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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 17:39

La maladie de Parkinson serait-elle une maladie à prions ?

Par Mr Olivier Colin (CHU Poitiers)
Article commenté :


Do prions cause Parkinson disease ? : the evidence accumulates.
Olanow CW.
Ann Neurol. 2014 ; 75(3):331-3.

Retrouvez l’abstract en ligne

Dans la revue Annals of Neurology, C. Warren Olanow récapitule les arguments scientifiques actuels évoquant un mécanisme de type prions dans la physiopathologie de la maladie de Parkinson.

Les prions sont des agents infectieux pathogènes constitués uniquement de protéines mal repliées. A la différence des agents infectieux typiques, ils ne contiennent pas d’acides nucléiques.
Les prions sont caractérisés par une tendance à mal se replier et forment des oligomères potentiellement toxiques, produisant des plaques amyloïdes, et donc une neurodégénérescence. De plus, ils ont la capacité de promouvoir ce processus sur les neurones voisins. Un faisceau d’arguments suggère que la maladie de Parkinson (MP) pourrait également être une maladie à prion, et que l’α-synucléine serait un prion.

L’α-synucléine est une composante majeure des corps de Lewy, signature histologique de la MP. L'importance de l’α-synucléine dans la pathogenèse de la MP est bien connue : des quantités accrues de protéine α-synucléine normale sont ainsi suffisantes pour provoquer la maladie, connue sous une forme familiale (mutation par duplication et triplication).
Ainsi, des taux augmentés d’une protéine normale sont suffisants pour provoquer la maladie. D’autre part, expérimentalement, des neurones embryonnaires sains implantés dans le striatum de patients avec MP, sont le siège du développement de ces agrégats d’α-synucléine mal conformée.
Sur la base de ces observations, l’α-synucléine pourrait donc être un prion. De plus en plus de travaux étayent cette hypothèse, dans des modèles in vitro ou in vivo. Ainsi l’injection intra-cérébrale d’α-synucléine fibrillaire intra-striatale provoque des agrégats d’α-synucléine et une neurodégénérescence au sein de la substance noire pars compacta, sauf chez les animaux mutés dépourvus d’α-synucléine.
Ces résultats concordent avec un processus de type prion, puisque suggérant que l’α-synucléine agrégée agit comme une matrice pour engendrer la malformation de l’α-synucléine présente (donc nécessaire). Enfin, l’inoculation de corps de Lewy (issus de cerveaux de patients parkinsoniens) dans la substance noire ou le striatum d’animaux peut provoquer des agrégats suivant une progression similaire à celle de la MP, alors qu’aucune anomalie ne se développe chez ces animaux ayant reçu une injection salée sans corps de Lewy (et donc sans α-synucléine) provenant des mêmes patients parkinsoniens.

Ces études appuient fortement la probabilité selon laquelle la MP serait une maladie à prion. Le phénomène initiateur de cette mauvaise conformation de l’α-synucléine reste inconnu. Cependant, cette hypothèse offre de nouvelles pistes thérapeutiques (clairance des corps de Lewy, approches cytokiniques anti-inflammatoires…).

Date de publication : 23-02-2015

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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