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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 17:30

Certains entrent dans la cabine détendus mais beaucoup ne peuvent retenir un petit cri la première fois qu'ils testent la cryothérapie.

Sur le papier, l'expérience a en effet l'air extrême: 2 ou 3 minutes dans une cabine hermétique dont la température ne dépasse pas - 110 °C, à peine vêtu d'un short, de chaussettes, d'un bandeau sur les oreilles et d'un masque sur la bouche.

Comment peut-on tenir seulement quelques secondes par un tel froid, sachant que le record de la plus basse température jamais enregistrée sur Terre est - 93 °C? «Parce que cet air est très sec.

Or l'air conduit beaucoup moins bien le froid que l'eau», explique Gwenaël Colleu, directeur technico-commercial chez Air Products, l'une des sociétés commercialisant des cabines de cryothérapie.

Les usagers de la cryothérapie corps entier (CCE) ne sont pas masochistes. Il s'agit essentiellement de sportifs de haut niveauou de personnes atteintes de douleurs chroniques résistantes. Mise au point dans les années 1970 au Japon dans un but médical, la technique décolle doucement en France depuis quelques années seulement. L'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep)a été le premier à s'équiper il y a six ans. Désormais, une soixantaine de structures (cliniques, cabinets médicaux, centres d'entraînement pour athlètes) se sont dotées soit d'une chambre de cryothérapie (pièce fermée où l'on rentre entièrement), soit d'une cabine individuelle laissant dépasser la tête, paradoxalement surnommées «cryosauna».

Propriétés multiples

Récupération musculaire accélérée, douleurs récalcitrantes soulagées, effet lifting, minceur, antidépresseur, sensation de bien-être et aide à l'endormissement: les propriétés attribuées à la cryothérapie sont multiples et pour certaines contestées - la perte de poids notamment - ou du moins incertaines en raison d'un manque d'études scientifiques pour les corroborer.

Prenons les propriétés qui intéressent les sportifs: récupération musculaire, guérison accélérée des blessures… Dans un article publié dans la revue spécialisée Science & Sports, François Bieuzen, chercheur à l'Insep, conclut après analyse de 205 études sur le sujet que la CCE peut favoriser la récupération mais dans un contexte particulier: lorsque les dommages musculaires sont faibles et résultent d'un exercice intense mais ponctuel. L'usage chronique de l'exposition au froid pourrait à l'inverse avoir pour effet contre-productif de freiner le développement musculaire.

Adam Grainger, préparateur physique des rugbymen des Sale Sharks (Manchester), a voulu lui aussi mesurer les gains induits par cette pratique sur la récupération de ses joueurs, sans atteindre pour le moment de conclusions statistiquement fiables. «Mais quand mes joueurs me disent: je récupère mieux, je dors mieux, j'ai une meilleure libido et je préfère ça aux bains glacés, rien que pour ça, j'estime important d'en tenir compte», explique-t-il, résumant la position de nombreux experts.

«Au-delà de l'effet placebo»

En effet, pourquoi s'en priver si aucun effet secondaire n'est à déplorer? «En 2 à 3 minutes, seule la température de la peau est abaissée. Aucun risque d'hypothermie ou que les fonctions centrales soient touchées», rassure le Dr Alain Frey, responsable du département médical de l'Insep. Hors contre-indications bien sûr - troubles cardio-vasculaires non contrôlés, allergie au froid, plaies cutanées fraîches, claustrophobie…

Côté médical, la cryothérapie est aussi utilisée pour soulager les douleurs récalcitrantes de maladies inflammatoires chroniques comme la spondylarthrite ankylosante, la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques. Là encore, on manque d'études cliniques solides. Mais selon le Dr Alain Frey, de nombreux malades rapportent un soulagement certain. «Il n'est pas rare qu'à l'issue d'une cure de 10 séances sur une semaine, certains stoppent totalement leurs traitements. Et l'effet dure 4 à 6 mois», témoigne-t-il, estimant qu'on est «au-delà de l'effet placebo». Il espère lancer un essai clinique en 2016 afin de valider cet effet. Les causes de cet effet antalgique sont encore méconnues. «Il est possible que cela joue sur le système neuro-hormonal et/ou les protéines de l'inflammation», avance le Dr Frey. Sans confirmation solide des bénéfices thérapeutiques du grand froid, point de prise en charge possible. Une séance est actuellement facturée dans les 40 euros selon les centres, dans le cadre de cures de 10 ou 15 passages.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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