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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:49

Toxicité neurologique des antibiotiques

: 3 tableaux à connaitre

Lorsque les patients deviennent confus, les antibiotiques devraient figurer parmi les causes possibles -- Dr Shamik Bhattacharyya

Boston, Etats-Unis -- On sait que les médicaments peuvent être à l’origine de syndromes confusionnels et d’états délirants mais on oublie généralement les antibiotiques qui peuvent pourtant, eux aussi, aussi avoir une toxicité cérébrale. Dans la revue Neurology, le Dr Shamik Bhattacharyya et ses collaborateurs. (Harvard Medical School, Brigham and Women's Hospital, Etats-Unis) décrivent trois grands tableaux cliniques d’encéphalopathies secondaires à la prise d’antibiotiques chez des patients hospitalisés [1]. Les identifier « devrait conduire à arrêter précocement le traitement antibiotique pour limiter la toxicité cérébrale et ne pas prolonger l’état confusionnel des patients. »

Les effets secondaires des antibiotiques sur le système nerveux central sont rarement rapportés. Une étude récente mentionne cependant un taux d’encéphalopathies sous céfépime (céphalosporine de 3e génération) en réanimation de 15% [2].

« Le message principal de ce travail est qu’en cas d’infection, lorsque les patients deviennent confus, les antibiotiques devraient figurer parmi les causes possibles », conclut le Dr Bhattacharyya. Ce dernier espère également que la description de ces sous-types de toxicité permettra de mieux estimer la prévalence de l’encéphalopathie liée aux antibiotiques à l’avenir.

Trois grands phénotypes

Dans ce travail, le Dr Bhattacharyya et coll. ont réalisé une revue de la littérature et identifié 391 cas de patients souffrant de délires ou d’altérations cognitives ou de la conscience après initiation d’un traitement antibiotiques (entre 1946 et 2013). Leurs symptômes diminuaient après l’arrêt du traitement. Les patients atteints d’encéphalopathies avant l’initiation de l’antibiothérapie n’ont pas été inclus dans l’analyse.

La probabilité que les antibiotiques soient la cause de la toxicité cérébrale a été déterminée par l’échelle de Naranjo. Parmi les patients, 54% étaient des hommes et l’âge moyen était de 54 ans. En tout, 54 antibiotiques différents étaient impliqués de 12 familles différentes.

L’évaluation des caractéristiques cliniques des différents cas a permis de distinguer trois types d’encéphalopathies associées aux antibiotiques (EAA).

Encéphalopathie de type 1
L’EAA de type 1 est observée avec la pénicilline et les céphalosporines. Elle est caractérisée par une apparition des symptômes dans les jours qui suivent l’initiation de l’antibiothérapie.

Les symptômes sont les myoclonies ou les crises convulsives, un électroencéphalogramme (EEG) anormal et des données IRM normales. Ils disparaissent en quelques jours. L’encéphalopathie associée aux céphalosporines est le plus souvent rapportée dans un contexte d’insuffisance rénale. En termes de physiopathologie, ce type 1 pourrait être lié à une interruption de l’inhibition de la transmission synaptique, résultant en une sur-stimulation des cellules nerveuses.

Encéphalopathie de type 2
L’EAA de type 2est associée à la procaïne pénicilline, aux sulfamidés, aux fluoroquinolones et aux macrolides. Les symptômes apparaissent aussi dans les jours qui suivent l’initiation du traitement.

Les symptômes sont des psychoses et dans de rares cas, des crises convulsives. Les électroencéphalogrammes sont rarement anormaux et les données IRM normales. Les symptômes disparaissent en quelques jours.

Le type 2 « ressemble de près aux syndromes psychotiques iatrogéniques liés à des perturbations des récepteurs D2 à la dopamine et des récepteurs NMDA au glutamate (cocaïne, amphétamines et phencyclidine) », précisent les auteurs.

Encéphalopathie de type 3
L’EAA de type 3 est observée avec le métronidazole. Les symptômes apparaissent non plus dans les jours mais dans les semaines qui suivent le début de l’antibiothérapie.

L’EAA de type 3 est caractérisée par les symptômes cérébelleux et plus rarement par des crises convulsives et des anomalies à l’EEG. Les IRM sont caractéristiques avec des anomalies réversibles au niveau du noyau dentelé du cervelet, du tronc cérébral et du splenium du corps calleux.

Hors catégorie, l’isoniazide est associé à une apparition des symptômes dans les semaines, voire les mois qui suivent l’antibiothérapie. Les patients souffrent fréquemment de psychose, plus rarement de crises convulsives et l’EEG est souvent anormal. Les cas d’intoxication à l’isoniazide par surdosage n’ont pas été inclus dans l’étude.

REFERENCES:

1.Bhattacharyya S et coll. Antibiotic-associated encephalopathy. Neurology. March 8, 2016 vol. 86 no. 10 963-971

2. Rabinstein A et coll. Cefepime neurotoxicity in the intensive care unit: a cause of severe, underappreciated encephalopathy . Crit Care. 2013; 17(6): R264.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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