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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 18:56

Quand un parasite manipule notre cerveau


toxoplasmose modifie la quantité de dopamine dans le cerveau... et peut-être aussi notre personnalité
Par Nicolas Revoy




Une fois infecté par le parasite de la toxoplasmose, le rat est plus enclin à cotoyer le chat, son prédateur naturel. Un comportement qui pourrait être induit par une augmentation de la sécrétion de dopamine causée par le parasite. Crédits : AlexK100


Une étude menée chez des rats vient de démontrer que le parasite de la toxoplasmose augmente la sécrétion de dopamine dans le cerveau.


Ce qui pourrait expliquer les modifications de comportements déjà observées chez les rats infectés... ainsi que chez l'être humain.


Des chercheurs de l'Université de Leeds (Grande-Bretagne) viennent de découvrir que la toxoplasmose augmente la libération de dopamine dans le cerveau des rats infectés. Le phénomène était déjà suspecté, mais il n'avait pas encore pu être démontré. Le résultat a été publié le 21 septembre 2011 dans la revue Plos One.
Pour y parvenir, les chercheurs ont analysé le fonctionnement des cellules neuronales de rats, infectés par le parasite de la toxoplasmose. Ils ont ainsi pu constater que le cerveau de ces derniers sécrétait beaucoup plus de dopamine que le cerveau de rats non infectés. Plus encore, la quantité de dopamine ainsi sécrétée était directement corrélée au nombre de cellules neuronales infectées.


Pour la première fois, le lien entre Toxoplasma gondii et la dopamine est démontré


Jusqu'à présent, les chercheurs supposaient que le Toxoplasma gondii, le parasite responsable de la toxoplasmose, influait sur la quantité de dopamine libérée dans le cerveau des rats infectés. En effet, ils avaient déjà remarqué que le génome de Toxoplasma gondii code pour une enzyme appelée Tyrosine hydroxylase, qui est directement impliquée dans la fabrication de la dopamine.
Or, ce résultat est important car il est aujourd'hui avéré que Toxoplasma gondii modifie le comportement des rats... et peut-être aussi des humains. Chez les rats, les chercheurs ont en effet remarqué que les rats infectés ne craignaient plus les chats, lesquels sont pourtant leurs principaux prédateurs. Plus encore, ils sont même ni plus ni moins attirés par ces derniers ! Un phénomène d'autant plus intéressant que le parasite Toxoplasma gondii a absolument besoin d'entrer dans l'organisme du chat s'il veut compléter son cycle de reproduction (le chat est dit l'"hôte final" du parasite).


Un parasite manipulateur


Le parasite Toxoplasma gondii manipule-t-il le comportement des rats afin qu'ils se jettent dans la gueule du chat ? Au vu des résultats obtenus par les chercheurs britanniques, c''est probable. Et dans cette étonnante opération de manipulation, la dopamine jouerait un rôle essentiel. En effet, on sait que cette dernière joue un rôle-clé dans la recherche de situations plaisantes et dans la peur du danger. En modifiant sa quantité dans le cerveau, le parasite de la toxoplasmose augmenterait ainsi les chances de voir son hôte être dévoré par un chat, ce qui lui permettrait alors de pouvoir rejoindre son lieu de reproduction.
Et pour les êtres humains, dont on sait que 20% au moins de la population occidentale est touchée par une infection silencieuse de Toxoplasma gondii ? Si rien n'est encore certain, il semble que le parasite de la toxoplasmose soit capable, là aussi, de modifier la personnalité et les comportements de certaines personnes infectées. Une étude publiée le 11 janvier 2007 dans la revue Schizophrénia Bulletin (une publication de l'Université d'Oxford) montre que les individus de sexe masculin infectés par le parasite sont plus enclins à la méfiance et à la jalousie. De plus, ils manifestent une plus grande propension à transgresser les règles. Quant aux femmes infectées, l'effet serait tout autre : il conduirait ces dernières à une plus grande ouverture et convivialité vis à vis d'autrui, ainsi qu'à un plus grand respect des règles.
Au delà de ces possibles conséquences sur la personnalité des individus infectés, certains chercheurs pensent aussi que le parasite Toxoplasma gondii est également impliqué dans le déclenchement de la schizophrénie. En effet, une des hypothèses concernant cette maladie est que sa survenue serait causée par un dérèglement de la quantité de dopamine libérée dans le cerveau.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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