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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 07:59

COMPTE RENDU
Une vingtaine de perturbateurs endocriniens dans les cheveux des Parisiennes


Une enquête menée sur une trentaine de jeunes urbaines en âge de procréer montre leur imprégnation par des substances suspectées d’être nocives.


Au moins une vingtaine de perturbateurs endocriniens (PE) – avérés ou suspectés – seraient présents dans les cheveux des femmes urbaines en âge de procréer.


C’est le principal message d’une étude rendue publique jeudi 12 mars par l’association Générations futures, financée par le Conseil régional d’Ile-de-France.


Ces résultats se fondent sur l’analyse des cheveux d’une trentaine de jeunes femmes de 20 à 35 ans, vivant principalement à Paris et en banlieue parisienne – échantillon toutefois non-représentatif de cette population.


Les PE sont une catégorie de molécules présentes dans de nombreux objets d’usage courant (conditionnements alimentaires, solvants, cosmétiques, etc.) et dans la chaîne alimentaire (pesticides, etc.), capables d’interférer avec le système hormonal et d’agir ainsi à de très faibles niveaux d’exposition. De nombreux troubles et maladies émergentes (diabète de type 2, obésité, cancers hormono-dépendants, etc.) sont suspectés d’être favorisés par ces substances.


Une soixantaine d’entre elles, principalement des pesticides, ont été recherchées dans l’analyse conduite par Générations futures. Dans le meilleur des cas, 12 molécules différentes ont été retrouvées ; dans le pire cas, celui d’une jeune femme vivant en petite couronne, 32 substances distinctes ont été détectées.


Les disparités d’exposition sont plus fortes encore dès lors que la quantité totale de produits résiduels est examinée : elle varie de 24 à 387 nanogrammes par gramme de cheveux. « Nous avons cherché ces substances dans une mèche de cheveux de trois centimètres, ce qui correspond au film des expositions cumulées de la personne au cours des trois derniers mois », explique François Veillerette, porte-parole de Générations futures.


Molécules interdites


Sur les 64 molécules recherchées, 7 ont été retrouvées dans la totalité des échantillons : un résidu d’insecticides pyréthrinoïdes, deux d’insecticides organophosphorés et quatre de pesticides interdits depuis plusieurs années (hexachlorobenzène, parathion, lindane, trifluraline).


La présence dans l’organisme de ces composés chimiques interdits peut s’expliquer de plusieurs façons : utilisation frauduleuse dans certaines exploitations agricoles, utilisation dans d’autres produits que les pesticides ou, plus sûrement, remobilisation de molécules stockées de longue date dans l’organisme (le lindane est par exemple connu pour s’accumuler dans les graisses).


Quinze autres substances ont été détectées sur plus de la moitié des individus testés, parmi lesquelles d’autres pesticides ainsi qu’un PCB (polychlorobiphényle).


D’autres perturbateurs endocriniens, comme par exemple certains phtalates, n’ont pas été inclus dans la liste des molécules recherchées.


L’analyse chimique a été conduite par un laboratoire de biosurveillance académique luxembourgeois, mais les résultats n’ont pas fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique à comité de lecture.


Au reste, la très petite taille de l’échantillon ne permet pas de déduire des taux d’imprégnation de la population générale.


De même, aucun déterminant – hygiène de vie, habitudes alimentaires, lieu de résidence, etc. – ne peut permettre, à partir des résultats présentés, d’expliquer les disparités d’imprégnation des participantes.


« L’objectif de cette étude était plutôt, en se plaçant loin des zones agricoles, de montrer l’étendue de la contamination de la population féminine en âge de procréer, précise M. Veillerette.


Car pour l’enfant à naître, c’est au cours de la vie fœtale que les effets des perturbateurs endocriniens sont les plus inquiétants. »


Controverse sur les effets
L’étude de l’association ne dit toutefois rien des effets sanitaires potentiels des molécules détectées.


De tels effets sont considérés comme improbables par la plupart des agences de sécurité sanitaire.


Dans son rapport annuel sur les résidus de pesticides dans l’alimentation, rendu public le 12 mars, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) précise ainsi que « 97,4 % des échantillons alimentaires testés présentent des résidus de pesticides conformes aux limites légales et que 54,6 % des échantillons ne contiennent pas de niveaux mesurables de résidus ». A ces niveaux d’exposition, l’EFSA estime « improbable » que « la présence de résidus de pesticides dans les aliments ait un effet à long terme sur la santé des consommateurs ».


Cependant, le jugement des agences de sécurité sanitaires comme l’EFSA est, depuis quelques années, de plus en plus remis en cause par la recherche scientifique académique.


De fait, de nombreuses études montrent des effets sanitaires attribuables à l’exposition à certains PE, à des seuils inférieurs aux seuils calculés par les agences.


Se fondant sur les études toxicologiques, épidémiologiques et de biosurveillance publiées depuis une vingtaine d’années dans les revues scientifiques à comité de lecture, un groupe de dix-huit chercheurs américains et européens a ainsi récemment cherché à évaluer le coût sanitaire de l’exposition de la population européenne à différents PE.


Leurs résultats, à paraître dans la prochaine édition du Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, sont en radicale opposition avec l’opinion de l’EFSA.


En limitant leur analyse aux liens qu’ils estiment les plus sûrement documentés, entre certaines substances à certains effets sanitaires, ils chiffrent à un minimum de 120 milliards d’euros le coût annuel des dégâts occasionnés sur les Européens par les seuls pesticides organochlorés et organophosphorés.


Par Stéphane Foucart,
le 12 mars 2015


Les perturbateurs endocriniens coûtent plus de 150 milliards d’euros par an à l’Europe


Une série d’études chiffrent à 1,23 % du PIB européen le coût économique de l’exposition aux produits chimiques.


Obésité, diabète, troubles de la fertilité et neuro-comportementaux : la part de ces maladies et troubles chroniques attribuable aux perturbateurs endocriniens (PE) coûtent chaque année à l’Union européenne plus de 157 milliards d’euros, soit environ 1,23 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Union.


Frappante, cette estimation est le principal résultat d’une série d’études conduites par une vingtaine de chercheurs américains et européens, à paraître dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism et qui devaient être présentées à San Diego (Californie), jeudi 5 mars, au congrès annuel de l’Endocrine Society – la principale société savante dévolue à l’endocrinologie.


Les auteurs, qui ne font pas mystère des marges d’incertitudes inhérentes à ce genre de calculs, placent la fourchette haute de leur estimation à quelque 270 milliards d’euros annuels, soit 2 % du PIB européen.


Les PE sont une catégorie de molécules présentes dans de nombreux pesticides et plastiques, dans certains cosmétiques ou conditionnements alimentaires, et susceptibles d’interférer avec le système hormonal, même à de faibles doses.


Aux échelles européennes ou nationales, certains d’entre eux – bisphénol A et phtalates – ont déjà fait l’objet de restrictions ou d’interdiction.


Mais la plupart de ces substances ne sont pas régulées en tant que telles, et sont toujours autorisées. Selon l’Endocrine Society, « près de 100 % des gens ont des niveaux détectables de perturbateurs endocriniens dans leur organisme ».


Substances problématiques


Selon les résultats présentés, les substances les plus problématiques sont les pesticides organophosphorés et organochlorés. Les coûts directs (soins, traitements médicaux, etc.) et indirects (perte de productivité, absentéisme, etc.) des troubles et des maladies attribuables à ces substances se montent à quelque 120 milliards d’euros par an en Europe.


Les produits utilisés dans les matières plastiques – phtalates et bisphénol A – pèsent pour leur part quelque 26 milliards d’euros.


Les retardateurs de flamme bromés, utilisés dans les mousses des canapés ou dans l’électronique, coûtent de leur côté environ 10 milliards d’euros par an.


En considérant le coût pour chaque effet sanitaire lié aux PE, la baisse des capacités cognitives de la population (estimée en perte de points de quotient intellectuel) et les maladies neuro-développementales (troubles du spectre autistiques, hyperactivité et troubles de l’attention) viennent en tête avec un fardeau de 132 milliards d’euros. Viennent ensuite les troubles du métabolisme (obésité et diabète de type 2), qui pèsent quelque 15 milliards d’euros.


Les troubles du système reproducteur masculin (malformations génitales à la naissance, infertilité) viennent loin derrière avec un fardeau économique estimé à 4 milliards d’euros.


Si les chiffres annoncés semblent énormes – bien qu’inférieurs au coût du tabac, de l’ordre de 45 milliards d’euros par an pour la France – ils sont en réalité très en dessous de la réalité.


Sous-estimation volontaire
Cette sous-estimation tient à la méthodologie choisie par les chercheurs, qui ont privilégié la solidité scientifique de l’analyse au détriment de son exhaustivité. « D’abord, nous avons identifié les maladies et troubles pour lesquels les niveaux de preuve d’une implication des perturbateurs endocriniens sont les plus élevés et nous nous sommes principalement fondés pour cela sur le rapport de référence publié en 2012 par l’Organisation mondiale de la santé et le Programme des Nations unies pour l’environnement », explique Leonardo Trasande, professeur associé à l’université de New York, premier auteur de ces travaux.


Les chercheurs ont ensuite cherché dans la littérature scientifique les études épidémiologiques susceptibles de chiffrer l’augmentation du risque de contracter ces maladies après tel niveau d’exposition à telle ou telle substance, au cours de telle ou telle période donnée. « Enfin, ajoute M. Trasande, il a fallu rassembler les études permettant d’estimer l’exposition de la population à chaque substance. » De telles études ne sont pas légions. Ainsi, même lorsque les effets biologiques d’un produit sont avérés sur l’animal et l’homme, les chercheurs l’ont exclu de leur analyse en cas d’absence d’études épidémiologiques solides ou de données d’imprégnation de la population...


Un intense lobbying


Les auteurs confessent ainsi n’avoir pu tenir compte que de 5 % de l’ensemble des PE en circulation et « seulement une petite part des maladies liées à ces substances », dit M. Trasande.


En particulier, les cancers du sein et de la prostate, en forte augmentation depuis trois décennies et plausiblement favorisés par l’exposition à certains PE, n’ont pas été pris en compte. « Il manque à l’analyse toute une partie sur les troubles liés au système reproducteur féminin, précise la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle), coauteur d’une part des travaux publiés.


Mais nous manquons de données issues d’études suffisamment longues pour estimer l’augmentation des risques de cancer du sein, après des expositions in utero, par le biais des femmes enceintes. »


Pour M. Trasande, « de futures analyses » combleront ces lacunes et, de toute évidence, réhausseront encore l’estimation.


Pour l’heure, ces travaux encore préliminaires n’en devraient pas moins être versés au dossier réglementaire en cours d’instruction à la Commission européenne.


Celle-ci devait publier en décembre 2013 les critères d’inclusion de ces fameux PE, afin de commencer à les réglementer. Sous le feu d’un intense lobbying, Bruxelles a reporté sine die sa décision, justifiant le retard par le lancement d’une étude sur l’impact économique que la régulation aurait sur les entreprises.


La Suède a, depuis, lancé une action en carence contre Bruxelles devant la Cour de justice de l’Union européenne.


Par Stéphane Foucart,
le 5 mars 2015 à 20h56




La Commission européenne s’isole sur les perturbateurs endocriniens


Les experts européens viennent de déclarer le bisphénol A sans danger, en opposition avec l’interdiction française du 1er janvier.


Soupçons d’ingérence des industriels dans le travail des experts, menaces de poursuites de la Commission européenne devant la Cour de justice de l’Union…


Les tensions s’accumulent autour du dossier des perturbateurs endocriniens – ces substances de synthèse présentes dans une multitude de produits d’usage courant ainsi que dans l’alimentation – dans lequel l’expertise et l’exécutif européens apparaissent de plus en plus isolés.


Par Cécile Ducourtieux, Stéphane Foucart,
le 23 janvier 2015


lemonde.fr




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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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