre part, inhiberaient une sérine/thréonine protéine kinase bloquant l’apoptose.

En ce qui concerne les tumeurs malignes du cerveau, la production de leucotriènes provoque des œdèmes autour de la lésion. À la dose de 3600 mg par jour d’extrait deBoswellia en prétraitement d’une semaine, les ATTP, sont capables d’enrayer, chez les malades, le processus inflammatoire et permettent donc la résorption des œdèmes (jusqu’à 75 % chez 60 % des patients) avant la chirurgie ou la radiothérapie qui s’en trouvent, ainsi, facilitées.

L’innocuité de la résine utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle est un atout pour approfondir les recherches sur les ATTP, à partir d’extraits de résines dosés et enrichis, injectables ou non, et pour leur possible utilisation, comme complément thérapeutique, dans divers cancers solides ou non.

Dr Catherine Albertini, pharmacienne, PhD

RÉFÉRENCE

Hamidpour R et coll. : Frankincense (Boswellia species): The Novel Phytotherapy for Drug Targeting in Cancer. Archives in Cancer Research. 2016; 4:1-5.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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