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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 19:11

Maladie de Lyme : fatigue, paralysie, méningite... On ne s'en débarrasse jamais

Publié le 12-04-2015

Par Christian Perronne Infectiologue

LE PLUS. La jeune chanteuse Avril Lavigne a récemment annoncé souffrir de la maladie de Lyme. Alitée pendant cinq mois, elle s'est "sentie mourir". Quelle est donc cette maladie, transmise majoritairement par les piqûres de tiques ? On fait le point avec Christian Perronne, chef de service en infectiologie à l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches.

La maladie de Lyme a été décrite pour la première fois il y a un peu plus de 30 ans, dans la région de Lyme aux États-Unis (Connecticut).

Elle est autrement appelée la "borréliose de Lyme", car issue d’une bactérie de la famille des Borrelia. Cette dernière a déjà été étudiée par le passé, ce qui nous permet de penser que la maladie – ou des maladies proches – ont des origines très anciennes. On a découvert que le génome d’Ötzi, le célèbre "Homme des Glaces" découvert momifié en 1991, était en effet bourré de Borrelia.

1ère phase : une plaque rouge autour de la piqûre

La maladie de Lyme est transmise principalement par les piqûres de tiques. Celles-ci pompent du sang, qui contient de la Borrelia, et le ré-inoculent après. De nombreux animaux, comme les rongeurs, les oiseaux ou les cervidés sont les réservoirs de cette bactérie.

En général, une piqûre de tique passe inaperçue, les gens ne s’en souviennent qu'une fois sur trois.

Lors de la phase primaire, cela crée un érythème migrant autour de la piqûre : une plaque rouge en cocarde, avec un centre plus clair et une périphérie plus foncée, parfois violacée.

En général, les gens ne vont pas consulter car ils pensent qu’ils ont été piqués par une araignée, mais ces caractéristiques sont spécifiques de la maladie. Si l’on s’en aperçoit, il faut consulter immédiatement.

Fatigue, paralysie, méningite : de nombreux symptômes

Non traité, l’érythème finit souvent par disparaître tout seul, mais certaines personnes refont des cocardes à distance de la piqûre.

On entre alors dans la phase secondaire, qui peut être insidieuse, dans la mesure où les symptômes sont multiples et souvent non visibles.

La personne touchée peut ressentir un état de fatigue, des douleurs articulaires et musculaires dont elle n’a pas d’habitude. Il peut également y avoir des formes plus rhumatismales ou neurologiques avec des troubles de la mémoire, de la concentration, des atteintes oculaires, des méningites, des paralysies, mais aussi des atteintes cardiaques, cutanées… On peut vraiment tout voir.

On dit aux patients que c'est dans leur tête

Là est le danger, car les médecins se concentrent souvent sur le symptôme principal, sans faire le lien avec la maladie de Lyme. Or cet état peut durer des mois, des semaines, comme des années. Résultat, on soigne les patients pour une autre maladie ou on leur dit que c’est dans leur tête, que c’est une dépression, et l’on se retrouve avec des patients en suivi psychiatrique.

Je reçois des malades tous les jours, certains sont dans un état lamentable. Il y en a qui ont un trou de 20 ans dans leur vie, ont dû arrêter de travailler, ont perdu conjoint-e et travail, ou même qui se suicident.

Ce n'est pas une maladie rare : les test sont mauvais

Le seul moyen de détecter la maladie aujourd’hui consiste à faire un test sérologique : s’il est positif, on peut avoir accès un traitement, mais s’il est négatif, on se retrouve avec des malades en errance.

Ce test fait polémique aujourd’hui car il est calibré essentiellement sur la souche bactérienne américaine. En conséquence, de trop nombreux malades n’ont jamais été diagnostiqués.

En France, on compte officiellement 43 cas pour 100.000 personnes, mais la réalité est tout autre. La maladie de Lyme est qualifiée de maladie rare, mais c’est totalement faux, c’est simplement que les tests et les traitements sont mauvais.

On se débrouille comme on peut pour les traitements

La seule chose sur laquelle tout le monde s’est mis d’accord, c’est la phase primaire, lors de laquelle on doit prescrire au moins deux semaines d’antibiotiques. Mais le problème, c’est que ce n’est pas fait : dans 80% des cas, les médecins ne veulent pas donner des antibiotiques pour une piqûre de tique.

Sur les phases secondaires et tertiaires, le consensus américain et français est de traiter pendant trois à quatre semaines. Si ça persiste, on peut essayer une deuxième classe d’antibiotiques, mais on ne guérit jamais tout le monde.

Après cette période, c’est terra incognita : chacun fait comme bon lui semble et certains médecins traitent avec des produits non autorisés. Les traitements sont à la carte et individualisés : antibiotiques, antichampignons, antiparasitaires qui marchent probablement sur des infections associées… Sur le long terme, la phytothérapie marche bien et a le mérite d’éviter de donner des antibiotiques trop longtemps.

La médecine n’est pas capable de bien traiter cette maladie aujourd’hui. En gros, on ne fait pas de recherches scientifiques pour une maladie imaginaire ou rare. Tout le monde s’en moque.

Un délai d'attente d'un an pour mes consultations

Quand la maladie est chronique, 80% des patients rechutent, du coup les médecins n’y croient plus. Certains me disent qu’ils n’ont "jamais vu de Lyme" : c’est faux, ils soignent simplement les patients pour autre chose. Moi, j’ai un délai d’attente d’un an pour mes consultations, c’est la folie…

Il faut savoir que la bactérie se réveille par cycles. Une fois que l’on est contaminé, dans beaucoup des cas, on ne s’en débarrasse jamais. Il y a des formes modérées et d’autres dramatiques, qui peuvent empoisonner la vie. Certains patients peuvent devenir grabataires au bout de 10 ans.

Aux États-Unis, il y a une guerre sanglante pour reconnaître la maladie de Lyme comme étant chronique. Trois États américains et récemment le Canada, ont voté une loi pour reconnaître officiellement la maladie de Lyme chronique et encourager la recherche. En France, on en est loin : la proposition de loi visant à mieux diagnostiquer, soigner et prévenir la borréliose de Lyme n’a pas été adoptée par l’Assemblée nationale.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1352040-maladie-de-lyme-fatigue-paralysie-meningite-on-ne-s-en-debarrasse-jamais.html?utm_source=outbrain&utm_medium=widget&utm_campaign=obclick&obref=obindomain

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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