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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 07:55

Grâce à des anticorps humains, des souris ont pu survivre à des doses normalement mortelles de cocaïne. Ce vaccin passif pourrait constituer un très bon antidote, aussi bien en prévention que dans les instants qui suivent une consommation excessive. Reste maintenant à trouver les moyens de le produire en grande quantité et à moindre coût !

La cocaïne est une drogue terrible. Aux États-Unis, elle représente environ 400.000 interventions d’urgence par an et 5.000 personnes en meurent. En 2008, au Pays-de-Galles et en Angleterre, les chiffres sont bien moins importants, mais elle a coûté la vie à 235 êtres humains malgré tout.

Des vaccins contre la cocaïne sont en cours d’essais cliniques. Il s’agit de stimuler le système immunitaire à l’aide d’un antigène pour que l’organisme prépare les anticorps nécessaires à l’élimination de la drogue. Mais ce principe a des limites : cela demande du temps pour se mettre en place et ne permet pas de sauver une personne non vaccinée qui aurait fait une overdose.

C’est pourquoi les scientifiques explorent la piste d’un antidote. Celle suivie par deux chercheurs du Scripps Resarch Institute(Californie) pourrait bien mener vers une solution intéressante. À l’aide d’un anticorps humain produit par des souris, ils sont parvenus à protéger des rongeurs de doses de cocaïne normalement mortelles. On parle de vaccin passif.

Des anticorps pour contrer la cocaïne

Les deux scientifiques avaient déjà réussi une performance semblable en 2005 avec un anticorps, appelé GNC92H2, le GNC étant un métabolite actif de la drogue. Cette fois, GNCgzk, a dix fois plus d’affinité pour la molécule antigénique que son prédécesseur, mais a surtout l’avantage d’être un anticorps humain, tandis que le premier était fabriqué par le système immunitaire de souris. Un essai chez l’Homme risquait de déclencher des réactions allergiques.


La cocaïne fait des ravages. Si elle procure des sensations recherchées (stimulation intellectuelle, assurance etc.), elle provoque des dégâts à plus long terme : problèmes cardiaques, nécrose tissulaire ou des troubles psychiques. Consommée à haute dose, elle peut être mortelle. © Andrew Stichbury, Flickr, cc by nc nd 2.0

Dans le cadre d’une expérience publiée dans Molecular Pharmaceutics, ils ont fait synthétiser GNCgzk par des souris génétiquement modifiées. Son efficacité a ensuite été testée chez d’autres rongeurs. Lorsqu’il est injecté 30 minutes avant une dose létale de cocaïne, toutes les souris survivent et les dégâts physiologiques sont beaucoup moins conséquents. À titre comparatif, le taux de survie est de 85 % avec GNC92H2 et de 50 % lorsque les animaux ne sont pas traités.

Pour mimer les situations d’urgence telles qu’on peut les trouver dans la réalité, une dose excessive de cocaïne a été administrée aux souris, l’injection de l’anticorps est intervenue trois minutes après. Au lieu des 28 % de mortalité enregistrés avec GNC92H2, les taux ont chuté à 20 %.

F(ab’)2-gzk : l’antidote miracle contre l’overdose

Les test ont été poursuivis afin d'améliorer ces performances. L’anticorps F(ab’)2-gzk, spécifique à une région particulière du GNC, a pu sauver tous les rongeurs en situation d’overdose. C’est donc cette protéine particulière que les chercheurs souhaitent tester chez l’Homme.

Lorsque la protéine est injectée, les effets délétères de la cocaïne reculent en quelques secondes. Cela fonctionne aussi en prévention, au moins quelques semaines avant l’absorption de la drogue. En se liant au GNC, l’anticorps diminue la concentration sanguine du composé. Les taux deviennent donc supérieurs à l’intérieur des organes cibles de la cocaïne (principalement le cerveau, mais aussi le cœur) par rapport à la circulation. Pour rééquilibrer, une partie du GNC rejoint le sang. Le NGC est neutralisé par les anticorps circulant, avant d’être éliminé par le foie et les reins. Petit à petit, le corps se débarrasse de la drogue.

Il reste désormais à trouver un moyen de produire cet anticorps à des quantités suffisantes et surtout à un tarif raisonnable, pour lancer un essai clinique chez l’Homme. Si le procédé s’applique aussi à l’être humain, il est envisagé de l’utiliser dans les cures de désintoxication à la cocaïne en complément des traitements déjà prescrits pour éviter les rechutes. Certains espèrent également qu’il fera partie de la trousse médicale des ambulanciers dans les années à venir, de manière à agir directement sur le terrain.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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