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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 11:12

Des bactéries résistantes chez un voyageur sur deux

Ces bactéries que ramènent les personnes parties sous les tropiques ont la particularité de résister aux traitements antibiotiques, compliquant les possibilités de traitement en cas de besoin.

La moitié des voyageurs partis sous les tropiques reviennent avec, tapies au sein de leur tube digestif, une ou plusieurs entérobactéries multirésistantes. Telle est la conclusion d'une étude de chercheurs français publiée dans Clinical Infectious Diseases.

De précédents travaux avaient déjà montré que de nombreux voyageurs étaient contaminés par de telles bactéries, le plus souvent via l'eau ou l'alimentation, mais ils faisaient plutôt état d'un voyageur sur cinq concerné. «Nous avons utilisé un protocole plus sensible, donc nous pensions en trouver davantage. Mais pas à ce point-là!», s'étonne Étienne Ruppé, chercheur Inserm au laboratoire de bactériologie de l'hôpital Bichat (Paris) et premier signataire de l'étude. Au point, s'amuse-t-il, de se retrouver à cours de matériel consommable (boîtes de Petri pour cultiver les bactéries, antibiotiques pour les tester…), le budget initial ayant tablé sur un voyageur sur quatre contaminé!

Les chercheurs ont recruté des candidats au voyage tropical dans six centres de vaccination internationaux à Paris, leur demandant de fournir un prélèvement de selles avant le départ et au retour. Quand des entérobactéries résistantes étaient retrouvées au retour, un nouvel échantillon était prélevé 1, 2, 3, 6 et 12 mois plus tard, jusqu'à ce que les microbes ne soient plus détectés.

Respecter les recommandations usuelles

Parmi 574 participants non porteurs de bactéries multirésistantes avant le départ, 50,9 % sont revenus avec, en moyenne, 1,8 de ces invités surprises. Les plus touchés étaient ceux revenant d'Asie (72,4 %), devant ceux ayant séjourné en Afrique subsaharienne (47,7 %) et en Amérique latine (31,1 %). Voyager hors d'un hôtel club, avoir subi une diarrhée ou avoir pris un antibiotique pendant le séjour semble associé à un plus forte probabilité d'être contaminé.

«Notre flore intestinale abrite naturellement plus d'un milliard de bactéries, et si notre tube digestif est sain, il élimine en quelques semaines la plupart des étrangères», précise Étienne Ruppé. De fait, trois mois après leur retour, seuls 4,7 % des participants étaient encore porteurs de bactéries pirates.

Mais si ces clandestines ne sont pas plus virulentes et ne provoquent pas plus de diarrhée que nos hôtes naturels, elles ont la particularité de résister aux traitements antibiotiques, compliquant les possibilités de traitement en cas de besoin. «Cela peut poser problème lorsque les gens souffrent d'une infection ou doivent subir une opération chirurgicale», explique le chercheur.

Le meilleur moyen de se protéger est de respecter les recommandations usuelles (eau en bouteille, aliments bien cuits, lavage des mains…), et «il faut absolument éviter la prise d'antibiotiques en voyage», plaide le chercheur, ceux-ci n'étant la plupart du temps pas utiles contre une simple diarrhée mais risquant de favoriser les résistances. Surtout, il faut avertir son médecin du voyage passé si une infection apparaît ou qu'une opération doit être subie dans les trois mois. «Actuellement, les recommandations stipulent que si une personne admise à l'hôpital a été, dans l'année précédente, hospitalisée à l'étranger, il faut l'isoler et la soumettre à un dépistage. Il faudrait être aussi drastique avec toute personne hospitalisée moins de trois mois après un voyage», précise le chercheur.

Par Soline Roy - le 16/07/2015

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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