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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 17:05

Contre les bactéries, Xavier Duportet invente la "frappe chirurgicale"




Jeune entrepreneur de 27 ans, Xavier Duportet développe des techniques d'édition génétique avancée permettant de cibler les «mauvaises» bactéries à détruire.
Eligo Bioscience


Elles sont des milliards de milliards, peuplent le corps humain, et sont aussi essentielles pour la vie que potentiellement dangereuses dans certains cas. Les bactéries, regroupées sous le terme de microbiome humain, ont de multiples fonctions: favoriser la digestion, protéger l’organisme d’agressions extérieures, lutter contre certaines maladies… Mais le microbiome humain dépend d’un équilibre fragile. Une variation de sa composition, de la proportion de telle ou telle espèce dans le tube digestif, la peau ou les muqueuses, peuvent entraîner des pathologies comme le diabète, la colite, la maladie de Crohn, l'obésité… Comment faire pour préserver cet équilibre ? Malheureusement, les antibiotiques conventionnels utilisés pour combattre les bactéries nuisibles ne distinguent pas ces dernières des « bonnes bactéries »,. Au contraire, les traitements détruisent la flore bactérienne, provoquent des déséquilibres dans ses communautés (dysbiose) et contribuent au fait que les bactéries nuisibles subsistantes deviennent résistantes.
Des bactéries ciblées et désactivées
Docteur en biologie synthétique diplômé de l’INRIA (en France) et de l'Institut Technologique du Massachusetts (MIT, aux USA), le français Xavier Duportet met actuellement au point une approche révolutionnaire en matière d’antibiothérapie. Avec son associé, David Bikard, il a imaginé un nouveau genre de médicaments capables d'éliminer les bactéries spécifiques tout en laissant les autres intactes. Le concept combine à la fois les techniques d’édition génétique avancée et les nanotechnologies. En quelques mots, des « véhicules » nanoscopiques sont utilisés pour apporter des fragments d’ADN synthétique jusqu’aux bactéries visées. Fondé sur la technique CRISPR d'édition ADN, qui a été sélectionnée parmi les 10 Technologies Émergentes de 2014 par MIT Technology Review, le travail sur l’ADN consiste à couper une partie du matériel génétique de ces bactéries, et ainsi à les tuer ou à les désactiver sans affecter les autres micro-organismes qui composent la flore. En d’autres termes, les véhicules (appelés capsides) agissent comme des virus bactériophages qui infectent les bactéries en y insérant leur matériel génétique. Cette infection opère de manière sélective uniquement sur les bactéries pour lesquelles ils possèdent des récepteurs protéiques spécifiques à l'intérieur. Voilà comment ces bactériophages modifiés éliminent les bactéries porteuses de gènes de virulence ou de résistance, et laissent intact le reste du microbiome.
A la racine du mal


En 2014, les deux associés ont co-fondé l'entreprise Eligo Bioscience (auparavant PhageX), spin-off du MIT et de l'Université Rockefeller (USA). Pour l'instant, leur équipe de chercheurs réalise un test in vivo à partir d'un cocktail de plusieurs capsides virales capables d'injecter de l'ADN synthétique dans des staphylocoques et des Escherichia coli. Elle travaille également sur une plate-forme destinée à créer des capsides pour de nombreuses autres espèces. À la différence des autres médicaments, les eligiobiotiques combattent l'agent à l'origine de chaque maladie, plutôt que les symptômes. « Lorsque la dysbiose est la cause, nous pouvons y remédier », affirme Xavier Duportet, et il rappelle qu'actuellement, « il n'existe pas de médicaments pouvant décoloniser un patient d'entérobactéries multi-résistantes sans affecter celles qui sont bénéfiques ; ou attaquer de manière spécifique les souches de E. Coli adhérente invasive (AEIC, d'après le sigle en anglais) associées à la maladie de Crohn.»


La maladie de Crohn dans le viseur


Le jeune entrepreneur espère que ses eligiobiotiques arriveront à la phase des essais cliniques dans deux ans pour le test de traitements contre la maladie de Crohn. Un objectif qui nécessite de réunir environ deux millions d'euros, déjà en cours de négociation avec un groupe international d'investisseurs en capital-risque. Preuve de l’intérêt de sa démarche d’innovation, Xavier Duportetr vient d’être distingué Innovateur de l’année, dans le cadre de la remise des Prix MIT Innovateurs de moins de 35 ans en France, dont l’Atelier et BNP Paribas sont partenaires Européens (http://www.innovatorsunder35.com/europe). Pour Jonathan Weitzman, leader du Groupe de Génétique et Épigénétique à l'Université Paris Diderot (France) et membre du jury des prix MIT Technology Review Innovateurs de moins de 35 ans en France, la technologie développée par Xavier Duportet est « extrêmement novatrice » et possède «un potentiel pour offrir un système intelligent mais simple afin de combattre les souches bactériennes résistantes aux antibiotiques actuels.»

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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