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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 15:33

L'immunité, chaînon manquant entre le corps et l’esprit ?

Au dernier congrès de l’ECNP (European College of Neuropsychopharmacology), le modèle immuno-inflammatoire des troubles psychiques a été largement mis à l’honneur, en particulier avec la présentation magistrale du Pr Marion Leboyer qui ouvrait une vaste perspective vers ce qu’il convient de nommer désormais l’“immunopsychiatrie” (1).

Au cours des dernières années, il y a eu une mise en évidence croissante de l’interaction étroite entre inflammation cérébrale et troubles psychiques.

Une multitude d’études avaient déjà par le passé montré des niveaux plus élevés d’inflammation périphérique dans la dépression (2).

Jusqu’à très récemment, on faisait l’hypothèse que le système immunitaire du cerveau était “immunoprivilégié”, c’est-à-dire qu’il fonctionnait relativement indépendamment du système immunitaire périphérique du fait de la barrière hémato-encéphalique.

Mais une étude révolutionnaire publiée cette année dans Nature (3) rapporte la découverte d’un système de drainage lymphatique dans le système nerveux central, ce qui implique que les altérations du système immunitaire périphérique peuvent directement influencer la plasticité cérébrale.

Ainsi, il a été montré que les cytokines libérées dans le cadre de la réponse inflammatoire peuvent pénétrer les structures cérébrales et altérer la fonction de neurotransmetteurs comme la sérotonine, la dopamine et le glutamate, qui jouent un rôle dans la dépression.

Dans une étude récente menée sur le rongeur (4), une boucle d’interaction dynamique entre systèmes immunitaires périphérique et cérébral a été mise en évidence, impliquant notamment le relargage de monocytes, des cellules immunitaires de la moelle osseuse, qui sont susceptibles de circuler vers le cerveau, lui fournissant des signaux inflammatoires qui induisent un comportement anxieux.

Dans une étude complémentaire (5), les auteurs ont réussi à induire le développement de comportements dépressifs chez les rongeurs grâce à la transplantation de moelle osseuse de souris plus sensibles au stress, puis à bloquer ces comportements dépressifs en transplantant cette fois des cellules de moelle dénuées du gène permettant la libération de cytokines pro-

inflammatoires.

Ces résultats suggèrent que le ciblage de l’inflammation cérébrale pourrait être une stratégie de traitement des troubles anxieux et dépressifs.

Dans un essai contrôlé et randomisé publié dans JAMA Psychiatryen 2013, A.H. Miller et al. (6) ont divisé les patients souffrant de dépression résistante en 2 groupes : un groupe placebo et un groupe traité par des perfusions d’une molécule (l'infliximab) qui bloque l’action d’une cytokine inflammatoire, le TNF (tumor necrosis factor).

Après 12 semaines, les résultats montraient une amélioration significative avec ce traitement, mais dans le seul sous-groupe de patients dont le niveau de protéine C-réactive (CRP) était élevé au début de l’étude.

Ainsi, chez les patients souffrant de dépression résistante et qui présentent des biomarqueurs de l’inflammation élevés, certains anti-inflammatoires pourraient avoir un effet thérapeutique.

Ces nouveaux résultats montrent plus que jamais que le corps et l’esprit sont indissociables et que nous devrions sans doute cesser de penser les troubles psychiques comme des maladies du cerveau, mais comme des maladies du corps entier.

Références bibliographiques

1. Leboyer M. Is it time for immuno-psychiatry in bipolar disorder and suicidal behaviour? Acta Psychiatr Scand 2015;132(3):159-60.

2. Haapakoski R, Mathieu J, Ebmeier KP, Alenius H, Kivimäki M. Cumulative meta-analysis of interleukins 6 and 1β, tumour necrosis factor α and C-reactive protein in patients with major depressive disorder. Brain Behav Immun 2015;49:206-15.

3. Louveau A, Smirnov I, Keyes TJ et al. Structural and functional features of central nervous system lymphatic vessels. Nature 2015;523(7560):337-41.

4. McKim DB, Patterson JM, Wohleb ES et al. Sympathetic Release of Splenic Monocytes Promotes Recurring Anxiety Following Repeated Social Defeat. Biol Psychiatry 2015; pii: S0006-3223(15)00598-3.

5. Hodes GE, Pfau ML, Leboeuf M et al. Individual differences in the peripheral immune system promote resilience versus susceptibility to social stress. Proc Natl Acad Sci U S A 2014;111(45):16136-41.

6. Raison CL, Rutherford RE, Woolwine BJ et al. A randomized controlled trial of the tumor necrosis factor antagonist infliximab for treatment-resistant depression: the role of baseline inflammatory biomarkers. JAMA Psychiatry 2013;70(1):31-41.

Publié le 16 novembre 2015

David GOURION

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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