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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:41

Cancer : la piste oubliée - "Cancer et Métabolisme" avec le Dr Laurent Schwartz - vidéos, transcription et informations

29 avril 2015, 16:46

Cancer : la piste oubliée

Arte - 24.04.2015 - Documentaire

Dossier au lien http://www.conscience33.fr/cancer.html

Vidéo sur Rutube VOSTF Sous-titrée en français (50'43) :

http://rutube.ru/video/6c78e299c82e0809173532d905f962a3/

Vidéo sur Rutube version non VOSTF (50'43)

http://rutube.ru/video/f8681f85328c398511fc39886a40927d/

Vidéo en replay

http://www.arte.tv/guide/fr/053967-000/cancer-la-piste-oubliee?autoplay=1

Télécharger avec Captvty :

http://captvty.fr/


Ce dossier est aussi présenté dans l'album de Facebook :
https://www.facebook.com/conscience.deletre/media_set?set=a.659147030812772.1073741831.100001524447567&type=1

L'ÉMISSION :

Lu au lien : http://www.arte.tv/guide/fr/053967-000/cancer-la-piste-oubliee?autoplay=1

Alors que la génétique domine la recherche sur le cancer depuis quatre décennies, des scientifiques explorent la piste métabolique. Selon eux, le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire... Un état des lieux complet et accessible des réflexions actuelles sur la maladie, avec la voix de François Cluzet.

Maladie la plus ancienne et la plus partagée dans les mondes animal et végétal, le cancer tue huit millions de personnes par an. Pourtant, dès les années 1970, les chercheurs pensaient avoir identifié l’origine de cette prolifération nocive de certaines cellules du corps : dans le sillage de Michael Bishop et Harold Varmus, qui localisent l’ennemi dans le noyau des cellules, la théorie génétique – ou mutationnelle – s’impose. Les scientifiques s’emploient alors à traquer les oncogènes, ces gènes dont la mutation provoque le cancer, et à mettre au point des thérapies ciblées. Mais la communauté scientifique ne s’est-elle pas perdue dans le détail ? Aujourd’hui, des chercheurs et médecins tentent de révolutionner la compréhension et le traitement de la maladie en prônant une autre approche. Selon eux, le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire. Ne parvenant pas à absorber les aliments, en particulier le glucose, les cellules cancéreuses fermentent et se divisent sans cesse. Appelé "effet Warburg", du nom du médecin allemand qui l’a découvert dans les années 1920, ce processus fait un retour en force dans la recherche. Des laboratoires développent ainsi de nouvelles thérapies et des cancérologues comme le professeur Laurent Schwartz testent des traitements expérimentaux à base de médicaments prescrits pour d’autres indications – notamment des antidiabétiques.

Modèle pasteurien versus théorie métabolique

Narré par François Cluzet et éclairé par les explications limpides de scientifiques français, allemands, américains et canadiens, ce documentaire met en perspective la construction du paradigme dominant en cancérologie (la génétique) et l’émergence récente d’une voie alternative. Un tour d’horizon passionnant qui laisse entrevoir de nouvelles perspectives thérapeutiques face à un fléau toujours dévastateur.

NARRATEUR : François Cluzet

AUTRES INFORMATIONS :

- Concernant François Cluzet : Lu dans Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Cluzet

François Cluzet est un acteur français... En 2011, il est à l'affiche d'Intouchables... François Cluzet manifeste des convictions politiques écologistes

- Concernant Otto Warburg : http://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_Heinrich_Warburg

- Concernant Laurent Schwartz : http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Schwartz_(m%C3%A9decin)

Lu aussi au lien : http://www.wikistrike.com/article-la-mammographie-systematique-tous-les-deux-ans-inutile-et-dangereuse-120978083.html

En outre face à un cancer dûment diagnostiqué, une vraie nouvelle voie vient d'être ouverte par une équipe de chercheurs basée à l'Ecole Polytechnique et pilotée par le Dr Laurent Schwartz cancérologue (radiothérapeute) défroqué, qui a abandonné son travail hospitalier pour se lancer dans une recherche qui commence à donner des résultats tout à fait important avec des moyens simples et peu onéreux (c'est sans nul doute là que la bas blesse !).

Article Le point : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/traitement-du-cancer-pourrait-on-faire-beaucoup-mieux-30-01-2013-1621991_57.php

Vidéo "Conférence Cancer et Métabolisme" : https://www.youtube.com/watch?v=4qJDj0zQQmg

- Association "Face au cancer ensemble" : 41, rue du château d'eau - 44240 – La Chapelle sur Erdre.

Article http://www.ouest-france.fr/face-au-cancer-ensemble-recoit-une-subvention-de-1-500-eu-2519501

- Association "Cancer et Métabolisme" : http://www.cancer-et-metabolisme.fr/

et sur Facebook : https://www.facebook.com/canceretmetabolisme

Vidéos : https://www.youtube.com/channel/UCu9mg5ZVblGSUFoGlbpkUiA

Témoignages : http://www.cancer-et-metabolisme.fr/temoignages/

Contact : +33 (0) 4 50 96 92 02 FREE

E-mail : president@cancer-et-metabolisme.fr

- Témoignage exceptionnel d’un médecin confronté au cancer : http://naturo-passion.com/temoignage-exceptionnel-medecin-confronte-cancer/

COMMENTAIRE :

Lu au lien du blog Silicium.blog.spirit, le blog de Jean-Daniel Metzger :

http://silicium.blogspirit.com/archive/2015/04/25/emission-sur-le-cancer-3043687.html

... Un documentaire, "cancer : la piste oubliée" qui traite de la piste suivie par Monsieur Schwartz et plusieurs autres chercheurs dans le monde...

... Bonne rétrospective des théories de lutte contre le cancer qui montrent bien qu'on s'est fournoyé ! Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué surtout si ça rapporte des milliards ?

Le problème est que la voie métabolique ne permet pas de développer des substances nouvelles et donc brevetables, quand vous aurez compris ça vous aurez tout compris. Inutile de compliquer c'est archi simple ! La metformine par exemple comme régulateur parmi d'autres mais c'est trop simple !

Cela dit le métabolisme est une piste fondamentale et probante mais non suffisante car elle n'est pas miraculeuse, sauf exception ! Il s'agit d'abord de gagner du temps ! Cependant la stratégie doit être pensée sur cette base et les autres approches ne peuvent être que "complémentaires" d'où la nécessité d'une inversion de perspective. Elle se fait jour mais est sujette à des freins essentiellement économiques. Une solution est de taxer forment "Big Pharma" pour permettre aux gouvernements de financer les pistes ne débouchant pas sur de nouveaux brevets en favorisant à nouveau un certain empirisme. Enfin vous avez là des données en matière de prévention...

TRANSCRIPTION DE L'ÉMISSION À PARTIR DES SOUS-TITRES :

Une transcription des sous-titres est proposée par TéléScoop au lien :

http://telescoop.tv/reader/954498/cancer-la-piste-oubliee.html

ou

http://telescoop.tv/browse/954498/cancer-la-piste-oubliee.html

TRANSCRIPTION PARTIELLE ECRITE A PARTIR DES SOUS-TITRES :

NARRATEUR :

-Maladie la plus ancienne et la plus partagée, le cancer touche tous les êtres vivants, y compris les plantes, depuis la nuit des temps.

On a d'abord cru qu'il était lié aux humeurs, qu'il était contagieux, viral.

Aujourd'hui, on lui suppose une origine génétique.

Chaque époque l'a combattu avec ses armes sans jamais le vaincre.

Ses plus intimes mécanismes ont pourtant été décryptés.

Est-il possible que ces immenses progrès aient finalement égaré la communauté scientifique ?

LAURENT SCHWARTZ :-Aujourd'hui, il semble probable qu'on se soit perdu dans le détail, qu'on ait regardé les détails du moteur de la voiture alors que ce n'était pas ça le problème.

ROBERT PROCTOR :-La recherche se focalise sur les détails au lieu de regarder le tableau dans son entier.

MINA BISSELL :-Einstein a dit : "Une idée qui ne semble pas folle au départ pour la plupart des gens n'a aucun avenir".

GÉNÉRIQUE

NIXON :-La guerre contre le cancer a été déclarée depuis plus de 40 ans par différents Etats.

JACQUES CHIRAC :-Le cancer ne sera pas vaincu en un jour. Mais un jour, il le sera.

CLINTON :-Depuis,de réels progrès ont été enregistrés. On soigne, on dépiste et on prévient bien mieux que par le passé.

FRANÇOIS HOLLANDE :-La lutte contre le cancer a fixé comme objectif...

NARRATEUR :

-Les cancers mortels dans les années 60 sont désormais curables à 70 %.

Mais ces incontestables succès sont finalement marginaux.

En dépit des milliards investis dans la recherche depuis près de 50 ans, la mortalité par cancer n'a pas chuté autant qu'on l'esprait.

La maladie tue encore 8 millions de personnes chaque année.

Mais connaît-on si bien cet ennemi ?

Et d'abord, comment le définir ?

PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE (3'04) :

-Le cancer, c'est une prolifération dangereuse de certaines cellules dans le corps.

Si tout se fait harmonieusement, le corps grandit.

C'est ce qui se passe chez l'enfant ou à l'état embryonnaire.

Ça, c'est une multiplication cellulaire normale car elle est harmonieuse et coordonnée.

Quand une prolifération cellulaire ne respecte pas cette harmonie, quand elle sort du groupe, on appelle ça "un cancer".

ROBERT PROCTOR - PROFESSEUR D'HISTOIRE DES SCIENCES - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE (3'43) :

-On doit garder à l'esprit ce qu'est le cancer.

C'est une sorte de cellule traîte à l'intérieur de votre corps.

C'est ce qui la rend si diabolique et si difficile à traiter.

C'est votre propre chair, votre propre sang devenu immortel.

La cellule cancéreuse est une cellule immortelle.

Toutes les cellules de notre corps sont destinées à mourir.

En fait, la mort de la cellule est saine.

Une cellule se régénère en mourant, elle se renouvelle sans cesse.

Et quand une cellule continue de croître, on appelle ça "le cancer.

NARRATEUR :

-Mais d'où vient cette paradoxale explosion de vie qu'est le cancer ?

Comment l'empêcher ?

Comment la mettre sous contrôle ?

Les premières thérapies ont été la chirurgie dès le 19ème siècle et la radiothérapie mise au point au début du 20ème.

Elles ont pour cible les tumeurs, ces amas de cellules cancéreuses qui se forment au sein d'un organe.

Ces thérapies n'empêchent pas la fuite de certaines cellules vers d'autres organes.

Ces tumeurs secondaires, ou "métastases", sont bien souvent mortelles.

Dans les années 50, une nouvelle arme apparaît pour enrayer cette progression fatale.

2 décembre 1943, l'aviation allemande bombarde le port de Bari, en Italie, faisant exploser un bateau transportant 2 000 bombes de gaz moutarde.

Plus de 1 000 personnes, civils et militaires, meurent dans les mois suivants.

Les médecins observent que le sang des personnes intoxiquées ne contient presque plus de globules blancs.

Cet évènement fait naître une idée dans l'esprit des chercheurs : si ce gaz peut détruire des cellules, pourquoi ne pas utiliser des poisons similaires contre les cellules cancéreuses.

C'est le début de la chimiothérapie.

En quelques années, elle permet de guérir des cancers jusque-là incurables.

Cependant, la chimiothérapie frappe fort et elle tue les cellules malades comme les cellules saines : la stratégie de la terre brûlée.

Une thérapie épuisante pour l'organisme dont les effets secondaires vont de la nausée à la perte de cheveux, l'anémie, et autres dysfonctionnements immunitaires.

De plus, si elle est efficace pour certains cancers, d'autres lui résistent sans que l'on comprenne pourquoi.

FABIEN CALVO - DIRECTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL DU CANCER - PARIS (6'10) :

-L'approche par chimiothérapie des cancers a été pragmatique.

On ne sait pas pourquoi telle tumeur répond spécifiquement à tel agent.

Ce que nous avons suspecté, en tout cas, c'est que la chimiothérapie avait une action d'autant plus importante qu'elle agissait sur des cellules à développement rapide.

Les tumeurs pédiatriques ont donc été de bonnes cibles.

Mais cette explication n'est pas suffisante.

Donc, on a fait des progrès, mais on n'a pas forcèment compris pourquoi et comment.

NARRATEUR :

-Malgré ces avancées thérapeuthiques, le processus cancéreux reste flou.

Dans les années 70, on croit enfin avoir percé l'énigme.

Les chercheurs Harold Varmus et Michael Bishop découvrent que l'ennemi pourrait venir du noyau de nos cellules.

Il serait même embusqué dans nos gènes.

Cette découverte sera récompensée par un prix Nobel.

Pour comprendre, il faut revenir au fondement de l'approche génétique.

Elle postule que l'ADN contrôle tout dans notre corps.

Le cancer proviendrait d'un dérèglement des codes régissant notre organisme.

Avec un gène abîmé, muté, cassé, les cellules échappent au programme génétique.

(7'38) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Si certaines cellules échappent à ce contrôle, elles échappent au programme génétique.

Et pour échapper au programme génétique, elles mutent, elles modifient leur propre ADN, le système de contrôle est cassé, et elles échappent à ce contrôle par la génétique.

C'est ce qu'on appelle aujourd'hui "la théorie génétique" ou "la théorie mutationnelle du cancer" selon laquelle le point de départ, l'origine du cancer, ce sont des mutations survenant dans les cellules cancéreuses.

NARRATEUR :

-Une nouvelle ère s'ouvre.

Avec de nouvelles méthodes, les chercheurs traquent les oncogènes, ces gènes dont la mutation est à l'origine du cancer.

Robert Weinberg est l'une des figures emblématiques de cette approche génétique.

Sur les traces des chercheurs Varmus et Bishop, ses travaux ont considérablement éclairé les étapes biologiques de la formation des cancers.

ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON (8'44) :

-En 1978, on a initié une procédure expérimentale.

Celle-ci nous a permis de démontrer, un an plus tard, en observant l'ADN d'une cellule cancéreuse, que celui-ci contient de l'information génétique endommagée.

Cette information cause une prolifération incontrôlée des cellules cancéreuses humaines.

L'ADN observé s'est avéré contenir un gène directement en cause dans le cancer et qu'on a appelé "un oncogène".

Un oncogène est la forme abîmée d'un gène qui se trouve dans l'ADN de tous les humains.

Sous l'influence des carcinogènes chimiques, le gène mute.

Son information séquencée altérée crée alors un oncogène qui laisse la cellule croître hors proportions.

Cette croissance incontrôlée débouchera sur des millions, des milliards d'autres cellules cancéreuses.

NARRATEUR :

-Ces recherches sur l'oncogène concentrent d'importants moyens.

On investit des milliards dans l'appareillage technologique, on trace la carte du génome humain, et on pense bientôt tout savoir des maladies, notamment du cancer.

L'approche génétique s'impose et devient le nouveau paradigme en cancérologie.

JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE (10'00) :

-Je pense vraiment qu'il y a un engagement considérable en faveur de la génétique dans nos instituts nationaux de santé.

Mais comment pourrait-il en être autrement puisque notre directeur est un généticien ?

Il y a aujourd'hui une énorme infrastructure de sociétés biotechnologiques.

Elles ont été créées dans les 50 dernières années et elles étudient la génétique de ceci ou de cela.

THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO (10'35) :

-Aujourd'hui, des dizaines de pays sont engagés dans la course pour séquencer et découvrir le génome du cancer.

La connaissance du cancer progresse très rapidement car on peut comprendre le génome et établir le catalogue des mutations.

NARRATEUR :

-Le scientifique canadien, Thomas Hudson, dirige un vaste consortium international qui, à l'heure actuelle, achève le séquençage de 25 000 tumeurs.

(11'01) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO :

-Le fait de découvrir les gènes du cancer, de comprendre leur biologie et de développer des traitements pour les cancers majeurs, c'est devenu de la routine.

(11'17) JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE :

-Quand j'étudiais le développement de la recherche sur les oncogènes, celle-ci était comme un phare dans la tempète.

C'était un réel espoir.

Les gens pensaient qu'on avait touché à la cause, au fondement du cancer, et que cela mènerait à des traitements.

NARRATEUR :

-C'est à la fin des années 90 que sont mis au point des médicaments capables de modifier l'ation des gènes qui sont à l'origine du cancer.

A côté des chimiothérapies, la thérapie ciblée, aux effets secondaires bien moindres, semble plus subtile et beaucoup moins destructrice.

Massivement investie par l'industrie pharmaceutique, elle représente désormais plus de la moitié des anticancéreux en développement.

200 médicaments sont déjà sur le marché, 900 sont en préparation.

(12'10) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO :

-Les thérapies ciblées ont fait progrsser l'oncologie.

Certains médicaments, comme le Glivec, donnent des résultats à long terme.

Mais, malheureusement, bon nombre des thérapies ciblées n'ont pas une action aussi longue.

L'efficacité est limitée chez certains patients.

Cela peut marcher trois mois, un an.

Mais, souvent, la maladie revient et vainc cette résistance.

NARRATEUR :

-Des médicaments comme le Glivec ou l'Herceptin ont fait progresser le traitement du cancer du sein ou de certaines leucémies.

Pour la majorité des autres cancers, les résultats sont décevants.

(12'50) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON :

-En principe, une thérapie ciblée est plus prometteuse.

Malheureusement, ces thérapies marchent à merveille, mais après 6 ou 7 mois, les cellules cancéreuses trouvent une nouvelle manière de proliférer.

Et ces cellules cancéreuses nouvellement formées résistent au médicament donné à l'origine.

GILLES FAVRE - DIRECTEUR DU CANCEROPÔLE - TOULOUSE (13'15) :

-Si l'on poussait le raisonnement jusqu'au bout, on irait jusqu'à une sorte d'événements sans fin, sans arriver à la guérison.

Je crois que c'est une limite de la théorie ciblée.

NARRATEUR :

-Pourquoi la révolution génétique tarde-t-elle à accoucher de thérapies efficaces ?

Aujourd'hui, on estime que plus de 2 000 gènes pourraient être impliqués dans différents cancers.

Le taux de mutation peut être 1 000 fois plus élevé selon les tumeurs.

Et plus on cherche, plus ça se complique.

(13'49) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONT :

-Notre défi majeur est d'interpréter le sens de ces données.

Dans les années 90, j'ai pris part au projet Génome humain.

On a séquencé ce génome entier pendant 10 ans.

Et on ne comprend toujours pas la plupart des gènes et des protéines, ni le fonctionnement des génomes.

On cherche encore à acquérir une technique fondamentale d'interprétation du génome.

Des scientifiques du monde entier y travaillent.

C'est dire la difficulté.

(14'17) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON :

-En fait, les techniques d'analyse des cellules cancéreuses sont si performantes qu'on est innondés d'informations.

Nous sommes incapables de les digérer et de comprendre leurs implications.

A défaut de comprendre comment se développe la cellule cancéreuse, nous sommes bloqués et ne pouvons créer de nouvelles thérapies.

(14'49) JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE :

-Il y a des gens qui, de manière très cynique, disent : "Quand on a un marteau, tout problème devient un clou."

Ici, les clous, ce sont les gènes du cancer.

Comme on a les outils de la génétique moléculaire, on va taper sur ces gènes.

Donc, quand on se demande si c'est la meilleure manière d'étudier le cancer, la réponse est oui, en un sens, si on considère les outils dont les gens disposent.

Mais est-ce que c'est la solution au problème du cancer ?

NARRATEUR :

-Au début des années 90, des associations de patients ont protesté contre cet engouement pour la génétique, dénonçant son manque d'applications thérapeutiques.

A San Francisco, des femmes atteintes du cancer du sein ont formé la Breast Cancer Action pour faire avacer la cancérologie.

Elles luttent en particulier contre les dogmes du tout génétique.

Les mutations héréditaires de gènes peuvent certes augmenter le risque de cancer, mais seulement dans 5 % à 10 % des cas.

(16'01)

-Quand j'ai été diagnostiquée, j'ai été effarée par la façon dont le médecin considérait ce qu'il avait en face de lui : une femme de 36 ans atteinte d'un cancer à tel stade et à qui il fallait donner tel traitement.

J'étais un numéro.

(16'18)

-J'avais un médecin très intelligent qui, un jour, m'a dit : "Aucun antécédent de cancer dans votre famille. C'est impossible que vous ayez un cancer du sein."

J'acquiesçais. Mais j'avais bien un cancer du sein.

J'avais fait tout ce qu'on est censé faire.

Ce que je découvrais était une révolution.

(16'39)

-Hériter d'un gène ne signifie pas qu'on va avoir un cancer du sein.

On doit étudier les interactions avec l'environnement et comprendre pourquoi certains développent un cancer et d'autres non.

(16'51)

-Mais je crois que ces 10 ou 15 dernières années, on s'est presque exclusivement concentré sur la génétique.

Idem pour d'autres maladies qu'on attribue à certains gènes que les malades ont en commun.

J'ignore dans quelle mesure cela concerne le cancer du sein, mais, de façon générale, cet investissement dans la génétique nous a un peu égarés.

NARRATEUR :

-Est-il possible que les scientifiques se soient également engagés dans une impasse ?

Que nous fassions fausse route depuis 30 ans ?

MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE (17'34) :

-Nous sommes restés le nez sur les détails, et c'est comme si l'arbre nous avait caché la forêt.

Peu à peu, la vision d'ensemble est devenue moins importante.

NARRATEUR :

-Dès les années 70, les travaux de Mina Bissell tendent à prouver que le cancer naît d'une interaction entre les cellules et leur environnement.

Cette biologiste américaine est une des premières à avoir remis en cause la théorie génétique du cancer.

(18'04) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Quand vous prenez des cellules d'une personne ou d'un animal et que vous les mettez en culture, vous voyez que les gènes ne sont pas fixes.

Ils sont rgis par le contexte.

Ils sont régis par le micro-environnement.

Il est clair que le contexte ou le micro-environnement et l'architecture des tissus sont très importants.

Une fois que l'architecture est détruite, cela se répercute sur les gènes qui peuvent alors produire une tumeur.

NARRATEUR :

-Les travaux de Mina Bissell ne rencontrent qu'un faible écho.

La génétique émergente monopoise toute l'attention.

(18'54) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Certains disaient "Mina est une pionnière, une visionnaire."

D'autres pensaient que j'étais folle.

Non, j'ai simplement été curieuse.

Il y eu des articles dans beaucoup de bonnes revues.

Mais les réactions étaient soit l'incrédulité, soit un manque total d'intérêt.

Les chercheurs ne les citaient pas.

C'est seulement depuis une dizaine d'années que beaucoup de personnes réputées sont au courant de ce travail, le citent et disent que c'est une évidence.

NARRATEUR :

-Pour comprendre le cancer, faudrait-il alors changer de focale ?

Envisager la cellule dans ses relations avec son environnement ?

Considérer la façon dont elle respire, se nourrit, se développe ?

L'observer comme on observerait un animal ou une plante évoluant au sein d'un écosystème ?

(20'08) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Si, dans une forêt, une espèce animale ou végétale prolifère jusqu'à détruire l'écosystème, c'est l'équivalent d'un cancer.

Si on considère que le corps n'est pas sous le contrôle centralisé de l'ADN, mais qu'il s'équilibre comme s'équilibrerait une forêt, on va regarder l'accès de l'élément qui prolifère aux ressources nutritives, on va regarder les prédateurs...

Si on a un lapin qui prolifère dans la forêt jusqu'à la détruire, on ne va pas se dire : "Ah... Le lapin a muté !"

On va se demander si les carottes n'ont pas été trop abondantes, si les autres espèces qui pouvaient être en compétition avec lui n'ont pas disparu, si les renards qui contrôlaient la prolifération des lapins n'ont pas eu un problème.

Du coup, on s'intéresse davantage à l'équilibre global et moins aux mutations.

NARRATEUR :

-Le cancérologue Laurent Schwartz propose lui aussi d'adopter une vision plus globale.

Afin de mieux comprendre la cellule cancéreuse, il faut observer ses ressources et la manière dont elle les utilise.

C'est ce qu'on appelle "le métabolisme".

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU (21'30) :

-La cellule est un organe vivant.

Vous mettez une cellule humaine dans un bon environnement, un milieu avec de l'eau, du sang et ce qu'il faut, elle va pousser.

Elle va capter de la nourriture, elle va la digérer et survivre.

Pour ça, elle utilise des gènes, des enzymes, et autres.

La cellule cancéreuse, c'est pareil : elle se nourrit, se développe et utilise des enzymes.

Pour se diviser, une cellule doit grossir.

C'est peut-être une lapalissade.

Mais si vous ne mangez pas, vous ne grossissez pas.

Et si vous brûlez tout pendant votre jogging, vous ne grossissez pas.

Pour grossir, il faut capter de la nourriture et ne pas la brûler.

Et ça amène aux hypothèses des années 1920 selon lesquelles le cancer capte du glucose, c'est-à-dire du sucre, en quantité importante, et n'arrive pas à le brûler.

Donc, il grossit, puis la cellule se divise.

Si elle se divise, elle est dure.

Et tout clinicien sait que le cancer est dur au doigt.

Et si c'est sous pression, les métastases partent.

NARRATEUR :

-Ces hypothèses du cancer fondées sur le métabolisme des cellules étaient dès les années 20 celles du biologiste et prix Nobel allemand Otto Warburg.

NARRATEUR :

-Pour Otto Warburg, le métabolisme a un rôle clé dans l'apparition du cancer.

Il renvoie à la façon dont nos cellules se nourrissent et à la façon dont elles digèrent ou pas le sucre, le gras et les protéines qu'elles absorbent.

La cellule normale capte, par exemple, le glucose, le dégrade une première fois, puis le transforme au sein des mitochondries qui sont ses poumons.

Pour cela, elle a besoin d'oxygène.

Quand tout fonctionne, les nutriments sont brûlés et transformés en énergie.

La cellule cancéreuse, elle, se comporte comme si elle était privée d'oxygène.

Sans oxygène, elle ne parvient pas à brûler le glucose et en tire très peu d'énergie.

Pour compenser, elle en consomme des quantités accrues qu'elle ne parvient toujours pas à digérer.

Ce faisant, elle fermente et se divise alors sans cesse.

C'est ce qu'on appelle "l'effet Warburg".

NARRATEUR :

-Les travaux d'Otto Warburg, bien que récompensés par un prix Nobel, ont finis aux oubliettes.

Protégé par Hitler dont la phobie du cancer est bien connue, l'Histoire s'est chargée de lui faire payer son pacte avec le diable.

L'avènement de la génétique, en concentrant les regards et les budgets, a fait le reste.

Mais depuis une dizaine d'années, les théories d'Otto Warburg connaissent pourtant un regain d'intérêt.

Le métabolisme de la cellule cancéreuse est redevenu l'objet d'études partout dans le monde.

Janvier 2014, un congrès sur le métabolisme est organisé au Luxembourg.

C'est le premier en Europe.

Les chercheurs viennent du monde entier confronter leurs travaux, certains que la recherche contre le cancer a trouvé un nouveau souffle.

Pour la plupart, le métabolisme serait le talon d'Achille de la cellule cancéreuse, quel que soit le type de cancer.

NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO (25'44) :

-Au lieu de s'attacher uniquement à ces modifications génétiques et d'accorder autant d'importance aux analyses bio-informatiques et au séquençage intensif, on devrait plutôt prendre du recul et réfléchir différemment au cancer.

NARRATEUR :

-Le chercheur américain Navdeep Chandel a commencé à s'intéresser au métabolisme alors qu'il était étudiant à la fin des années 90.

A l'époque, tous les regards sont tournés vers la génétique.

Mais c'est cette piste qui retient son attention.

(26'21) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Etudier le métabolisme du cancer est une de ces alternatives.

On n'étudie plus les gènes, on regarde les voies métaboliques.

D'ailleurs, on les connaît depuis 50 ans.

Pas besoin de découvrir quoi que ce soit de nouveau.

On a encore des choses à découvrir dans le métabolisme, mais globalement la cartographie des voies métaboliques est déjà faite.

Ce qu'il faut faire, c'est revenir en arrière pour voir comment elles se reconnectent dans un contexte cancéreux.

Ces voies métaboliques sont un meilleur objet d''étude que tout ce qui se trouve dans le noyau de la cellule.

NARRATEUR :

-Si les mutations génétiques sont reléguées au second plan, qu'est-ce qui provoque le cancer ?

Sur quoi concentrer nos efforts pour faire reculer la maladie ou prévenir son apparition ?

(27'13) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Il y a des tas de moyens de réduire le cancer.

L'un d'eux serait de combattre l'obésité.

L'obésité est le pire facteur de risque de cancer.

L'une des choses que je conseille, c'est de réduire l'apport en sucre.

Le métabolisme est lié à beaucoup de facteurs, et l'obésité en fait partie.

La pire chose, par exemple aux Etats-Unis, c'est cette obésité omniprésente parce que les gens ne mangent pas selon les besoins de leur corps.

On pourrait réduire le nombre de cancers dans le monde si les gens consommaient plus de fibres, moins de sucre, moins de mauvaises graisses.

NARRATEUR :

-Le cancer n'est-il alors qu'une question d'alimentation ?

Ç a serait trop simple.

Nos cellules ne dépendent pas uniquement de ce que nous mangeons.

Leur métabolisme obéit à d'autres facteurs.

(28'13) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Pour le cancer de l'adulte, très fréquemment, il y a une phase inflammatoire.

Alors, ça s'appelle l'alcoolisme qui vous donne une hépatite, le foie grossit, une cirrhose, cancer du foie.

Le tabagisme chronique, comme si j'allais fumer, qui donne la bronchite chronique, la toux, et le cancer du poumon.

Il y a cette séquence que 'on retrouve quasiment tout le temps qui est : inflammation, fibrose, cancer.

La cellule, si elle survit, elle est gorgée de nourriture.

Et l'inflammation, c'est un changement du métabolisme par une entrée violente et massive de nourriture qui arrive pour la cellule.

Et ça, la cellule ne le vit pas toujours très bien.

Souvent, une partie des cellules qui meurent et celles qui sont violemment gorgées de nourriture, elles vont changer de mode de vie et elles vont se mettre à proliférer.

(29'09) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Le métabolisme est très sensible aux changements.

Il peut détecter les changements dans le régime alimentaire, dans l'environnement, et parfois même dans le mode de vie.

Si on a les mêmes gènes depuis 10 000 ans et que ce qui change, c'est le régime alimentaire, l'environnement et les habitudes de vie, le premier élément qui va refléter ce changement de régime, d'environnement ou de mode de vie, c'est le métabolisme.

Il influe ensuite sur les gènes qui vont impulser la maladie.

C'est cela le nouveau paradigme.

NARRATEUR :

-Qui dit nouveau paradigme dit aussi nouvelle approche thérapeutique.

Mais comment agir sur le métabolisme des cellules cancéreuses et les empêcher de proliférer ?

Par quel traitement ?

(29'56) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Il y a différentes façons de changer le métabolisme tumoral, de l'améliorer.

Il y a le régime : vous diminuez la quantité de glucose que vous mangez, vous diminuez la quantité de nourriture en général.

Cette est peu testée.

Beaucoup de gens le font, mais il y a peu d'essais classiques tels que les scientifiques aiment.

L'autre façon, c'est de jouer sur les médicaments qui rentrent dans ces circuits-là.

C'est la voie qu'on préfère car elle est beaucoup plus facile à étudier.

NARRATEUR :

-Le Professeur Navdeep Chandel est persuadé que des molécules déjà connues et prescrites dans d'autres indications se sont révélées efficaces contre le cancer.

Une centaine de médicaments pourraient déjà être utilisés car ils aideraient les cellules à dégrader le glucose.

(30'50) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Ces quinze dernières années, les épidémiologistes ont remarqué que les patients sous metformine étaient moins touchés par le cancer.

Cela a incité les chercheurs à tester la metformine en tant qu'agent anticancéreux.

On l'a donc injectée à des souris qu'on utilise comme cobayes dans la recherche contre le cancer.

Et on a découvert que les cancers du colon, les cancers du poumon, les cancers du pncréas devenaient moins fréquents pour les souris sous metformine.

C'était bon signe.

NARRATEUR :

-La metformine est un antidiabétique commercialisé depuis la fin des années 60.

En quoi pourrait-elle contribuer à lutter contre le cancer ?

Sa principale action est de faire baisser la production de glucose dans le foie, glucose dont les cellules cancéreuses sont particulièrement friantes.

La metformine aurait donc en quelque sorte pour action de leur couper les vivres, les empêchant de proliférer.

(31'53) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Nous avons observé sur dix souris que la metformine réduisait la tumeur de 75 %.

Ça n'est pas rien.

Ça peut ralentir la progression de la maladie.

On ne guérit pas, mais on peut prolonger l'espérance de vie.

PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO (32'07) :

-Il y a des limites aux expériences faites dans les boîtes de Petri ou sur les animaux.

L'un des problèmes majeurs rencontrés avec la metformine, c'est qu'elle a été utilisée avec des dosages dangereux pour les humains.

Il est donc très difficile de transférer ce travail en milieu clinique.

NARRATEUR :

-C'est pourtant le pari que s'est lancé Pamela Goodwin.

Cette chercheuse canadienne supervise une étude clinique couvrant le Canada, les Etats-Unis et la Suisse.

3 600 femmes atteintes de cancer du sein y participent.

Depuis 2013, elles prennent en plus de leur traitement standard deux gélules de metformine chaque jour.

Les effets seront évalués en 2017.

(32'53) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Notre but est de voir si le fait d'ajouter la metformine au traitement standard du cancer du sein va diminuer la mortalité chez les femmes atteintes.

NARRATEUR :

-Plus d'un million de femmes dans le monde développent un cancer du sein chaque année.

Près de la moitié en meurt.

Pourtant, tester un ancien médicament, comme la metformine, potentiellement efficace, a été un long combat.

Il a fallu 10 ans à Pamela Goodwin pour réunir les fonds nécessaires à cette étude.

(33'27) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Quand des scientifiques s'intéressent à la metformine et veulent développer un médicament déjà disponible sur le marché en tant que traitement anti-cancer, c'est très difficile.

Beaucoup de scientifiques qui travaillent sur d'autres molécules et qui sont confrontés au même problème, n'ont pas pu finaliser leur étude.

Notre société, dans son ensemble, doit s'atteler à ce probème.

Si la metformine se révèle efficace contre le cancer du sein, le traitement coûtera à peuprès 200 dollars par patient pour une étude de 5 ans.

C'est très peu comparé aux 50 000, 60 000, 75 000, 100 000 dollars que coûtent certains nouveaux traitements.

Et surtout, ce médicament peut être utilisé dans le monde entier.

Il ne coûte pas cher, n'est pas toxique, et on le prend oralement.

Pour le meilleur comme pour le pire, l'essentiel du travail de recherche est mené par les sociétés pharmaceutiques.

Ces sociétés apportent une contribution énorme à la recherche contre le cancer.

Mais elles se concentrent sur des médicaments qui sortent de leur laboratoire et qui permettent de faire du profit.

NARRATEUR :

-Plusieurs poids lourds dans l'industrie pharmaceutique, flairant un nouveau marché, travaillent aujord'hui à développer des traitements métaboliques contre le cancer.

BARRY SELICK - DIRECTEUR DU LABORATOIRE - THRESHOLD PHARMACEUTICALS - SAN FRANCISCO (35'11) :

-Lorsque nous avons fondé la société en 2002, en privilégiant l'approche métabolique, nous faisions déjà partie des 20 ou peut-être des 40 personnes qui avaient entendu parler d'Otto Warburg.

Parfois, nous rencontrions des investisseurs potentiels plus âgés que nous, 60 ou 70 ans.

Et quand nous leur décrivions ce que nous faisions, ils s'exclamaient : "Ah oui, vous travaillez sur l'effet Warburg !"

NARRATEUR :

-Aux Etats-Unis, quelques-uns sont déjà entièrement dédiés à cette approche métabolique.

Parmi eux, le laboratoire Threshold Pharmaceuticals, situé dans la banlieue de San Francisco.

(35'52) BARRY SELICK - DIRECTEUR DU LABORATOIRE - THRESHOLD PHARMACEUTICALS - SAN FRANCISCO :

-L'idée est donc que, si l'on pouvait développer une thérapie efficace qui cible l'effet Warburg, on obtiendrait un traitement capable de ratisser large.

On pourrait soigner un nombre plus important de cancers qu'avec les thérapies ciblées.

NARRATEUR :

-Threshold Parmaceuticals teste un nouveau médicament dans plusieurs pays : le TH302.

En Allemagne, le cancérologue Peter Hohenberger l'utilise sur une dizaine de patients atteints de cancers graves avec des tumeurs disséminées.

L'essai vise à mesurer l'efficacité de l'ajout du TH302 aux autres thérapies.

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM (36'36) :

-Il s'agit d'une étude de phase 2 avec un nouveau médicament, le TH302.

Cette thérapie se fonde sur une molécule spécifique qui agit sur la tumeur de l'intérieur.

-Donc, cela veut dire, si je comprends bien, que c'est une action très localisée.

(37'03) PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Oui. D'après ce que nous savons, il agit de manière très localisée.

Il est activé là où le métabolisme de la tumeur présente une anomalie.

Dans le cadre des études thérapeutiques, nous essayons d'apporter une preuve d'efficacité.

Cela se traduit d'une part, par le fait que les tumeurs rétrécissent, ce qui est déjà positif, mais avant tout il s'agit de prolonger la durée de vie des paients.

-Combien de temps va durer le traitement ?

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Habituellement, le prétraitement dure 6 semaines.

Il faut un certain temps pour évaluer la modification du métabolisme.

C'est la premmière fois que nous utilisons ce médicament sur un nombre important de patients qui sont en début de trairtement.

-Et à quels effets secondaires dois-je m'attendre ?

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Il peut y avoir des répercussions sur la moelle osseuse.

Par exemple, les globules blancs peuvent fonctionner moins bien ou diminuer.

Mais, en général, au début du traitement, il y a peu d'effets secondaires.

Le risque augmente au fil du temps, avec la quantité de médicament absorbée.

-Oui, je comprends.

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Cela prend beaucoup de temps de mettre au point des médicaments qui puissent être utilisés chez des patients.

C'est un processus qui dure souvent 4 ou 5 ans.

Il faut le temps de faire les différentes études, prouver que les médicaments apportent quelque chose en plus avant qu'on puisse en disposer.

Pour les patients, c'est trop long.

NARRATEUR :

-A cause du temps très long que demande la mise sur le marché d'un nouveau médicament, beaucoup de malades n'ont que peu d'spoir d'essayer un nouveau traitement, même s'il a de bonnes chances de prolonger leur durée de vie.

(39'19) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Le temps du malade, le temps du cancéreux, n'est pas celui de l'essai thérapeutique normé académique.

Ils sont pressés, et ça se comprend.

(39'32)

-Si je veux m'en sortir, il faut que je casse mon schéma de vie.

Mon schéma de vie, c'est mon schéma alimentaire, mon schéma de pensée, mon schéma relationnel.

C'est ma seule chance de m'en sortir.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Que vous ont-ils dit sur le pronostic ?

Et qu'est-ce que vous cherchez ?

-Je cherche à guérir.

Mais je sais que c'est la guerre.

Donc, pour moi, ils m'ont dit qu'ils allaient me faire un traitement de trois mois.

Donc, je leur ai demandé les chances.

Le médecin a dit : "30 % de chances que la tumeur régresse, 30 % de chances qu'elle se stabilise, 30 % de chances que ce soit inefficace."

NARRATEUR :

-Depuis 2009 et des essais encourageants sur des souris, le Docteur Laurent Schwartz pense qu'une combinaison de médicaments, dont la metformine déjà commercialisée, pourrait agir sur le métabolisme.

Leur coût est modique, les effets secondaires connus, et leur utilisation combinée les rendrait plus efficaces.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Ça ré-entre dans la mitochondrie pour la brûler.

NARRATEUR :

-Pourtant, malgré ses demandes, il n'a pas obtenu les financements, ni les autorisations pour mener des essais cliniques sur les patients.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Tout ce qu'on a fait a été publié de nombreuses fois dans des revues internationales reconnues.

Et il n(y a eu aucun écho.

Je me suis dit qu'à un moment il fallait que j'écrive ce que je pensais dans un livre, et les malades sont venus.

Comme ceux qui m'avaient contcté savaient qu'ils étaient condamnés à brève échéance, je ne pouvais que les informer à propos de ce je pensais être une chance de les aider.

(41'22)

-Quand on t'a annoncé la maladie, comment tu as réagi ? Qu'est-ce que cela t'a fait ?

-Eh bien...

NARRATEUR :

-Parmi les malades volontaires pour ce traitement expérimental, des membres de l'

-En rentrant, j'ai dit à ma femme : "Il me reste 15 jours."

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Les essais que l'on a faits sont du traitement compassionnel.

Le médecin est pris entre deux feux ou deux lois.

La première, c'est que les essais sont extrêment structurés.

La deuxième, c'est l'assistance à la personne en danger.

On a le droit de prescrire, dans des cas où les gens sont en danger.

-Voici mon expérience.

Parce que, moi je suis dans le cancer depuis 14 ans.

J'ai eu 5 récidives.

J'ai eu 6 opérations.

J'ai subi 2 fois de la radiothérapie, c'est-à-dire 2 fois plus que la dose légalement permise.

J'ai suivi 3 parcours de chimiothérapie.

Je suis devenu résistant à tout.

La dernière fois, ça m'a fusillé.

Je suis rentré ici pour mourir à mi-traitement.

Me voilà pourtant, je peux faire le clown.

Je peux encore faire le clown !

Le 8 janvier, c'est-à-dire au bout de 8 jours du protocole Schwartz, le marqueur ACE du cancer s'était effondré.

Voilà ce que je voulais vous montrer.

Là, ça a remonté.

Ça s'est accéléré là.

Et là, j'ai fait intervenir la molécule supplémentaire du Docteur Schwartz.

Et avec la troisième molécule que j'ai prise là, mon truc est redescendu.

Cette analyse-là date d'avant-hier.

-Moi, je ne vais pas refaire mes graphiques qui sont identiques aux tiens.

Avant, j'avais un marqueur qui montait régulièrement.

Et dès que j'ai commencé à prendre son traitement, ça a replongé.

Donc, maintenant, mon marqueur, pour l'instant, se stabilise à la limite haute de la normale.

Ce qui me dait dire, parfois, que je suis guéri !

RIRES

Puisque je suis dans la norme !

Pour moi, ça a été une ouverture parce que je supportais de plus en plus mal les chimio.

Elles me déglinguaient.

NARRATEUR :

-Le traitement prescrit par le Docteur Schwartz est-il le miracle attendu ?

Lui-même se garde bien de tirer des conclusions quant à une possible et durable guérison.

(43'56) :

-Actuellement, on a plus d'une centaine de malades en suivi par moi ou par d'autres.

Et on a plusieurs publications qui "suggèrent", et le terme "suggérer" est le terme adéquat, que l'on ralentit l'évolution de la maladie.

On voit les marqueurs tumoraux diminuer dans certins cas.

Certains cas sont du domaine du miracle.

En majorité, c'est malheureusement un effet transitoire.

Et je ne comprends pas pourquoi.

Il s'améliore, puis il rechute après.

Mais, si déjà on arrive à ouvrir une porte, et même si c'est insuffisant pour les malades que je suis, c'est déjà pas mal.

Evidemment que se pose la question, par rapport à ce que l'on a qui est imparfait, de l'amélioration de ce qu'on a.

Combiner ça avec la chimio, ça rend probablement service.

Il y a sûrement d'autres molécules à mettre en même temps.

On n'a qu'une partie du tableau.

(44'59) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Je pense qu'il ne faut pas compter sur une éradication définitive du cancer.

Cette vision des choses ne va pas être très populaire, mais elle est réaliste.

Mon but, c'est de réduire les conséquences du cancer autant que possible, de gérer la maladie avec les traitements les moins toxiques possible afin de prolonger la vie autant que faire se peut.

NARRATEUR :

-Que ces médicaments soient nouveaux ou anciens, leur efficacité reste incertaine.

L'approche métabolique va-t-elle alors se heurter aux mêmes limites que les autres thérapies anticancéreuses ?

(45'46) FABIEN CALVO - DIRECTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL DU CANCER - PARIS :

-On ne peut pas rester à la surface des événements, penser que les choses sont simples, penser qu'on va résoudre le problème du cancer avec 3 ou 4 médicaments.

On a l'impression d'avancer, et au fur et à mesure qu'on avance, on ouvre des boîtes noires, on fait rentrer la lumière.

Mais la umière nous permet de voir qu'il y a une autre boîte noire.

(46'13) GILLES FAVRE - DIRECTEUR DU CANCEROPÔLE - TOULOUSE (13'15) :

-Avec ce concept considérant l'importance du étabolisme, il ne faut pas tomber dans nos excès de simplification.

Cela pourrait nous conduire peut-être au même type de désagrément ou de désillusion que nous avons eus dans les précédents paradigmes.

(46'32) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Il faut pouvoir faire les essais adéquats.

Et ces essais doivent être de grande ampleur, bien plus que ceux que nous menons avec seulement 3 600 patientes.

On devrait suivre des dizaines de millions d'individus.

NARRATEUR :

-Pourquoi tarde-t-on à lancer de véritables essais cliniques de grande envergure sur ces médicaments ?

(46'56) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON (8'44) :

-Il est possible qu'au cours des dernières décennies les agences de financement qui ont encouragé la recherche contre le cancer aient découragé et ralenti la recherche dans d'autres domaines.

Si quelqu'un avait fait une demande de subvention pour étudier le métabolisme il y a 20 ans, il aurait eu de grandes difficultés à défendre son sujet.

(47'20) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Le gouvernement doit établir un programme d'étude du métabolisme sur au moins 20 ans.

Les gens au Gouvernement ne comptent pas parmi eux assez de personnes aptes à évaluer le métabolisme.

Ils devraient dire : "Une partie du budget est affecté au métabolisme, les experts prendront les décisions, et nous encourageons la recherche."

(47'43) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Mais j'ai bien peur que, pour le moment, il y ait un certain conservatisme.

Et il n'y a pas beaucoup d'argent, alors qu'il y a beaucoup de scientifiques.

Ils veulent des articles, des réponses rapides...

Il y a une énorme compétition.

Et le genre d'expériences que nous réalisons prend du temps.

Mais je suis têtue, peu de gens le sont autant que moi.

Il faut des gens qui aient le courage de leurs convictions;

(48'11) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Il ne faut pas renoncer à une approche empirique pour ça.

On a construit des bateaux bien avant de comprendre la mécanique des fluides qui permettait aux bateaux de flotter.

En cancérologie, il ne faut pas renoncer à l'empirisme, aux essais.

C'est le travail des médecins.

On fait des progrès énormes dans le traitement du cancer, sans y comprendre grand-chose.

On a avancé par une approche empirique, des essais, des erreurs, des observations...

On peut espérer que ça va continuer et qu'on améliorera nos performances portées par une meilleure compréhension de ce qui se passe.

(48'47) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Quand la science est suffisamment sûre d'elle et que la communauté scientifique considère qu'il est légitime de tester les bénéfices de tel ou tel médicament, on devrait faciliter la mise en place des études et donner aux chercheurs l'argent dont ils ont besoin.

C'est cela le défi dans ce domaine.

Ce n'est pas un défi scientifique, mais un défi sociétal.

A la mémoire de Roland Mestdagh

Avec la voix de François Cuzet

Ecrit par

Anne-Laure de Laval

Magali Bragard

Marie-Pierre Jaury

Réalisé par

Marie-Pierre Jaury

Produit par

Fabienne Servan Schreiber

Estelle Mauriac

Une co-production

Cinétévé

Producteur délégué

Fabienne Servan Schreiber

Producteur exécutif

Estelle Mauriac

ARTE France

Unité découverte et connaissance

Hélène Coldefy

Avec la participation de la

RTBF - Unité documentaires

Marc Bouvier

du Centre national du cinéma et de l'image animée

et avec le soutien du Ministère des affaires sociales et de la santé

© ARTE France - Cinétévé 2014

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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